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Electric Ladyland (The Jimi Hendrix Experience), ou la croisière d’un Capitaine Nemo psychédélique

Never love alone
Electric Ladyland (The Jimi Hendrix Experience), ou la croisière d’un Capitaine Nemo psychédélique Posted on 25 juin 2019Leave a comment
Never love alone

Electric Ladyland – Enregistré en Juillet 1967, janvier & avril-août 1968 à l’Olympic Studios à Londres et au Record Plant Studios à New York – Reprise Records
Au cours de l’année 1967, l’Experience mené par Hendrix a donné pas moins de 255 concerts en Europe et aux Etats-Unis et enregistré deux albums. Are You Experienced et Axis: Bold As Love. Or, 1968 s’annonce sous les mêmes auspices.

Pour tenir le coup, le groupe a recours à une multitude de drogues. Au point que le batteur Mitch Mitchell se promène en permanence avec une mallette compartimentée dans laquelle on trouve des amphétamines, des somnifères et du speed. Pris dans cette spirale, Jimi disjoncte. En janvier 1968, il est arrêté après avoir dévasté la chambre d’un hôtel à Gôteborg en Suède. Au sein du groupe, des tensions apparaissent. Les relations entre Jimi et le bassiste Noel Redding qui souffre d’être constamment mis en retrait vont se dégradant.


Electric Ladyland

Le rythme ne ralentit pas. A peine une nouvelle tournée achevée aux Etats-Unis, cette fois en vedette et avec Soft Machine en première partie, le groupe investit les Record Plant Studios à New York pour son troisième album. Jimi va s’y consacrer pendant trois mois consécutivement enregistrant la journée, jammant le soir dans des clubs du quartier, ne débranchant pratiquement plus sa guitare.

Son retour à New York change complètement ses perspectives, lui faisant retrouver ses propres terres, celles du blues et du jazz. Du coup, il commence à se sentir à l’étroit au sein du trio. C’est au cours de cette période qu’il développe le concept d’un groupe à géométrie variable, d’un groupe bohème (“a band of gypsys »), une expression qu’il allait reprendre un peu plus tard. C’est ainsi qu’il fait intervenir lors des séances des musiciens venus de l’extérieur comme le batteur Buddy Miles sur Rainy Day,
Dream Away, le saxophoniste Freddie Smith sur le même morceau ou Steve Winwood de Traffic à l’orgue sur Voodoo Chile.

Electric Ladyland

Certaines de ces jam-sessions le stimulent Particulièrement lorsqu’il rencontre le guitariste John McLaughlin et le contrebassiste Dave Holland, deux anciens musiciens de Miles Davis. Il puise alors dans la confrontation avec ces gens issus d’une autre scène un dynamisme qui le remet en question et lui permet d’entrevoir d’autres horizons musicaux.

Mais ces séances ininterrompues font aussi les délices des parasites en tout genre que Jimi amène souvent volontiers avec lut Eddie Kramer le voit se pointer chaque après-midi au Record Plant avec une nuée de groupies, tandis que des dealers viennent à tour de rôle lui proposer leur marchandise. Un soir, il invite même le chauffeur de taxi qui l’avait conduit jusqu’au studio à jouer du djembé lors d’une séance.

Jimi était incapable de dire non lorsque quelqu’un lui proposait son amitié ou qu’une fille s’offrait à lui. Mais au bout d’un moment, il me demandait de me débarrasser d’eux » Il est clair qu’il recherche autant qu’il fuit cette faune, ce dont témoigne Crosstown Traffic, où il la personnifie sous les traits d’une fille montant de force dans sa voiture.

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C’est toutefois en studio qu’il se sent le plus en sécurité. C’est là son antre, son refuge, là où il se consacre à ce qui importe le plus, sa musique. Noel, Mitch et Chas Chandler sentent qu’il échappe désormais à tout contrôle. « Il entendait tout le monde mais n’écoutait personne », résume le manager qui allait bientôt tirer sa révérence. Chandler ajoute que sa consommation continuelle de LSD commence à devenir inquiétante.

Mais Jimi ne fut jamais véritablement junkie comme il fut souvent dit, même si en mai 1969 il est arrêté à l’aéroport de Toronto après qu’un sachet d’héroïne a été trouvé dans ses bagages. Beaucoup pensent alors à un coup monté car, selon Kathy Etchingham, la seule fois où elle l’avait vu prendre de l’héroïne il avait été malade et s’était juré de ne plus y toucher. Il se montrera en revanche de plus en plus tolérant à l’égard de la cocaïne. Finalement, il sera relâché contre une caution de 10 000 dollars, puis reconnu non coupable lors de son procès.

Cette histoire eut pour effet d’aggraver sa parano, même s’il se révéla toujours incapable de dire non à une invitation.

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Mitch Mitchell affirme que l’enregistrement du nouvel album aurait pu continuer toute une année que Jimi n’aurait jamais été satisfait.. “Son perfectionnisme n’avait aucune limite », ajoute Eddie Kramer qui se souvient avoir passé douze heures d’affilée sur le mixage de 1983… (a Merman I Should Turn to Be). Finalement le meilleur de ces séances est rassemblé sur un double album que Jimi baptise Electric Ladyland, expression qu’il préfère au mot “groupie”. “Tout cet album leur est dédié », précise-t-il au cours d’une interview.

Shapiro et Glebbeek écrivent dans Jimi Hendrix: Electric Gypsy (Mandarin, 1992) : “Ces femmes (les groupies) étaient souvent les seuls êtres disposés à écouter un musicien souvent en proie à des crises de rage ou de frustration, ou accablé par la solitude… » Nombreux sont ses amis qui affirment l’avoir trouvé dans sa chambre d’hôtel lors des tournées en compagnie d’un vrai harem. Le graphiste en charge de la pochette allait hélas prendre l’idée un peu trop au pied de la lettre.

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Dans sa version anglaise, celle-ci montre en effet une vingtaine de femmes à poil, ce qui enragea une partie de la presse, peu habituée à ce genre de “pornographie”, et poussa de nombreuses boutiques à refuser l’album. Aux Etats-Unis et en France, Electric Ladyland sort sous un emballage plus conventionnel Le pire, c’est que ni Hendrix ni les autres membres de l’Experience n’ont été consultés lors de la réalisation. Jimi s’en désolidarisa aussitôt: “Je n ‘ai rien à voir avec cette pochette stupide. Ils l’ont sortie et je n ‘ai rien eu à dire. »

Electric Ladyland sort en octobre 1968 dans un contexte particulier, au plus fort de la guerre du Vietnam, alors que le révérend Martin Luther King vient d’être assassiné en avril et que des émeutes raciales éclatent dans toutes les grandes villes américaines. Bien que Hendrix n’ait jamais été un musicien engagé politiquement, sa musique reflète ces temps troublés, et si une sensation domine l’ensemble, c’est celle d’un chaos, aussi créateur que destructeur, suggéré dès l’introduction ..And the Gods Made Love.

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House Burning Down fait clairement référence aux maisons incendiées, que ce soit par les émeutiers du ghetto ou les membres du Ku Klux Klan, qui régulièrement occupent l’actualité. La chanson semble s’accorder aux propos véhéments qu’il avait tenus quelques mois plus tôt à un magazine suédois :

“Mon monde à moi, c’est la faim, les taudis, le déchaînement de haine entre les races, et le seul bonheur possible est de toute manière impossible à retenir entre ses mains. » Sur 1983… (a Merman I Should Turn to Be), il dit la même chose avec d’autres mots : “Every inch ofthe earth is a fighting nest” (“chaque pouce de la terre est en guerre »).

Ce pessimisme parcourt l’ensemble du disque et culmine dans les images glaçantes du All Along the Watchtower de Dylan dans
une version qui conserve toute l’intensité paranoïaque de l’original.


Electric Ladyland

Finalement c’est encore dans les mondes imaginaires où l’entraînent ses rêveries qu’il trouve un havre de paix. Avec Rainy Day, Dream Away s’ouvre une odyssée, marine cette fois, qui se conclut avec Moon Turn the Tides… Gently, Gently Away. Après les étendues stellaires, c’est vers les profondeurs océanes qu’il plonge, faisant même vœu de se changer en… triton (“a merman “) !

Pourtant Electric Ladyland n’est pas seulement un champ de bataille ou la croisière d’un Capitaine Nemo psychédélique. C’est aussi un fabuleux parc d’attractions avec ses parties de guitare toboggan (Gypsy Eyes, Burning of the Midnight Lamp) et ses rocks bolides (Come On, Crosstown Traffic). C’est aussi la messe noire de Voodoo Chile, blues atomique, qui vient dévaster la fin de la première face.

Record Plant Studios

Un spécialiste américain des sciences occultes, Francis King, prétend dans l’un de ses ouvrages que Jimi a dédié Voodoo Chile à une prêtresse d’origine ghanéenne, Akonidi Hini. Au cours d’une cérémonie, dit-il, celle-ci lui aurait conféré certains pouvoirs qui contribuèrent à sa réussite.

L’information reste cependant impossible à vérifier, mais elle recoupe la légende du bluesman Robert Johnson, idole de Jimi, qui, dit-on, avait acquis ses talents en vendant son âme au diable. Il demeure que le morceau est bel et bien joué de manière à déchaîner des forces obscures. De ce point de vue, les paroles sont explicites : “La nuit où je suis né, je jure devant Dieu que la lune est devenue rouge feu. »

Electric Ladyland

Disque apothéose, Electric Ladyland met un point final à l’aventure de l’Experience. Dans les semaines qui précèdent sa sortie, Noel Redding quitte le groupe pour se consacrer à un nouveau projet. Fat Mattress. Jimi fait aussitôt appel à Billy Cox, son ancien camarade de l’armée et membre des King Casuals pour le remplacer.

Et c’est avec Cox, Mitchell et trois autres musiciens, Jerry Velez, Juma Sultan et Larry Lee, réunis sous le nom de Gypsy, Sun and Rainbows, qu’il montera sur la scène du festival de Woodstock le matin du lundi 18 août 1969.

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CREDITS :

The Jimi Hendrix Experience
Autres musiciens
  • Jack Casady : basse sur Voodoo Chile
  • Steve Winwood : orgue Hammond sur Voodoo Chile
  • Al Kooper : piano sur Long Hot Summer Night
  • The Sweet Inspirations : chœurs sur Burning of the Midnight Lamp
  • Mike Finnigan : orgue Hammond sur Rainy Day, Dream Away et Still Raining, Still Dreaming
  • Buddy Miles : batterie sur Rainy Day, Dream Away et Still Raining, Still Dreaming
  • Larry Faucette : congas sur Rainy Day, Dream Away et Still Raining, Still Dreaming
  • Fred Smith : saxophone ténor sur Rainy Day, Dream Away
  • Chris Wood : flûte sur 1983… (A Merman I Should Turn to Be)
  • Dave Mason : guitare acoustique sur All Along The Watchtower, chœurs sur Crosstown Traffic

 

  • Jimi Hendrix : producteur, arrangements et mixage
  • Gary Kellgren, Glen Kolotkin, Eddie Kramer : ingénieurs du son
  • Ed Thrasher, Vartan : direction artistique
  • David King, Rob O’Connor, Karl Ferris : design
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