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Xango Ogum (Gilberto Gil, Jorge Ben Jor), une leçon de lâché prise musical

Never love alone
Xango Ogum (Gilberto Gil, Jorge Ben Jor), une leçon de lâché prise musical Posted on 29 avril 2019Leave a comment
Never love alone

Jorge Ben Gilberto Gil – Enregistré en 1975 au CBD PolyGram studio – Rio De Janeiro, Brésil – Philips Records
Imaginez Gilberto Gil associé à Jorge Ben pour une session studio réunissant leurs compositions et leurs talents, improvisant et célébrant en musique. C’est ça l’histoire de Gil et Jorge, une jam session entre deux maitres qui lâchent prise, s’écoutent, s’abandonnent.

Gilberto Gil a été le co-fondateur, avec Caetano Veloso, de Tropicalia et l’un des meilleurs compositeurs et interprètes de sa génération tandis que Jorge Ben, a grandi dans la samba et a rapidement évolué vers une musique originale, précurseur précoce de la musique afro-brésilienne contemporaine. Jorge Ben c’est Ray Charles qui rencontre James Brown, la samba qui rencontre l’Afrique, dont la somme n’est que joie explosive.

En 1975, au moment de l’enregistrement, les deux artistes sont fermement ancrés dans la Negratude, mouvement mondial de la conscience noire. Gil est déjà allé en Afrique, a déjà entendu Bob Marley and the Wailers (et finira par enregistrer avec les Wailers), le tout fusionné à ses propres racines, la culture musicale de Bahia et du nord-est du Brésil.


Jorge Ben Gilberto Gil

Jorge Ben, dont la mère est originaire d’Ethiopie, a transformé sa musique en mantras dansants, avec des lignes répétitives, des backbeats funky et des incursions lyriques, mystique, des révoltes d’esclaves, et des célébrations de la culture populaire brésilienne.

Sa popularité croissant, beaucoup de ses chansons sont déjà devenus des hymnes, à commencer par son premier succès qui a parcouru le monde bien avant que Ben n’ait même mis les pieds hors du Brésil : « Mais Que Nada », l’aliment de base de la bossa nova.

Jorge Ben Gilberto Gil
Jorge Ben Gilberto Gil

Ainsi, lorsque Gil & Jorge se rencontre dans les studios de PolyGram, c’est un moment d’histoire qui devait s’écrire. Jorge Ben Gilberto Gil doit se classer parmi les disques les plus lâches, les plus libres, les plus spontanés jamais enregistrés, le genre de jam session qui arrive une fois tout les 36 du mois et loin des magnétophones. Mais cette fois-ci, les magnétos étaient branchés.

La façon dont l’imagination débordante et l’intrépidité de Gil à émettre n’importe quel bruit, à se lancer dans n’importe quelle improvisation en portugais ou en anglais ont rencontré le rythme non-stop machine de Ben et la joie contagieuse fusionnée dans un ensemble de chansons dont chacune atteint 6 minutes. Certaines ont une durée de 10, 11, 13 et presque 15 minutes. Et que tout se tienne si bien est un exploit.

Jorge Ben Gilberto Gil
Jorge Ben Gilberto Gil

Le percussionniste de cette session, Djalma Correa, a décrit le mieux l’atmosphère de cette session :

Nous avons organisé une rencontre dans le studio au centre de Rio. Gil arriva mais pas de Jorge. Le bassiste est arrivé, toujours pas de Jorge. On est partis boire une bière. Jorge est enfin arrivé. Gil a dit : « Allons-y ! Allons-y ! Et c’était un disque « Let’s go », totalement spontané, complètement improvisé. Ce que j’aime le plus, c’est qu’il a exactement la saveur de la vérité, parce qu’à sa base, c’est une affaire d’erreur, d’imperfections.

Mais, d’une certaine façon, il n’y en a pas. Cette préoccupation n’existe pas. Certaines erreurs ont conduit à de grandes découvertes sur ce disque. A cette époque, il y avait un certain différend entre Gil et Jorge, un différend au sujet du marché, et Jorge était très inquiet des erreurs, des négligences occasionnelles, disant : « Non, ce n’est pas bon… ». Et Gil, « Non, c’est bon, c’est fantastique ! Cette façon de faire de Gil, si détendue. C’est un grand moment, un grand disque. Et ce qui est plus intéressant, c’est que tout cela a été fait en une seule séance. Une nuit entière – pah !

Jorge Ben Gilberto Gil
Jorge Ben Gilberto Gil

L’un des ingénieurs de cette séance, Joao Moreira, se souvient :

Jorge Ben s’asseyait sur une caisse de basse pour battre le rythme. On mettait un micro en dessous, pour enregistrer le son. C’était magnifique ! L’album est entièrement acoustique : deux guitares, deux voix, percussion et basse. A une époque où le multipiste et la préoccupation de la quasi-perfection sont rois mais ont tendance à tuer toute spontanéité, combien il est rafraîchissant d’entendre deux musiciens interagir dans l’instant, se répondre l’un à l’autre.

C’est génial d’entendre de grands artistes prendre des risques. C’était la première et la seule fois qu’ils enregistraient un album ensemble. Gil & Jorge est un point de repère dont peu de gens se souviennent au Brésil, et encore moins dans le reste du monde. On parle d’un classique certifié, là.

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CREDITS :

Jorge Ben – voix, guitare acoustique
Gilberto Gil – voix, guitare acoustique
Djalma Correa – percussion
Wagner Dias – basse

 

DesignAldo Luiz, Rogério Duarte
Mastered ByJoaquim Figueira
Producer [Direction]P. Tapajós*, P. Albuquerque*
Technician [Recording]Ary*, João Moreira, Luigi*, Luis Claudio*

 

Never love alone

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