Bande originale de "l'affaire thomas crown" (M. Legrand)

L’affaire thomas crown – Enregistré en 1967 (Hollywood – USA) – Sunset Records
« J’arrivais en Amérique dans le but de vivre de nouvelles aventures après dix ans de cinéma français avec la Nouvelle vague ». Quatorze ans après ses débuts de compositeur pour l’image avec les Amants du Tage (1954) d’Henri Verneuil, Michel Legrand, encore auréolé du formidable succès des Parapluies de Cherbourg et des Demoiselles de Rochefort, se donne le challenge de l’Amérique.

Sûr de son talent infaillible de mélodiste hors pair et mené par le goût du risque qui le caractérise, il débarque à Hollywood sans contrat ni commande particulière, mais il vient rejoindre quelques amis très chers dont Quincy Jones et Henry Mancini. À peine arrivé en Californie, par quel miracle Michel Legrand s’est-il retrouvé engagé dans l’Affaire Thomas Crown, ce film mythique qui allait lui faire gagner son premier Oscar quelques mois plus tard ?

« C’est grâce à Quincy et Henry que j’ai pu réussir quelque chose à Hollywood car c’est par eux que j’ai obtenu un bon agent. A mon arrivée, j’ai fait une gentille petite comédie avec Dean Martin, Amant de Novembre (Sweet November, 1968) et c’est à peine trois mois après avoir débarqué que se présente l’Affaire Thomas Crown pour Norman Jewison. Ce film providentiel pour moi est arrivé grâce à mon formidable ami Henry Mancini. »

Bande originale de "l'affaire thomas crown" (Michel Legrand)
Bande originale de « l’affaire thomas crown » (Michel Legrand)

C’est au compositeur de la Panthère rose (The Pink Panther, 1964) que Norman Jewison a d’abord proposé le projet du banquier milliardaire qui décide de cambrioler sa propre banque pour tromper l’ennui de sa vie oisive. Comme Legrand venait de le faire pour Vladimir Cosma auprès d’Yves Robert pour Alexandre le bienheureux, Mancini explique à Jewison que ses dates de disponibilités ne correspondent pas mais qu’il devrait rencontrer un de ses amis français qui serait idéal pour ce type de film.

« Voilà comment je me retrouve avec l’Affaire Thomas Crown et dans la foulée avec un premier Oscar pour la chanson, The Windmills of Your Mind sur des paroles de mes amis Alan et Marilyn Bergman. Les récompenses sont agréables mais elles ne sont pas importantes, ce qui était formidable c’est que je me suis amusé comme un fou avec ce Thomas Crown. Norman Jewison m’a montré un bout à bout de cinq heures ! En voyant le film, je me suis demandé comment ils allaient le monter puisqu’il y a deux films en un : le casse de la banque et l’histoire de séduction entre Steve Mac Queen et Faye Dunnaway avec la partie de polo, le buggy dans les dunes… »

Bande originale de "l'affaire thomas crown" (M. Legrand)
Bande originale de « l’affaire thomas crown » (M. Legrand)

Intrigué mais très emballé par les images, Legrand décide de proposer au réalisateur d’écrire la musique du film sur le champ, sans aucune contrainte de minutages. Il veut composer une heure et demie de musique d’après ses souvenirs des cinq heures de projection, avant le montage, uniquement d’après ses impressions et il laissera son crayon courir sur les portées.

« Donnez-moi six semaines avant d’enregistrer et après, nous passerons le temps qu’il faudra à monter les images sur la musique ! Du jamais vu en Amérique. Il fallait qu’un metteur en scène soit assez fou pour accepter ça d’un homme qu’il ne connaissait pratiquement pas ! »

Tandis que Norman Jewison trouvait l’idée formidable, le producteur s’inquiétait et interroge Legrand pour savoir ce qu’il compte faire si le cocktail musique/image ne fonctionne pas. « Je lui ai répondu que si ça ne marchait pas, on recommencerait toute la musique à mes frais! Ça l’a calmé… (rires) »

L’équipe au grand complet est venue assister à l’enregistrement pour voir où le jeune compositeur français parrainé par Mancini voulait en venir. Motivé par le challenge et grâce à un souvenir très précis de l’atmosphère des différentes séquences, Michel Legrand dirige la séance de main de maître.

« Avec Jewison, nous avons monté le film durant deux mois dans un bonheur total. La musique a pris une importance qui n’était pas prévue et on m’a laissé emmener tout le monde dans une aventure calculée, mais assez risquée. Voilà comment j’aime le cinéma mais ce n’est possible que si vous êtes complice avec le metteur en scène. Revoyez le film et vous constaterez que grâce à Jewison, L’Affaire Thomas Crown est presque devenu un film musical. »

Bach demeure la référence principale et dans ses partitions s’exprime ce flux régulier et domestiqué d’énergie, très loin des traditionnelles musiques romantiques du cinéma. “ L’affaire Thomas Crown ” est aussi l’occasion pour Michel Legrand de s’inspirer de Stravinski et de son “Sacre du printemps” dans les séquences du holdup.

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CRÉDITS : Michel Legrand : compositeur, chef d’orchestre, voixAlan Bergman : Compositeur, auteurMarilyn Bergman : Compositeur, auteur – Noel Harrison : voix – Lukas Kendall : Production AssistantDr. Toby Mountain : Mastering – Andrea Troolin : Re-Release Producer

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