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B.O. de Bullitt, quand Lalo Schifrin hisse les canons du scoring thématique

Never love alone
B.O. de Bullitt, quand Lalo Schifrin hisse les canons du scoring thématique Posted on 25 mai 2020Leave a comment
Never love alone

Lalo Schifrin Bullitt – Enregistré de septembre à décembre 1968 – Hollywood, Californie – Seven Arts Records
La bande originale de Bullitt, petit thriller policier parano de Peter Yates dont l’histoire retiendra surtout la prestation de Steve McQueen, est un modèle de raffinement mélodique, rythmique et harmonique. L’œuvre de Lalo Schifrin emprunte aussi bien au jazz qu’à la pop music, au blues qu’à la musique brésilienne. Avec cette bande son, Lalo Schifrin hisse les canons du scoring thématique et place haut la barre pour les B.O. à venir.

Lalo Schifrin vient du classique. Il a reçu son enseignement dans son Argentine natale avant de s’intéresser au jazz. Sa formation continuera dès l’âge de 20 ans au Conservatoire de Paris où il suivra les cours d’Olivier Messiaen et Charles Koechlin. La nuit, il gagnera sa vie en jouant dans les clubs de jazz de St-Germain.


Bande originale de Lalo Schifrin Bullitt

De retour en Argentine, il crée son premier orchestre jazz, qui accompagne une émission populaire de la TV argentine. Il commence également à composer pour la radio et le cinéma. En 1956, il rencontre Dizzy Gillespie et compose ses Gillespiana, série de titres orchestrés pour le big band du trompettiste.

En 1960, Gillespie lui propose une place de pianiste dans son quintet. Lalo Schifrin part donc avec sa femme pour New York. Pendant deux ans, il tourne avec Gillespie et devient le directeur musical du quintet, composant en 62 The New continent, avant de quitter le groupe pour se consacrer à sa carrière solo. Il écrit pour Sarah Vaughan, Stan Getz ou Count Basie et travaille en son nom sur des compositions plus ambitieuses (The Ritual of sound, 1963).

Bande originale de Bullitt
Bande originale de Lalo Schifrin Bullitt

En 1963, la MGM lui commande la B.O. d’un film d’aventures en Afrique, Rhino !. Lalo Schifrin déménage alors pour Hollywood et commence sa carrière dans la musique de films. En 1964, il revient à Paris et enregistre la musique du film de René Clément, Les Félins, où la présence d’Ondes Martenot vient rappeler l’influence d’Olivier Messiaen.

La même année, il enregistre la B.O. de See how they run, un téléfilm américain, et arrange deux disques de jazz : The Cat pour Jimmy Smith et Jazz suite on the mass texts pour Paul Horn.

Mais sa popularité croît d’abord auprès du public des séries télévisées pour lesquelles il écrit des « scores » prestigieux : The Man from U.N.C.L.E., The C.A.T. ou Mission impossible. Cette dernière production notamment, pour la variété des thèmes, l’universalité de ses influences (jazz, musique latino-américaine, clins d’œil orientalistes, pop, musique orchestrée) devient une référence en matière de B.O., où chaque titre peut être apprécié séparément de la totalité, et illustrer parfaitement dans son ensemble l’atmosphère de la série.

Bande originale de Bullitt
Bande originale de Lalo Schifrin Bullitt

Après ce coup d’éclat, suivront les B.O. des séries télévisées Medical center, Starsky & Hutch, Planet of the apes, Mannix ainsi que des musiques de films (pour la plupart des thrillers) prestigieuses : Once a thief (1965), Murderer’s row (1965), The Cincinnati kid (1965), The Liquidator (1965) et Bullitt en 1968.

La première plage « Bullitt (Main Title) » plante admirablement le décor. Schifrin y mélange habilement les techniques traditionnelles de musique de film orchestrale avec les rythmes et mouvements de jazz classique. Cette combinaison est parfaitement illustrée sur cet instrumental jazz-pop qui commence par une ligne de basse angulaire et staccato qui se superpose rapidement à la guitare jazz et aux éclats de cuivres pour créer une mélodie qui swingue et fait vibrer tout le monde à la fois.

Il est très important de décider quand la musique doit commencer et quand elle doit s’arrêter. J’aime à saisir les instants clés d’une scène plutôt que de chercher à tout « couvrir » comme pour un dessin animé. Au cinéma, il me semble plus intéressant de capturer l’atmosphère générale d’une scène en une seule séquence-musicale brève mais dotée d’une accentuation marquante. Je pense que le silence a lui aussi son rôle à jouer. Il peut être aussi efficace que nécessaire. Je ne crois pas qu’il soit bon de vouloir à tout prix faire du remplissage sonore. (Lalo Schifrin)

Bande originale de Bullitt
Bande originale de Lalo Schifrin Bullitt

Dans Bullitt, par exemple, je voulais éviter de révéler trop tôt l’identité du méchant, Richard Vaughn en l’occurrence. Pour cela, il aurait suffi de donner à entendre un thème spécifique à chacune de ses apparitions à l’écran, mais, alors, tout le suspens de la conspiration aurait été réduit à néant. Peter Yates, le metteur en scène, a une approche très subtile des personnages et de leurs relations. Ainsi, il voulait que, très tôt dans le film, l’amour qui lie Steve McQueen et Jacqueline Bisset soit une évidence pour tous. Plutôt que de le faire de manière classique par le biais d’une scène suggestive, il transporte les personnages loin de l’intrigue policière, dans un bar où l’on joue du jazz. Le plus intéressant dans cette séquence est que l’on comprend tout sans que personne ne dise un mot : Yates filme les visages des amants puis se tourne vers les musiciens avant de revenir vers eux. Un seul regard suffit… (Lalo Schifrin)

Parmi les autres joyaux de cette B.O., citons « Shifting Gears », qui ajoute et soustrait des couches de cordes et de cuivres dissonantes sur un groove percutant, et « Ice Pick Mike », un thème de poursuite qui se construit à partir du piano et des percussions pour devenir un instrument de jazz à part entière avec une section de cuivres enragées.

Bande originale de Bullitt
Bande originale de Lalo Schifrin Bullitt

Ailleurs, Schifrin ralentit le tempo pour créer des instrumentaux luxuriants créant ainsi une ambiance légère sans perdre leur côté jazz : « The Aftermath of Love » superpose de douces lignes de trompette et de flûte à des rythmes adoucis par les cordes et « The First Snowfall » est un morceau brillant, mené par les cors, qui applique la section des cuivres de l’album à une mélodie de pavot.

Tout sur l’album est visuellement évocateur comme une bande sonore devrait l’être, mais les morceaux individuels sont suffisamment serrés et mélodiques pour résister à des écoutes répétées.

Bande originale de Bullitt
Bande originale de Lalo Schifrin Bullitt

Il est courant que les gens me félicitent pour la musique qui accompagne la poursuite en voiture dans les rues de San Francisco. Je n’ai rien fait ! J’ai effectivement composé quatre minutes que l’on entend avant le début de la course-poursuite, alors que les méchants jouent au chat et à la souris avec Steve McQueen. La tension musicale monte tandis que McQueen passe les vitesses, puis la course débute et… la musique s’arrête ! Ce ne sont plus que des effets sonores. Il y a deux voitures et à chacune d’elles correspond un son spécifique qui permet de les identifier plus facilement. Trop de musique aurait nui au film. D aurait été ridicule de noyer l’action sous une musique pompeuse et hors de propos alors que tout, même à l’image, est -minimisé. Un simple élément sonore permettant de rythmer était suffisant. Après tout, Bullitt est un type plutôt cool et la musique devait coDer au personnage peu expansif d’un McQueen parfait dans ce rôle. (Lalo Schifrin)

Bande originale de Bullitt
Bande originale de Lalo Schifrin Bullitt

Grand classique du cinéma d’action, Bullitt doit beaucoup à la musique de Lalo Schifrin qui, mêlant astucieusement cuivres et instruments à cordes, distille une ambiance jazzy tantôt douce, tantôt nerveuse, typique des montées d’adrénaline de ce polar urbain.

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