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Requiem for an Almost Lady (Lee Hazlewood), la country devient baroque

Never love alone
Requiem for an Almost Lady (Lee Hazlewood), la country devient baroque Posted on 20 septembre 2020Leave a comment
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Lee Hazlewood – Requiem for an Almost Lady – Enregistré en juin 1971 au Remote Recording Facilities, Hollywood, CA – Viking records
Lee Hazlewood est un de ces hors-la-loi de la norme et du classement. Si pour le quidam, le nom du moustachu évoque vaguement quelque chose c’est souvent pour le tandem qu’il forma avec Nancy Sinatra. Hazlewwod est pourtant bien plus que ça. Un compositeur, chanteur, musicien, arrangeur, patron de label (LHI) et producteur brassant des influences multiples. Entre ses doigts, la pop plongeait dans la démesure des grands espaces et du cinémascope, la country devenait quasiment baroque. Le bonhomme a laissé une œuvre assez unique, dont l’album Requiem for an Almost Lady, dans un no man’s land magique et merveilleux de l’histoire de la pop music…

Passionné par les techniques d’enregistrement primitives du rock’n’roll, le jeune Barton Lee Hazlewood, né en 1920, s’improvise ingénieur du son et producteur en cet âge des possibles de la musique américaine. Le guitariste Duane Eddy est l’un des témoins de ses expérimentations, comme la fabrication d’une chambre d’écho à partir d’une citerne vide ! Phil Spector assiste à ces sessions mythiques. «(Dance With the) Guitar Man» de Duane Eddy (1962) est l’un des premiers morceaux sur lequel Lee chante.


Lee Hazlewood – Requiem for an Almost Lady

En 1965, Hazlewood signe sur le label Reprise, dont l’actionnaire principal est Frank Sinatra. Il se met alors véritablement au chant, en solo et en duo, tout en travaillant sur la production de chanteurs tels que Dean Martin.

«Tu vas te trouver un nouveau son et te débarrasser de ta gourme enfantine. Tu n’es plus une vierge, alors chante pour les camionneurs, mords les mots», conseille-t-il sans ambages à Nasty Jones, plus connue sous le nom de Nancy Sinatra. La fille de Frank Sinatra rencontre son premier grand succès avec le tube machiste et néanmoins irrésistible, «These Boots Are Made For Walkin’ », en 1966.

Lee Hazlewood - Requiem for an Almost Lady
Lee Hazlewood – Requiem for an Almost Lady

En 1969, le boss de LHI vient de signer un contrat de distribution avec Ampex et Bell. Il lui faut du matériel à sortir. Il est capable de produire à la demande : country, psyché, girl group, protest folk, bubblegum… Mais un peu de renfort ne lui ferait pas de mal. Arrive Larry Marks, un chanteur de seconde zone. L’idée d’un album où Marks reprendrait des morceaux déjà existants du maestro en musclant les arrangements dans le style qu’il affectionne : soul et r’n’b.

Malgré une clique de pointures hollywoodiennes : les Larry Knechtel, Don Randi, John Guerin, Roy Caton (trompettiste sur Pet Sounds et Forever Changes).

Lee Hazlewood - Requiem for an Almost Lady
Lee Hazlewood – Requiem for an Almost Lady

Tout le monde a l’air content du résultat mais… l’album ne verra pas le jour. C’est la débandade chez LHI et Hazlewood, désabusé par le music-biz, s’envole pour la Suède.

C’est durant cette période d’exil ponctué d’aller-retour à Los Angeles que le « loner » va enregistrer plusieurs albums dont le mirifique Requiem for an Almost Lady.

Dans l’intimité du studio, Lee Hazlewood est certes accompagné – par Jerry Cole, Donnie Owens et Joe Cannon. Mais les dix chansons sont habitées par un homme très seul.

Évoquant ses ruptures, mêlant plusieurs de ses ex pour en faire cette lady composite, annonçant son deuil : Requiem for an Almost Lady.

Lee Hazlewood - Requiem for an Almost Lady
Lee Hazlewood – Requiem for an Almost Lady

A toutes, elles feraient donc une « presque ». Ah, l’insatisfaction romantique : même l’addition ne fera jamais l’affaire. La voix familière, jamais si proche, de notre homme Lee désormais sans moustache, ponctue les morceaux de courts passages parlés.

Même avec ce supplément narratif, l’album postule au record du plus court de l’histoire (25’31). En voulait-on plus ? Pas sûr, tout est dit. « Au début, il n’y avait rien ; mais c’était plutôt marrant de voir ce rien grandir… » A la fin, la voix chante : Love’s a game… and it’s a shame… but you don’t always win… Une rancune subsiste : je préfère être ton ennemi que t’entendre m’appeler ton ami. La sentence ultime tombe : « A la fin, il n’y avait rien ; mais croyez-moi, ce n’était pas marrant d’attendre que ce rien finisse… »

Entre les deux, la chronique en fragments brefs de quelques amours impossibles fondus en un. Il est rare qu’un type s’exprime de manière aussi calme sur un sujet passionnel. C’est tout Lee, cette impassibilité qui le rapproche du cowboy de la légende.

Lee Hazlewood - Requiem for an Almost Lady
Lee Hazlewood – Requiem for an Almost Lady

Avec un tel ton, passent le miel et le vitriol. A son point de rupture, l’homme quitté est content de n’avoir pas eu un flingue à portée de main. Hmm… Au beau milieu de ce chapelet de confessions laconiques, un diamant sombre, I’ll Live Yesterdays. S’il n’y a pas de demain pour nous, eh bien je vivrai des hiers. Une basse papillonne, un écho de tambourin (?) dans le lointain… Cigarette mountains and fantasy fountains…

Enregistré à Los Angeles, Requiem for an Almost Lady ne sortit qu’en Suède et fut longtemps introuvable jusqu’à sa réédition en CD (1999), pour les 70 ans de Mr Hazlewood.

D’ailleurs, sans l’acharnement de nombreux collectionneurs et de musiciens comme Nick Cave ou Sonic Youth, qui font circuler depuis des années ce nom aux disques quasi introuvables, on n’aurait sans doute plus jamais entendu parler de Lee Hazlewood.

Un personnage pourtant déterminant pour l’histoire de la pop, aux talents multiples et apparemment désinvolte, qui goûta à la célébrité dans l’ombre de Nancy Sinatra. Mais forte tête dédaignant le showbiz, il s’amusa ensuite dans un parcours solo aussi riche artistiquement que désastreux commercialement.

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