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Forces Of Victory (Linton Kwesi Johnson), récit ultra réaliste du dub poète

Never love alone
Forces Of Victory (Linton Kwesi Johnson), récit ultra réaliste du dub poète Posted on 18 octobre 2020Leave a comment
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Linton Kwesi Johnson Forces Of Victory – Enregistré en 1978 aux Island Studios (Hammersmith, UK) – Island Records
Outre sa pochette emblématique, Forces of Victory est probablement l’un des grands disques reggae de l’histoire et l’un des albums préférés de David Bowie ! Activiste et artisan majeur de la scène reggae londonienne à la fin des années 1970, Linton Kwesi Johnson est un poète dub hors pair. Accompagné par le producteur Dennis Bovell et le Dub Band, Johnson se livre à de formidables imprécations, à la croisée du dub, du reggae et du spoken word, comme si Gil Scott-Heron avait vécu en Jamaïque.

Né en août 1952 dans la Jamaïque rurale, Linton Kwesi Johnson arrive en 1963 à Londres. A l’adolescence, il rejoint le mouvement des Black Panthers au sein duquel il aide à organiser des ateliers de poésie et participe au groupe de reggae Rasta Love. En 1973, il entame des études de sociologie au Goldsmiths College de Londres.


Linton Kwesi Johnson Forces Of Victory

Ses premières poésies paraissent dans le journal Race Today qui publie en 1974 le recueil Voices of the Living and the Dead. Il en sortira un second, Dread Beat an’ Blood, avant d’autoproduire l’album homonyme en 1978 (sous le nom de Poet & the Roots). La même année, il forme un collectif culturel, Creation for Liberation.

« J’ai commencé à écrire des vers, non seulement parce que j’aimais ça, mais parce que c’était une façon d’exprimer la colère, la passion de la jeunesse de ma génération, la lutte contre l’oppression raciale. La poésie était une arme culturelle dans la lutte pour la libération des Noirs, c’est ainsi que tout a commencé ». (Linton Kwesi Johnson)

Un ami qui travaille pour Virgin records lui suggère de faire une demo.

« Il s’est arrangé pour que je rencontre Richard Branson. Nous nous sommes rencontrés dans un petit restaurant chinois de la rue Kensington, et Branson a dit qu’il aimait la demo. Il ressemblait à un hippie pour moi. » Branson m’a signé – et je suis donc devenu un artiste reggae, « par accident ». (Linton Kwesi Johnson)

Linton Kwesi Johnson Forces Of Victory
Linton Kwesi Johnson Forces Of Victory

En calant sur un beat reggae sa poésie politique en créole jamaïcain, qui raconte les conditions de vie difficile de la rue à Brixton et les brutalités policières, LKJ comme on le surnomme créé la poésie dub.

Edward Brathwaite (poète antillais d’expression anglaise) avait initié une révolution dans la poésie caribéenne. Il essayait de créer une nouvelle esthétique qui ne repose pas sur les canons anglo-saxons. Il avait commencé à incorporer aux paroles caribéennes, des rythmes jazz, blues, calypso, etc. Dans un sens, ce que je fais avec le reggae, ce que j’appelle la poésie reggae, c’est de consolider cette révolution commencé par Brathwaite. (Linton Kwesi Johnson)

Forces of Victory est à part dans la production reggae. Comme l’ensemble de l’œuvre de Linton Kwesi Johnson, plus axée sur les textes et l’écriture que sur la musique. Ici riddim, skank et autres trames musicales sont mises au service des textes et de leur signification.

The Dub Band, emmené par le multi-instrumentiste et producteur Dennis Bovell, n’est pas des plus inventifs ni des plus brillants. Linton Kwesi Johnson, n’est d’ailleurs pas un chanteur, c’est un poète urbain, il déclame, il pose ses textes sur la musique.

Linton Kwesi Johnson Forces Of Victory
Linton Kwesi Johnson Forces Of Victory

Dès le premier morceau, le ton est donné. «Want Fi Goh Rave» est un titre grandiose dont les paroles en créole jamaïcain anéantissent les philistins.

Piste 3, on découvre «Sonny’s Lettah». Un titre d’une violence insolente. Un aîné raconte à sa mère l’assassinat de son plus Jeune fils par la police. Composé sous forme de lettre, le titre dénonce les affres de l’emprisonnement. Un récit ultra réaliste qui trouve son efficacité dans l’alchimie parfaite entre les mots, la mise en musique mais aussi la diction du dub poète Linton Kwesi Johnson, Sous-titré « Anti-Sus Poem » en référence à la « sus law », une loi informelle permettant aux policiers britanniques d’arrêter n’importe qui sur une simple suspicion, le texte condamne avec habileté cette mesure inique dont l’application peut dégénérer de façon dramatique.

Les arrangements, la basse et la batterie grondent tout au long de cet opus mémorable aux accents souvent sombres et dramatiques, à l’image de cette pochette noire et menaçante, qu’annonçait déjà l’album précédent, Dread Beat An’ Blood, paru sous le nom de Poet and The Roots.

Linton Kwesi Johnson Forces Of Victory
Linton Kwesi Johnson Forces Of Victory

« Want Fi Goh Rave », « Fite Dem Back » ou « Forces of Victory » sont écrits en créole jamaïcains, à travers ces textes revendicatifs, c’est toute la communauté carribéenne immigrée en Angleterre qui est défendue. Linton Kwesi Johnson s’insurge contre le mépris qui entoure les habitants de Brixton et des autres ghettos du Royaume Uni.

Anticolonialiste, antifasciste (« Fite Dem Back »), partisan d’un modèle social démocrate qui répartirait mieux les richesses, le dub poète rappelle sur « Reality Poem » qu’il vaut mieux regarder la réalité en face afin de la transformer plutôt que de s’en échapper.

Bien que les huit morceaux de Forces of Victory aient été enregistrés en plusieurs sessions distinctes, l’unité de ton de l’album est stupéfiante. La poésie dub de Linton Kwesi Johnson se dévoile de manière directe, sans la moindre concession sur son art.

Linton Kwesi Johnson Forces Of Victory
Linton Kwesi Johnson Forces Of Victory

Le disque suivant, Bass Culture, poussera encore plus loin l’épure instrumentale pour ne servir que les mots affûtés de LKJ, le poète au chapeau et aux paroles tranchées, ainsi que la guitare en fil de fer barbelé de John Kpiaye.

Plus poète que véritablement musicien et chanteur, Linton Kwesi Johnson est une des consciences de la scène jamaïcaine. Révélé par Forces of Victory en 1979, il va plus loin que l’habituel discours inspiré du rastafarisme, ses références sont plutôt sociales et intellectuelles. Son style, parlé et déclamé plus que chanté, s’accommode particulièrement bien des rythmiques dub

Source : www.qobuz.fr – www.theguardian.com – https://fr.wikipedia.org

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CREDITS :

  • Linton Kwesi Johnson – vocals
  • Floyd Lawson (tracks: 1, 5), Vivian Weathers (tracks: 2-4, 6-7) – bass
  • Lloyd « Jah Bunny » Donaldson (tracks: 1-4, 7), Winston « Crab » Curniffe (tracks: 5-6, 8) – drums, percussion
  • John Kpiaye – lead and rhythm guitar
  • Julio Finn – harmonica
  • Rico – trombone
  • Dick Cuthell – flugelhorn
  • Dennis Bovell (as « The Invisible One »), Webster Johnson – keyboards, piano
  • Everald « Fari » Forrest – percussion
  • Dennis Bovell, Vivian Weathers, Winston Bennett – additional voices
  • Dennis « Blackbeard » Bovell, John Caffrey – engineer
  • Dennis Morris – photography
  • Zebulon Design – design
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