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Travessia (Milton Nascimento), voyage au travers d’un Brésil loin des stéréotypes

Never love alone
Travessia (Milton Nascimento), voyage au travers d’un Brésil loin des stéréotypes Posted on 3 mai 2020Leave a comment
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Milton Nascimento Travessia – Enregistré entre 1966 et 1967 – Ritmos records
Enregistré en 1967 avec le Tamba Trio, une formation carioca aux concepts novateurs, le premier album du chanteur, Travessia, marque les esprits. Avec Edu Lobo notamment, et parallèlement au Tropicalisme des Bahianais Gilberto Gil et Caetano Veloso, Milton Nascimento contribue à définir la Musique populaire brésilienne (MPB) en convoquant non seulement les esthétiques urbaines (samba, bossa nova) mais aussi celles des campagnes nordestines et des forêts amazoniennes, tout en dialoguant constamment avec la poésie contemporaine – Fernando Brant est son fidèle parolier.

Au milieu des années soixante, le Brésil connaît un phénomène qui fera beaucoup pour l’émergence de toute une génération de musiciens. Les festivals de musiques populaires, des concours de chansons grâce auxquels se font connaître la plupart des chanteurs de la MPB (Música Popular Brasileira). Le premier de ces festivals est celui de São Paulo ; lors de sa seconde édition Milton Nascimento y remporte la quatrième place avec les titres Travessia et Tres Pontes.


Milton Nascimento Travessia

En 1967, le chanteur Agostinho Santos, un des interprètes de la musique d’Orfeu Negro, et l’arrangeur Eumir Deodato poussent Milton Nascimento à s’y représenter. Malgré ses réticences à reprendre part à une compétition, il finit par céder. Trois de ses chansons sont retenues par le jury, elles obtiennent les quinzième, septième et deuxième place et Milton remporte le prix du meilleur interprète. Ainsi, l’enregistrement qui suit, Milton Nascimento Travessia, représente le grand démarrage de sa carrière.

Dans ce premier album, les deux chefs-d’œuvre du répertoire entièrement d’auteur Morro velho, véritable traité sociologique sur les relations entre patrons et employés au Brésil, et l’évident Travessia. Leurs arrangements, créés à l’origine par Eumir Deodato, ont ouvert au chanteur les portes du marché américain (à tel point que, en 1968, Milton avait déjà sorti un album, Courage, destiné au public américain).

Milton Nascimento Travessia
Milton Nascimento Travessia

Cet album est d’une importance vitale pour moi. C’est l’accomplissement d’un désir ! Depuis que j’ai entendu Tamba Trio, j’ai toujours voulu enregistrer avec eux. Quand j’ai été invité à enregistrer l’album, j’ai exigé que Tamba, puis Tamba 4, m’accompagne. C’est une bénédiction d’avoir les arrangements de Luizinho Eça sur mon premier album. Seuls deux de ces arrangements ont été adaptés par Luizinho à partir des arrangements originaux d’Eumir Deodato. (Milton Nascimento)

La plupart des chansons de cet album ont été composées avant le Festival de 1967. Tout commence un soir dans une boite de Belo Horizonte. Milton y joue de la contrebasse dans un trio, avec Wagner Tiso et Paulinho Braga. Pendant une pause, sur la terrasse, il est pris d’un sentiment étrange. Une connaissance, Marcinho Borges est présent. Il fait remarquer à Milton qu’il y a quelque chose de différent chez lui ce soir.

Je ressens un serrement à la poitrine sans raison apparente. J’aimais ce que je faisais et même si je n’avais pas d’argent, je ne m’en souciais pas vraiment. Marcinho m’a demandé si j’avais déjà fait attention aux arrangements que j’avais l’habitude de faire pour les chansons des autres. C’est justement ce que j’aime faire : chanter les chansons des autres à ma façon. « Si tu savais ce que ces arrangements signifient… tu créerais de nouvelles chansons. Tu dois commencer à composer ! (Milton Nascimento)

Milton Nascimento Travessia
Milton Nascimento Travessia

Depuis ce soir-là, nous sommes devenus des amis proches. Mais ce n’est que cinq ou six mois plus tard qu’il m’a vu composer. Ce jour la, nous sommes allés au cinéma pour voir Jules et Jim. C’est la plus haute forme d’amitié que j’aie jamais vue ! Rempli d’un tel sentiment,  j’ai touché l’épaule de Marcinho et lui ai dit : « Commençons à travailler. » Nous sommes allés dans sa chambre, au 17e étage du Levy Building, j’ai pris la guitare, il a pris une feuille, et nous avons écrit trois chansons ce soir-là. L’une s’appelle « Paz do Amor que Vem », plus tard appelée « Novena », et les deux autres qui font partie de cet album : Crença et Gira, Girou. C’était la première d’une longue série de chansons. Parmi eux, Irmio de Fé, qui fait aussi partie de l’album, que j’ai vraiment le sentiment d’avoir écrit pour nous-mêmes. (Milton Nascimento)

Certaines des chansons ont été écrites par Milton seul. C’est le cas de Cançao do Sal inspirée de chansons ouvrières agricoles, de plantations et des salines de Cabo Frio que Milton traversait petit.

Morro Velho, est inspiré de souvenirs d’enfance de Milton passés à la ferme de la tante de Wagner Tiso. Il y raconte l’histoire imaginée du fils de Niceto, un ouvrier agricole et ami du propriétaire de la ferme, qui plus tard partiraient, étudieraient et reviendraient en hommes d’affaires.

Les titres sont tous enregistrés sur deux pistes, époque oblige. Les parties instrumentales sont enregistrés en une prise y compris l’orchestre. Seule la voix est enregistrée séparément.

Milton Nascimento Travessia
Milton Nascimento Travessia

J’ai composé « Maria, Minha Fé » pour un ami à moi de Très Pontas. C’était comme une déclaration d’amour, où j’ai décidé de tout dire. A Belo Horizonte, Marcinho et moi avions l’habitude de marcher le long de la rue Rio de Janeiro la nuit, où beaucoup de souvenirs nous sont revenus. Un jour, je suis allé dans cette même rue pendant la journée et j’ai regardé la foule et tout le reste. Quand je suis rentré à la maison, elle a commencé à me manquer, cet amour qui me manquait, je ne sais pas… et j’ai écrit ces paroles. Seulement les paroles. Mais la mélodie était déjà en moi et je savais comment elle serait. Je travaillais encore au bureau et je restais à la fenêtre, je lisais les paroles et je regardais passer les gens. Et, plus je faisais ça, plus j’aimais et je sentais cette chanson. (Milton Nascimento)

Travessia, premier album de Milton Nascimento et premier coup de tonnerre, sorti en pleine fureur pop est délicieusement en marge de la production d’alors. Loin de la fureur des guitares nourries à l’électricité, Milton nous emmène dans un monde acoustique parcouru de cordes pour un voyage au travers d’un Brésil loin des stéréotypes.

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