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Bande originale de Taxi driver (Bernard Herrmann), dernière œuvre du maitre

Never love alone
Bande originale de Taxi driver (Bernard Herrmann), dernière œuvre du maitre Posted on 27 février 2020Leave a comment
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Musique taxi driver – Enregistré en 1976 – USA – Arista Records
Au début des années 1970, Herrmann est persuadé que sa carrière cinématographique est terminée quand le succès de sa musique du film de Brian de Palma « Sisters » en 1973, redonne à son œuvre un nouveau souffle. Les propositions de film affluent avec, entre autres, celle de Martin Scorsese pour Taxi Driver.

C’est sur la base d’une admiration éperdue pour les partitions de Citizen Kane, Sueurs froides et Psychose, que Scorsese sollicite le légendaire Bernard Herrmann pour la musique Taxi Driver. Exilé à Londres, le vieux maitre au caractère irascible se fait prier avant d’accepter la proposition.


Musique taxi driver

Finalement, il a aimé le script, notamment les particularités de Travis, comme son habitude de verser de l’alcool de poire sur ses flocons de céréales. Il n’y avait pas encore de cassettes vidéo. Il fallait donc lui envoyer des contretypes noir et blanc, bobine par bobine. Quand il a vu celle où De Niro fait de la culture physique dans sa chambre, il a décidé : “Pas de cordes. Seulement des cuivres. Ce gars-là vit dans un monde très dur et il veut se durcir lui-même.” Plus tard, il m’a dit qu’il voulait incorporer du jazz. Il le concevait comme une étape nouvelle dans son travail. C’est une tonalité très film noir, très années quarante. Pour moi, elle correspond à une tradition que Taxi Driver pourrait d’une certaine façon prolonger.” (Martin Scorsese)

En dépit d’une aggravation de ses problèmes cardiaques, Herrmann se rend de Londres à Los Angeles pour enregistrer la musique de Taxi Driver.

Il s’y retrouve entouré d’amis et de jeunes admirateurs, ainsi que des musiciens qui ont travaillé avec lui, 35 ans auparavant, pour la musique de Citizen Kane.

Musique taxi driver
Musique taxi driver

Scorsese, qui connait parfaitement toute la musique cinématographique, a l’espoir de réussir dans ce film une nouvelle fusion de l’image et de la musique, dans un style oppressant qu’il appelle le « New York Gothic ». Herrmann, déclara-t-il plus tard, est pour lui le seul et unique compositeur possible pour ce film.

“Pour nous tous, les endroits dans lesquels nous avons grandi et les sentiments que nous y avons expérimentés demeurent indissociables. Eventuellement, ils deviennent une seule et même entité, comme tressés dans le même tissu. Ma vie, c’était le petit appartement dans lequel j’ai grandi, aux côtés de mes parents et de mon frère. Il y avait le son, le rythme de la langue sicilienne, de l’anglais avec accent sicilien. Et il y avait la musique. C’est-à-dire chanter à l’église, fredonner dans la cuisine et, à l’occasion, jouer des instruments dans les réunions familiales. De la musique de la radio, de la musique du (phonographe) Victrola. De la musique s’échappant des voitures qui passaient, des fenêtres ouvertes, des devantures de magasins. De l’opéra, de la musique traditionnelle italienne, du big band, du doo-wop, du Broadway, des symphonies, du jazz, du rock’n’roll. Je pouvais flotter sur ces sons, ou m’y plonger comme dans un refuge. A d’autres moments, ils se mélangeaient à une scène vue de ma fenêtre, ou à notre appartement, de la façon dont une couleur se mélange à une palette, changeant le ton, la nuance. La musique pouvait intensifier ce qui se passait dans notre salon ou dans la rue, et d’une certaine manière, le compléter. C’était comme si ma vie était mise en musique par une bande originale de film permanente.” Voilà les mots qu’utilise Martin Scorsese pour raconter son rapport intime à la musique.

Musique taxi driver
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Chaque élément de l’orchestration de Taxi Driver crée un effet psychologique précis ; combinée, l’instrumentation est à la fois fragile et terrifiante, tout en étant étrangement sensuelle.

Le Prélude composé par Herrmann accompagne un montage hallucinatoire de rues brumeuses, vues par les yeux du chauffeur de taxi, Travis Bickle, et mêle chaque motif fragmenté de la musique en sa propre vision indistincte, qui reflète la confusion des pensées de Bickle.

Après un premier battement de tambour à timbre, illustrant le combat entre Travis et son univers, l’on entre dans un assemblage grisâtre de trompettes bouchées, la froideur éteinte d’un coup de cymbales étouffé, le pizzicato des basses cliquetant comme une petite bombe, et plus évocateur encore, un thème pour saxophone qui reflète les obsessions romantiques et mortelles de Travis.

Musique taxi driver
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Au cours de la scène finale de Taxi Driver, le regard fou de Travis Bickle s’allume lors d’un coup d’œil furtif dans le rétroviseur de son taxi. Bernard Herrman écrit un motif de glockenspiel, mais Martin Scorsese décrète que l’effet ne fonctionne pas. « Repassez le glockenspiel à l’envers », propose Herrmann, qui révèle ainsi la démence prête à ressurgir de Travis Bickle.

Bernard Herrmann n’aura pas le temps de voir le film mixé. Le 23 décembre 1975, il enregistre les dernières notes de Taxi Driver et rentre à l’hôtel avec sa femme.

Il décède dans la nuit d’un arrêt cardiaque et laisse derrière lui une carrière inachevée, à l’image de ses inquiétantes harmonies non résolues.

Musique taxi driver
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Rétrospectivement, Taxi Driver apparaît comme le film de sa renaissance et son adieu aux armes. Par un étrange rapport de symétrie, la dernière bande originale de Bernard Herrmann est aussi la première écrite pour des images signées Martin Scorsese. Ouverture, fermeture.

Curieusement, malgré la disparition d’Hermann, son écriture ne désertera pas le cinéma de Scorsese. En 1991, le cinéaste entreprendra une nouvelle version du thriller de Jack Lee Thompson Les Nerfs à vif.

En hommage au compositeur de Taxi Driver, il décide de faire adapter et réenregistrer la partition composée par Herrmann en 1962 pour le film original, partition qui l’a accompagné mentalement pendant le tournage.

Musique taxi driver
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Pour mener à bien l’opération, les arrangements et la direction d’orchestre sont confiés à Elmer Bernstein, autre icône objective de Scorsese. Face à lui, le metteur en scène se revoit adolescent, écoutant sans relâche les microsillons de L’Homme au bras d’or ou des Dix commandements, premières contributions cinématographiques du grand Elmer.

Lequel offre une nouvelle jeunesse à l’ouvrage d’Herrmann, connu pour son instrumentation insolite, notamment son armada de quinze basses.

“C’était la quadrature du cercle, souligne Scorsese. Je me retrouvais devant quelqu’un dont les musiques m’avait tant appris. C’était comme le début d’une nouvelle étape de mon éducation.”

Source : https://consequenceofsound.net – https://thespool.net – www.gutsofdarkness.com

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