nick drake pink moon

nick drake pink moon – Enregistré en octobre 1971 au Sound Techniques – Londres – Island records
Nick Drake vit désormais à Londres. Après Five Leaves left, en 1969, il a quitté Cambridge et la fac. L’inspiration citadine qui irrigue Bryter Layter est à double effet : énergie neuve, autre mélancolie.

nick drake pink moon

La chambre nue du quartier de Hampstead, lit simple, un poêle et quelques disques et livres, est le refuge où le musicien se retranche peu à peu. « Il avait une vie sociale, dit Kirby, mais elle était compartimentée. Je ne connaissais pas ses amis londoniens. » Même à ceux-là, Drake offre de plus en plus une présence embarrassée, silencieuse.

La même année 1970, on arrange une rencontre avec Françoise Hardy, fan déclarée de cet « ami venu des nuages ». Il est question qu’il écrive pour elle…

Joe Boyd a quitté Londres, appelé par Warner à Los Angeles. Non sans avoir tenté quelques coups, comme de faire enregistrer les chansons de Nick Drake par un Elton John alors débutant.

Ces démos n’auront aucune suite. Elles procurent l’impression bizarre des traductions simultanées où la voix trop criarde de l’interprète couvre l’originale et la déforme.

Le départ de Boyd ajoute encore à sa déprime. En été 1971, pour l’aider à se sortir de cette mauvaise passe, le président d’Island, Chris Blackwell met à sa disposition la villa qu’il possède sur la côte espagnole, près de Gibraltar.

Nick Drake a-t-il encore la force et l’envie d’adresser sa musique à quiconque ? Sur la pochette de Bryter Layter, il posait assis sur une chaise, les pieds à côté de ses pompes.

nick drake pink moon
nick drake pink moon

Avec Pink Moon, il se désincarne en bluesman. Mais ne vise plus l’aisance détachée d’un Mose Allison. Réduit l’équipage à sa seule guitare et quelques miettes de piano. La palette sonore aux nuances de gris. En deux séances nocturnes, il n’aura pour compagnie que l’ingénieur du son John Wood.

Les chansons glacent le sang, peu d’accords répétés font une ambiance lunaire. On pense à Robert Johnson chassant les démons, capté dans une chambre d’hôtel trente-trois ans plus tôt. Il y pensait aussi.

Onze titres, sobrement accompagnés à la guitare et au piano, sont enregistrés. Après avoir remis les bandes à son label, Nick Drake exige qu’elles soient éditées sans autres arrangements.

Nick Drake
nick drake pink moon

L’album sort début 1972. C’est le préféré de certains, question d’humeur, c’est aussi celui qui tire le rideau. Nick est entré dans ce que Robert Kirby appelle sa « phase Howard Hughes ». Vêtements et cheveux sales, ongles longs. L’élégance aristocratique s’est voûtée, recroquevillée. La peau paraît translucide. Il consulte un psychiatre et retourne à Far Leys, la maison familiale.

Découragé par ce nouvel échec commercial, il se prend à douter de ses qualités d’auteur et de musicien. Il décide de mettre un terme à sa carrière et s’enfonce dans un état dépressif. Les deux années qui suivront conduisent lentement Nick Drake vers la mort, puis vers une gloire posthume.

###

CRÉDITS : Nick Drake : voix, guitare folk, piano (sur « Pink Moon ») –  John Wood : ingénieur du son – Joe Boyd : producteur – Michael Trevithick : pochette

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.