Bande originale de Shaft (Isaac Hayes)

Shaft Isaac Hayes

Shaft Isaac Hayes – Enregistré en 1971 (Memphis Tennessee – USA) – Stax records
Qui est ce détective privé noir qui joue les machines à sexe auprès de toutes les meufs ? Shaft ! Tu m’étonnes… » Ainsi démarre la saga du plus influent des héros du cinéma dit de « blaxploitation », John Shaft, joué par Richard Roundtree et mis en scène par Gordon Parks.

Le script d’Ernest Tidyman, à qui l’on doit le scénario de The French Connection, est basé sur son roman, l’histoire d’un héros de polar sur le modèle d’un Mike Hammer ou d’un Sam Spade, mais noir. Le générique de Shaft Isaac Hayes est une pièce d’anthologie, aussi référentiel que le sera six ans plus tard celui de Saturday Night Fever avec John Travolta fendant le bitume au son de « Staying Alive ».

Là, c’est ce fameux « Thème From Shaft » qui envahit les enceintes tandis que le black private dick marche sur le trottoir de New York, vêtu d’un grand manteau de cuir, avec moustache prolifique et l’afro de rigueur. Le genre de tableau qui gèle une époque, une attitude. Et un style musical inédit, car ce « Thème », couronné d’un oscar, n’est que la partie émergée d’un iceberg contenu dans un double album vinyle d’une rare intensité qui alterne les instrumentaux introspectifs avec les tueries funky.

Ces compositions, on les doit à Isaac Hayes, soulman historique du label Stax qui a commencé à redéfinir la black music avec des albums aussi révolutionnaires et envoûtants que Hot Buttered Soul en 1968 ou To Be Continued en 1971.

Hayes racontera plus tard : « Moi, ce que je voulais, c’était jouer dans le film, pas en écrire la musique. Le réalisateur Melvin Van Peebles avait ouvert la voie à la blaxploitation, ce courant hollywoodien qui rompait avec une tradition où seuls les rôles de chauffeur, de bonne à tout faire, de gardien de nuit étaient dévolus aux Noirs. Le héros, le réalisateur, les personnages, le langage de Shaft sont noirs ; il fallait que la musique soit l’œuvre d’un compositeur noir. Alors, pourquoi pas Isaac Hayes ? Lorsque le producteur m’a fait la proposition, la déception l’emporta. J’espérais un rôle. Mais vu l’effet bénéfique de ce disque sur ma carrière, il serait inconvenant de le renier aujourd’hui. »

Shaft Isaac Hayes
Shaft Isaac Hayes

Dirigeant une section rythmique constituée des Bar-Kays, Hayes enregistre l’ensemble de la BO aux studios Stax de Memphis. Des cuivres beaux à pleurer et des cordes somptueuses ajoutent une touche classique aux instrumentaux funky. L’affaire a beau être un double album, l’épicentre du groove est condensé dans Les 4’38 » du premier titre, Theme From Shaft. Une longue intro instrumentale travaillée à la pédale wah-wah, des ponctuations de cuivres funky comme jamais, des violons en peignoir de soie, quelques chœurs torrides, l’autoproclamé Moïse Noir du label Stax fait inconsciemment basculer la transe funk vers l’abîme hédoniste du disco. Autre point d’orgue : la version vocale de 19 mn 38 de « Do Your Thing », monumentale.

L’exercice de la bande-son oblige forcément à quelques thèmes d’ambiances (Walk from Regio’s, ou No name bar). Lorsque le compositeur se doit d’offrir les mélodies idéales pour démontrer toute l’attraction sexuelle dont John Shaft est capable, il donne quelques langoureux moments tels que Early morning Sunday et A friend’s place qui n’appellent qu’à se jeter au lit dans la minute.

Si on continue de parler de Shaft et même à le ressortir en salles, c’est bien à cause de sa musique. Le film a terriblement vieilli et semble aujourd’hui très statique, Roundtree manque du charisme cynique qui explose chez Jim Kelly ou Fred Williamson.

La plupart des compositions de la bo de shaft Isaac Hayes ont été des sources d’inspiration pour les rappeurs, qui les ont copieusement samplées : le « Thème » a été utilisé par Jay-Z, LL Cool J et Public Enemy, « Bumpy’s Lament » par Mobb Deep, « Walk From Regio’s » par les Beastie Boys, « Do Your Thing » par Big Daddy Kane.

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CREDITS : shaft Isaac Hayes : claviers, orgue, Piano, Piano électrique, vibraphone, voix – James Alexander : basse, guitar (Bass) – Pat Lewis, Rose Williams, and Telma Hopkins : Choeurs – Bar-Kays : section rhythmique – Willie Hall : batterie, tambourin – Ronald Hudson : basse (5) – Gary Jones : bongos, conga (3) – Sidney Kirk : piano – Charles Pitts : guitare, guitare rythmique – Lester Snell : piano électrique, synthétiseur – Michael Toles : guitare, guitare rythmique – Richard « Johnny » Davis : solo trompette – John Fonville : flûte – Isaac Hayes : producteur, arrangements cuivres, arrangements violons – Alan Johnson : arrangements cuivres, arrangements violons – Johnny Allen : arrangements cuivres, arrangements violons – George Horn : mastering – Dave Purple : ingénieur du son, remixing – William « Billy » Brown : ingénieur du son – Bobby Manuel : ingénieur du son – Henry Bush : ingénieur du son – Ron Capone : remixing

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