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Sixto Rodriguez, nul n’est prophète en son pays

Never love alone
Sixto Rodriguez, nul n’est prophète en son pays Posted on 7 mars 2019Leave a comment
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Sixto Rodriguez est né sur Michigan Avenue, à cinq blocs du centre de Detroit, dans le début des années 40. Il est le sixième enfant (sixto, ça vient de là !) d’une famille ouvrière, originaire de Mexico. Dans les années 60, il enchaîne les petits boulots (pompiste, couvreur, maçon) avant que deux découvertes essentielles bouleversent sa vie : la spiritualité – il s’intéresse aux pow-wows, cérémonies indiennes empreintes de magie – et la musique.

Possédant une sensibilité développée, un talent mélodique et de phrasé, il devient un vrai « songwriter » contestataire. Porte-parole des laissés pour compte, Sixto Rodriguez dresse dans ses chansons des portraits sociaux entiers et s’intéresse à la politique ; il se présentera à plusieurs reprises au conseil municipal et au poste de maire de sa ville.

Sixto Rodriguez
Sixto Rodriguez

Sa carrière débute réellement en 1967. Sous le nom de Rod Riguez, il publie un single intitulé « I’ll Slip Away » sur le label Impact.  En 1970 il change son nom de scène en Sixto Rodriguez et enregistre deux albums studio, les seules traces discographiques qu’il produira, pour le label Sussex : Cold Fact et Coming from reality. Ces deux disques, jugés trop marginaux, n’ont jamais réussi à faire décoller sa carrière.

Il est vrai que le style de Sixto Rodriguez est unique et peut dérouter. Sur son premier album, Cold fact, les morceaux sont folk dans l’ensemble, télescopés par des arrangements psychédéliques (cuivres, cordes, guitares fuzz, sonorités étranges de claviers), des parties plus jazz (rappelant les premiers Soft Machine ou Just a poke de Sweet Smoke) et des grooves de batterie oscillant entre blues et soul.

Sixto Rodriguez

Malgré quelques critiques élogieuses, l’album ne convainc pas le public. Fin 71, rejeté par tous ou presque, Rodriguez, contraint et meurtri, relègue dans sa vie la musique au second plan, étudie la philosophie et se lance dans une carrière politique.

Seules l’Afrique du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande vénèrent le fantastique songwriter. En 1971, ses albums ressortis sur le marché sud-africain par A&M trouvent un écho remarquable dans la jeunesse qui se met à vouer un petit culte à Sixto Rodriguez, le surnommant Jesus Rodriguez – rien que ça ! Les mélomanes africains sont d’ailleurs longtemps les seuls au monde à posséder une compilation CD de Cold Fact et Coming from Reality.

Sixto Rodriguez

Le phénomène prend également en Australie où l’artiste tourne entre 1979 et 1981, notamment en première partie de Midnight Oil. Alive est le résultat de cette tournée, et la réponse à une rumeur selon laquelle il serait mort depuis des années. Grâce à ses fans acharnés d’Afrique du sud, il finit par faire sa première tournée sud-africaine en 1998. Il y retourna en 2001 et 2005.

En 2008, le label Light In the Attic réédite Cold Fact, qui reçoit des critiques élogieuses et remet Sixto Rodriguez en lumière. La réapparition de Coming from Reality vient renforcer son aura l’année suivante.

Sixto Rodriguez

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ANECDOTES

Re-re-bide

1971. Il part enregistrer une suite à Londres. Coming From Reality fait encore flop. Rodriguez retourne alors à Detroit s’occuper de sa petite famille. Il bosse sur des chantiers de démolition, reprend des études de philosophie, se présente aux élections locales. Là encore: Re-re-bide. Fin de l’histoire. Des Rodriguez, des types qui n’ont jamais percé, l’histoire de la musique en compte des milliers.

Résurrection en Australie

1976. Plusieurs milliers de copies de l’album Cold Fact sont trouvées dans un entrepôt de New-York et vendues en quelques semaines en Australie où Sixto Rodriguez devient un héros. Première résurrection donc en Australie. 1979. Un DJ des antipodes passe Cold Fact en intégralité à la radio. Un buzz se crée autour de Rodriguez. Un promoteur local l’invite à faire une tournée. Gros succès. Un album live sort dans la foulée mais la vie de Sixto reprend son court normal. Retour à Detroit.

Avis de recherche sur le web

1998. Quasi inconnu dans son propre pays, le chanteur d’origine mexicaine est une star en… Afrique du Sud. Ses paroles politiques et sociales ont fait mouche pendant l’apartheid. Beaucoup de Sud Africains pensent que Rodriguez est mort. Des rumeurs racontent même qu’il se serait tiré une balle en plein concert. Stephen Segerman veut en avoir le cœur net. Il décide de retrouver la trace de l’auteur de Cold Fact et poste un avis de recherche sur le web. La fille aînée de Rodriguez tombe dessus. Son père n’avait absolument aucune idée de son énorme succès au pays de Nelson Mandela. Il prend l’avion et remplit d’immenses salles. Nul n’est prophète en son pays.

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