Sixto Rodriguez est né sur Michigan Avenue, à cinq blocs du centre de Detroit, dans le début des années 40. Il est le sixième enfant (sixto, ça vient de là !) d’une famille ouvrière, originaire de Mexico. Dans les années 60, il enchaîne les petits boulots (pompiste, couvreur, maçon) avant que deux découvertes essentielles bouleversent sa vie : la spiritualité – il s’intéresse aux pow-wows, cérémonies indiennes empreintes de magie – et la musique.

Sixto RodriguezPossédant une sensibilité développée, un talent mélodique et de phrasé, il devient un vrai « songwriter » contestataire. Porte-parole des laissés pour compte, Rodriguez dresse dans ses chansons des portraits sociaux entiers et s’intéresse à la politique ; il se présentera à plusieurs reprises au conseil municipal et au poste de maire de sa ville.

Sa carrière débute réellement en 1967. Sous le nom de Rod Riguez, il publie un single intitulé « I’ll Slip Away » sur le label Impact.  En 1970 il change son nom de scène en Rodriguez et enregistre deux albums studio, les seules traces discographiques qu’il produira, pour le label Sussex : Cold Fact et Coming from reality. Ces deux disques, jugés trop marginaux, n’ont jamais réussi à faire décoller sa carrière.

Il est vrai que le style de Rodriguez est unique et peut dérouter. Sur son premier album, Cold fact, les morceaux sont folk dans l’ensemble, télescopés par des arrangements psychédéliques (cuivres, cordes, guitares fuzz, sonorités étranges de claviers), des parties plus jazz (rappelant les premiers Soft Machine ou Just a poke de Sweet Smoke) et des grooves de batterie oscillant entre blues et soul.

Malgré quelques critiques élogieuses, l’album ne convainc pas le public. Fin 71, rejeté par tous ou presque, Rodriguez, contraint et meurtri, relègue dans sa vie la musique au second plan, étudie la philosophie et se lance dans une carrière politique.

Seules l’Afrique du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande vénèrent le fantastique songwriter. En 1971, ses albums ressortis sur le marché sud-africain par A&M trouvent un écho remarquable dans la jeunesse qui se met à vouer un petit culte à Rodriguez, le surnommant Jesus Rodriguez – rien que ça ! Les mélomanes africains sont d’ailleurs longtemps les seuls au monde à posséder une compilation CD de Cold Fact et Coming from Reality.

Le phénomène prend également en Australie où l’artiste tourne entre 1979 et 1981, notamment en première partie de Midnight Oil. Alive est le résultat de cette tournée, et la réponse à une rumeur selon laquelle il serait mort depuis des années. Grâce à ses fans acharnés d’Afrique du sud, il finit par faire sa première tournée sud-africaine en 1998. Il y retourna en 2001 et 2005.

En 2008, le label Light In the Attic réédite Cold Fact, qui reçoit des critiques élogieuses et remet Rodriguez en lumière. La réapparition de Coming from Reality vient renforcer son aura l’année suivante.

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