Sweet Sweetback's Baadasssss Song

Sweet Sweetback’s Baadasssss Song – Enregistré en octobre-novembre 1970 au Stax Recording Studios (Memphis – USA) – Stax records
« Classé X par un jury entièrement blanc » l’accroche publicitaire de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song est un argument imparable dans les salles de cinéma du ghetto. Le succès inattendu d’un film mettant en scène un héros noir est à l’origine d’un nouveau genre cinématographique : la blaxploitation.


Sweet Sweetback’s Baadasssss Song

À l’aube des années 1970, le mépris hollywoodien pour le cinéma noir se transforme subitement en intérêt bankable. Auteur de La Permission et de la comédie musicale Watermelon Man, Melvin Van Peebles cumule les fonctions d’acteur, de metteur en scène, de monteur et de musicien dans Sweetback…

Le film relatant la traque d’un hors-la-loi du ghetto est une diatribe radicale contre le pouvoir blanc. Sweet Sweetback’s Baadasssss Song représente également une expérience sensorielle inédite.

Van Peebles multiplie les effets visuels (surexpositions, solarisations) et décuple le poids d’une musique uptempo par le biais d’un mixage sonore iconoclaste où, par exemple, les râles de plaisir sexuel sont mêlés à des chants gospels.

Bande originale de Sweet Sweetback's Baadasssss Song (M. Van Peebles)
Bande originale de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song (M. Van Peebles)

« Le son est une chose immense, primordiale, et à l’époque, le cinéma s’en servait très mal. Au moment du tournage de Watermelon Man, Columbia a construit une nouvelle salle de projection avec un écran gigantesque. Mais ils n’ont même pas touché aux enceintes ! Le mépris du son était choquant à cette époque », déplore le cinéaste.

À l’instar d’un montage décalé et ponctué d’effets de superposition et de saturation de la pellicule, la B.O. mélange également dialogues et bruitages divers (aboiements, sirènes de police…). « Les effets sonores sont très importants dans Sweetback. Comme par exemple lors de la scène ou un personnage est rendu sourd par un coup de feu…

Œuvre militante, le film est aussi un projet pionnier en termes de concept de bande originale, « À Hollywood, quand on produisait une comédie musicale à gros budget la BO sortait deux mois après le film. J’ai eu l’idée de sortir la BO avant. Les journaux tenus par les Blancs n’ont pas voulu en parler, mais les Djs noirs en ont fait un tube sur les radios. Quelques mois plus tard, la MGM est allée voir Stax, qui avait sorti la BO de Sweetback, pour enregistrer la bande-son de leur prochain film, Shaft, avec Isaac Hayes ».

Bande originale de Sweet Sweetback's Baadasssss Song (M. Van Peebles)
Bande originale de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song (M. Van Peebles)

Melvin Van Peebles ne sait pas encore qu’il s’adresse à de futures superstars du funk en confiant une partie de la bande originale au leader d’une formation prometteuse.

« Ma secrétaire couchait avec Maurice White, le leader d’Earth Wind & Fire. Ils n’avaient encore rien enregistré à l’époque. J’ai écrit toute la musique du film, puis je suis allé voir Maurice. Je lui ai donné des instructions, je lui ai donné les tempos, je lui ai montré quelques ébauches et je l’ai laissé improviser sur les images ».

Le thème principal de Sweetback… s’appuie sur un efficace riff de Rhodes joué sur un tempo mambo. Un groove cyclique et implacable, à l’image de la fuite sans issue du héros. Le virulent « Sweetback Getting It Uptight And Preaching It So Hard The Bourgeois Reggin Angels in Heaven Turn Around » déroule son spoken word militant dans la tradition du poète songwriter Gil Scott-Heron.

Composée de fractures de dialogues et de bruitages divers, une bande-son anxiogène anticipe le dernier plan du film, un avertissement délivré par Sweetback en personne. « Un sale nègre va revenir pour régler ses comptes ». Hollywood en tremble encore.

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