Tahleel Terry Callier est né et a grandi à Chicago. Très jeune, il montre un penchant pour la musique : de 3 à 9 ans il prend des cours de piano classique et, à l’âge de 11 ans, compose ses premiers morceaux. Au lycée, il essaye de vaincre sa timidité en participant à des groupes vocaux, parmi lesquels les Whipporwills.

A l’université il ajoute la guitare à sa panoplie d’outils musicaux et, à l’âge de 17 ans, enregistre son premier single, « Look At Me Now », une chanson produite par Edmond Edwards et arrangée par Charles Stepney, pour le compte de Chess Records. « Le fait que quelqu’un d’aussi jeune puisse se montrer si sérieux les amusait beaucoup », se remémore Terry Callier.

Quelques temps plus tard, le jeune chanteur joue régulièrement dans les nombreux bars de Chicago, où le mouvement folk est en plein boom. Au final, Terry Callier abandonne ses études pour faire carrière dans la musique et, peu de temps après, Sam Charters, le producteur de Prestige Records, lui fait une proposition qui aboutit à l’enregistrement de l’album «The New Folk Sound of Terry Callier».

Terry Callier fréquente alors assidûment les scènes de Chicago, absorbant des influences jazz, latines et rythm and blues au fil de son parcours avant de rejoindre les légendaires ateliers de création de Jerry Butler, les Chicago Songwriters Workshop. C’est dans ce cadre qu’il participe à l’écriture de plusieurs titres à succès, comme « The Love We Had Stays On Our Mind » des Dells, écrit en collaboration avec Larry Wade.

Charles Stepney, devenu producteur, prend alors Terry Callier à part et lui propose d’enregistrer pour le compte de Cadet Records. Trois albums devenus légendaires depuis lors s’ensuivent : «Occasional Rain», «What Color Is Love» et «I Just Can’t Help Myself», des chefs d’œuvre de poésie et de prophétie urbaines.

A la suite de la disparition de Chess records, Terry Callier signe un contrat chez Elektra, où il élargit son public grâce à «Fire On Ice et Turn You To Love», deux albums qui font preuve de la même excellence dans la composition mais sont dotés d’un son plus léché.

Pourtant, à la fin des années 70, le chanteur se retrouve à nouveau sans maison de disques, bien qu’il continue d’apparaître régulièrement sur scène et sur les ondes. Il finance alors seul un EP, édité par Erect Records, sur lequel on retrouve « I Don’t Want To See Myself (Without You) » ainsi que « If I Can Make You Change Your Mind », mais le succès n’est pas (encore ) au rendez-vous.

En 1983, Terry Callier obtient la garde de sa fille unique, Sundiata, et afin de subvenir à ses besoins il commence à travailler en tant qu’informaticien, pour un institut de sondages. Le soir, le chanteur suit des cours de sociologie (il obtient une licence en 1988), tout en continuant à composer lorsque son emploi du temps le lui permet.

La vie suit ainsi son cours pour Terry Callier, jusqu’à un jour de 1991 où il reçoit un appel téléphonique en provenance d’Angleterre : Eddie Pillar du label Acid Jazz Records lui demande la permission de remixer et rééditer son EP «I Don’t Want To See Myself (Without You)». Le contrat est signé, et comme le dit le chanteur : « le disque a décollé comme s’il venait d’être enregistré ».

Après deux concerts au Jazz Cafe de Londres, devenus mythiques depuis lors, Gilles Peterson, le directeur du label anglais Talkin’ Loud , rend visite à Terry Callier à Chicago pour lui proposer d’enregistrer un nouvel album. Chuck Mitchell, alors président de Verve, offre un contrat international, Talkin’Loud assurant finalement la distribution du disque pour la seule Grande-Bretagne.

Après douze mois de travail intensif, «TimePeace», un album salué unanimement par les critiques, marque le come-back de Terry Callier.

Le disque comprend une reprise de « Love Theme From Spartacus » (un morceau écrit par le légendaire compositeur de musiques de films, Alex North, auquel Terry Callier ajoute un texte superbe et poignant), d’excitantes nouvelles compositions comme « Lazarus Man », « Keep Your Heart Right » et « Java Sparrow » et surtout l’épique suite en trois parties qui clôt l’album et lui donne son titre (avec Pharoah Sanders au saxophone ténor).

Simultanément, Premonition Records, un label indépendant de Chicago sort un album live, «T.C. in D.C.», enregistré dans une petite salle à Washington, ainsi qu’une compilation de vieilles maquettes, intitulée «First Light» .

Les fans de Terry Callier, qui pensaient ne plus jamais avoir le plaisir d’écouter sa pénétrante musique, ont sans conteste accueilli l’album «TimePeace» à bras ouverts. De fait, quiconque possède des oreilles, un cœur et une âme assoiffés de musique est un fan potentiel du chanteur. Pour «LifeTime», Terry Callier a enregistré sous la houlette de Blue Thumb, le fameux label auparavant dirigé par Tommy LiPuma (l’actuel directeur de Verve) et qui appartient aujourd’hui à Verve. Des grands des années 70 tels que les Crusaders, les Pointer Sisters ou Phil Upchurch, un autre enfant chéri de Chicago, ont commencé leur carrière chez Blue Thumb.

Comme c’était déjà le cas pour «TimePeace», le côté philosophique de «LifeTime» est essentiel. «TimePeace» était un album important à cause de la façon dont il s’est réalisé. «J’étais complètement déconnecté de l’industrie musicale, mais la volonté de Dieu a changé tout cela. Beaucoup de chansons abordaient des questions spirituelles sur «TimePeace», alors que «LifeTime» traite des dures réalités de la vie. Le prochain album (qui s’intitulera «StillLife» ) se situera entre les deux », explique le chanteur.

Griot urbain, troubadour intrépide, Terry Callier est le dernier de son espèce et, comme le temps, il avance à son rythme, concluant par ces mots : « Chacun de nous cherche une base spirituelle qui puisse servir de fondation à sa vie. Ma façon de voir les choses est qu’il me revient de faire passer le message de manière aussi claire que possible et le reste, ce n’est plus de mon ressort »

© Joseph Ghosn, pour Les Inrocks

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