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Elephant (The White Stripes), un blues-punk féroce

Never love alone
Elephant (The White Stripes), un blues-punk féroce Posted on 2 janvier 2019Leave a comment
Never love alone

The White Stripes Elephant – Enregistré entre Novembre 2001 – Avril 2002 aux Toe-Rag Studios et BBC Maida Vale Studios, Londres, Angleterre
Enregistré à Londres, le quatrième album des White Stripes reste à ce jour leur réussite absolue. Le concept d’un simple duo, guitar’n’drums, réussissant à imposer son boucan sonique à quatre millions d’acheteurs dans le monde n’était pas évident. Efficace, le disque est porté par un remarquable single, “Seven Nation Army”.

Avant The White Stripes Elephant, les albums des Stripes avaient toujours été des efforts primitifs. Débutant chez Ghetto Recorders à Detroit, ils migrent vite à Memphis pour leur troisième effort “White Blood Cells”. Puis les Hentchmen, groupe de puristes rock’n’roll de Detroit, rapportent d’East London cette stupéfiante nouvelle : il existerait dans la vieille Angleterre un parfait studio analogique : Toe Rag est son nom.


The White Stripes Elephant

La bave aux commissures, les White Stripes commencent à composer de nouvelles chansons début 2002. Quatre mois plus tard, le 24 avril, ils réalisent leur rêve. “On se croirait en 1967”, remarque un Jack admiratif, en découvrant les primitives machines analogiques empilées dans un petit espace minutieusement insonorisé. Un Studer huit-pistes enregistre.

La table de mixage a été rachetée lors d’une rénovation d’Abbey Road. Le son qui sort des enceintes est caverneux. Le studio influencera à plus d’un titre le disque dont chaque morceau sera conçu comme s’il devait paraître en 45 tours. De même, “Bail And Biscuit” prend son nom d’un très vieux micro américain.

The White Stripes Elephant
The White Stripes Elephant

Jack White produit lui-même le disque avec l’aide d’un ingénieur du son, le spécialiste du garage Liam Watson. Cet album est important pour le duo : c’est leur album anglais, mais surtout post-quart d’heure de gloire warholien. Conçu comme “sympathique et mignon ” (selon leur propres termes), le projet évolue et c’est de fait un monstre de metal lourd qui atterrira sur les platines des acheteurs éberlués un an exactement après sa conception.

L’album s’ouvre sur “Seven Nation Army”, morceau conçu comme un péan générationnel. “Oui, nous sommes là, hurle le chanteur. Et je vais tous vous prendre/Les armées de sept nations ne me retiendraient pas. ” Global et vibrant, ces mots hurlés, plaqués sur un riff de James Bond détraqué vont choquer la planète. Jack envoie le message. Sur la pochette : “Aucun ordinateur d’aucune sorte n’a été utilisé durant l’écriture, l’enregistrement, le mixage ou le mastering de ce disque. ” Partout, on traque les guitares Res-O-Glas Airline. Dans les bars de Paris, des duos adolescents surgissent spontanément.

The White Stripes Elephant
The White Stripes Elephant

Cette histoire du duo… Je revois Jack White en 2001, dans sa camionnette Volkswagen toute pourrie, dans les rues de ce vieux faubourg noir de Detroit où il habite toujours la maison de ses parents. Tout en conduisant d’une main experte, Jack nous explique que c’est la formule du duo qui s’est avérée gagnante.

Un moyen économique de commencer au bas de l’échelle, sillonnant les USA, de club en club. Démarche logique, impérieusement dictée par une économie en chute libre. Une chambre pour deux, deux pour un concert généralement raqué 200 dollars.

The White Stripes Elephant
The White Stripes Elephant

Le dogme des costumes rouge et blanc… Puis l’affaire Meg femme ou grande sœur serait une trouvaille géniale, du grain pour les forums, une énorme publicité assurée… De ce coup d’entrée, ce coup de maître que Gainsbourg aurait apprécié en connaisseur, les Stripes garderaient le chic de la promotion miraculeuse.

A la sortie du single, la presse anglaise est déchirée par une violente polémique. On accuse les White Stripes d’avoir enfreint le dogme. On les soupçonne d’avoir collé une basse sur l’intro… Jack s’en expliquera dans Mojo: “Ce n’est pas une basse en intro, c’est ma guitare branchée sur une pédale d’octave.  » N’importe : l’affaire est d’importance, relayée par tous les journaux britanniques. Du coup, le single caracole dans les charts. Sa mélodie chabraque devient même numéro un des sonneries de téléphone portable… “A ce stade, nous confie Jack, il a fallu embaucher des gens que nous payons pour dire non à toutes les conneries qu’on nous propose. ” Excessivement rock, ‘‘Elephant’’ est l’album d’un gamin surdoué qui a trop écouté “Fun House” et Sun Ra et qui s’avance avec l’insolence de sa jeunesse, cette jeunesse qui, selon Clapton, “convient si bien au rock”…

The White Stripes Elephant
The White Stripes Elephant

Parfaitement inauguré par “Seven Nation Army”, le quatrième White Stripes est un projet monolithique comme on n’en avait pas entendu depuis… les Troggs ! (“The Air Near My Fingers”). Sur le formidable “Hypnotize”, au départ composé pour les Hentchmen, tout est réglé en deux minutes chrono, “la parfaite distance rock’n ’roll”, rappelle Jack. C’est bien sûr cela qui reste mystérieux avec Jack White : comment un type aussi jeune fait-il pour avoir aussi bon goût ? Retrouver le fil et dérouler exactement la bonne histoire, celle qui va de Robert Johnson à Lightning Hopkins, de Gram Parsons à Loretta Lynn…

Expert en guitare, Jack déplie ses ailes sur “Bail And Biscuit”, énorme démonstration de blues électrique. Comment croire que le jeune homme qui martyrise ainsi le blues est un garçon poli, excellentes manières, qui s’acquitte de la tâche avec souplesse et efficacité ? De temps à autre, pause, tasse de thé. Autre chose avec cet enregistrement : il est réalisé sans alcool. Jack écrit sans relâche, modifie ses textes à longueur de soirées. Meg est repartie depuis longtemps qu’il couche encore des overdubs.

The White Stripes Elephant
The White Stripes Elephant

La chanteuse Holly Golightly des Thee Headcoatees est un peu la muse des Stripes, ses passages au studio seront l’occasion d’enregistrer le parfait petit final, “It’s True We Love One Another”, plaisanterie country à trois voix (Jack, Meg et Holly). Insolents et taillant la route à leur unique manière, les White Stripes mitonnent un autre mystère à leur façon à propos du titre.

“Ce disque s’intitule ‘Elephant ‘, confiera Jack, parce que cette créature représente à la fois Meg et moi. Nos personnalités, sur scène ou dans la vie: pouvoir, subtilité, colère, innocence, maladresse, stabilité. Une autre raison c’est la façon dont les éléphants se comportent avec leurs morts… ”

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CREDITS the white stripes elephant :

  • Jack White – lead vocals, guitar, keyboards, production, mixing
  • Meg White – drums, backing vocals, lead vocals and organ on « In the Cold, Cold Night », co-lead vocals on « Well It’s True That We Love One Another »
  • Mort Crim – speech on « Little Acorns »
  • Holly Golightly – co-lead vocals on « Well It’s True That We Love One Another »
  • Liam Watson – engineering, mixing
  • Noel Summerville – mastering
  • « The Third Man » – artwork
  • Patrick Pantano – photography
  • Bruce Brand – layout
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