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Vinicius de Moraes, le blanc le plus noir du Brésil

Never love alone
Vinicius de Moraes, le blanc le plus noir du Brésil Posted on 11 juin 2017
Never love alone

Vinicius de Moraes (ou Morais) s’est éteint le 9 juillet 1980, à Rio de Janeiro. Diplomate pendant vingt-six ans, il était aussi « le petit poète », comme on l’appelait au Brésil.

La gloire, Vinicius de Moraes l’a connue en tant que librettiste du film Garota de Ipanema (« La Fille d’Ipanema », 1967), dont la musique est d’Antonio Carlos Jobim, avec qui il composa également Orfeu da Conceição (1956), drame musical porté à l’écran, en 1959, sous le nom d’Orfeo Negro, par Marcel Camus et qui obtint la Palme d’or au festival de Cannes.

Avec le guitariste Baden Powell, il composa et interpréta de nombreuses mélodies. Dans de superbes « afro-sambas », ils offrent avec la générosité du cœur et la sensibilité de l’âme une adaptation sonore, extraordinaire de fidélité dans l’esprit, d’authentiques chants du syncrétisme africano-portugais.

Vinicius de Moraes
Baden Powell et Vinicius de Moraes

De cette réceptivité émotionnelle, Vinicius de Moraes affirmait lui-même : « Voici sans aucun doute la nouvelle musique brésilienne et la dernière réponse, écrasante, que donne le Brésil à la médiocrité musicale dans laquelle s’embourbe le monde de la variété. Je ne parle pas en tant qu’auteur présomptueux, mais en raison du caractère artistique et de la mystérieuse trame qui entoure ma collaboration avec Baden Powell ; un tel enchantement, parfois, qu’il n’y a rien de mieux à faire que de succomber à sa séduction, de répondre à son pathétique appel. »

On compte parmi les plus prestigieux collaborateurs de Vinicius de Moraes, dans leurs diverses modalités rythmiques : Tom Jobim, Maria Creuza, une des plus belles voix d’Amérique du Sud, le remarquable guitariste Toquinho et les plus grands artistes de son pays.

Vinicius de Moraes naît à Rio de Janeiro le 19 octobre 1913. C’est lorsqu’il est étudiant qu’il commence à s’intéresser au cinéma, sa passion secrète (il étudie le droit à l’université de Rio et la littérature à Oxford). Il est par la suite délégué du Brésil aux festivals internationaux du cinéma à Cannes (où il est membre du jury en 1966), Berlin, Locarno, Venise et Punta del Este, après avoir été plénipotentiaire à Los Angeles, Paris et Montevideo. Mais c’est avant tout comme poète qu’il s’inscrit dans l’histoire de son peuple.

À l’âge de dix-neuf ans, Vinicius de Moraes publie son premier recueil de sonnets et obtient le prix Felipe de Oliveira. Il adopte bientôt une syntaxe plus populaire, et sa poésie plus sensuelle s’enrichit de thèmes sociaux, de séquences vécues en osmose avec un univers obscur et grave.

En 1977, il était venu chanter à l’Olympia. Assis dans un fauteuil, prenant le temps du confort, un verre de whisky à la portée de la main, fumant entre deux chansons, il interprétait avec humour, élégance et nonchalance de tristes mélopées flamboyantes, de douces sambas, de souples bossas-novas, autant de chants d’amour qui font partie intégrante de son Brésil natal.

Ce fut la dernière vision qu’emportèrent les Parisiens de l’envoûtant Vinicius de Moraes. Pierre Barouh, Claude Nougaro, Georges Moustaki ont chanté son rayonnement en France. Les titres les plus célèbres qu’il composa avec Baden Powell restent : Canto de Ossanha, Samba em preludio, Tempo de amor et Lamento de Exu.

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