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Sol Negro (Virginia Rodrigues), transcende la distinction entre érudit et populaire

Never love alone
Sol Negro (Virginia Rodrigues), transcende la distinction entre érudit et populaire Posted on 27 avril 2020Leave a comment
Never love alone

Virginia Rodrigues Sol Negro – Enregistré en 1997 au Natasha Records, Fibra Studio, Rio de Janeiro – Natasha Records
La Bahianaise Virginia Rodrigues, cantatrice plantureuse, noire et fille de marchande des rues, a renvoyé la musique populaire brésilienne au catéchisme. Découverte à Bahia lors d’une audition publique du Théâtre Olodum, elle enregistre à 33 ans, son premier album Sol Negro, savant mariage du populaire et de la sophistication lyrique.

Née dans une favela de Salvador de Bahía, Virginia Rodrigues chante dès ses quatre ans dans les chorales catholiques, avant de passer au gospel protestant après la conversion de sa famille.

À 12 ans, Virginia Rodrigues commence à travailler comme manucure pour aider sa famille à joindre les deux bouts. Elle travaille également comme domestique et cuisinière. Un temps, elle étudie le piano l’après-midi, mais n’a pas les moyens de payer les leçons et doit arrêter. A 30 ans, elle apprend le chant lyrique au sein du Mosteiro São Bento, prestigieux chœur de Bahía, tout en travaillant.


Virginia Rodrigues Sol Negro

Elle chante dans les assemblées d’école, les églises. Curieusement, c’est la musique qui l’attire vers l’église et qui l’a ensuite éloignée de celle-ci. Les clercs lui ont fait des reproches après qu’elle ait chanté dans une émission de télévision pour chanteurs amateurs.

La première fois que je suis allée à l’église, c’était avec ma mère dans mon enfance. D’abord à l’église catholique, puis à l’église protestante où j’adorais les chants que je trouvais bien plus intéressants à l’époque. J’ai fréquenté les baptistes, alors que ma mère allait à l’église universelle (Igreja Universal do Reino de Deus, évangéliste). Tout le monde a ses défauts…

En 1997, Virginia Rodrigues décroche une audition pour un petit rôle au théâtre d’Olodum dans sa ville natale de Salvador de Bahia. Elle y joue une bonne dans une pièce sur les inégalités sociales intitulée « Bye Bye Pelo ». Tout au long de la pièce, elle n’est qu’une présence silencieuse, mais vers la fin, elle chante « Veronica », un chant religieux a cappella.

Virginia Rodrigues Sol Negro
Virginia Rodrigues Sol Negro

Hasard ou destin, Caetano Veloso assiste aux auditions, et, ému aux larmes par la voix céleste de cette robuste femme noire, la prend sous son aile.

Il l’invite d’abord à faire la première partie d’un de ses spectacles, puis lui obtient un contrat avec une maison de disque (une nécessité au Brésil pour un artiste) et l’aide à produire son premier album, Sol Negro.

J’ai trois handicaps. Je suis une femme. Je suis noire. Et je suis une pauvre, dit-elle, parlant ainsi d’un Brésil où les chanteuses noires sont trop rares dans un pays à moitié africain.

Produit par Celso Fonseca et a arrangé par Eduardo Souto Neto, les chansons de l’album sont choisies par Virginia, Caetano et Celso Fonseca, et comprennent des chansons comme Noite de Temporal, de Dorival Caymmi, ainsi que les participations exceptionnelles de Djavan, Gilberto Gil et Milton Nascimento.

Virginia Rodrigues Sol Negro
Virginia Rodrigues Sol Negro

Sur le morceau a cappella « Veronica », elle déploie sa voix jeune, presque enfantine. Avec autant d’aisance qu’elle chante a cappella, elle peut transférer ses talents vocaux sur une émouvante samba telle « Adeus, Batucada ».

L’album met en évidence la polyvalence de Virginia Rodrigues en incluant des chansons de différents styles, des rythmes d’inspiration afro (« Negrume da Noite ») aux classiques brésiliens d’Ary Barroso (« Terra Seca »), Luis Bonfá (« Manhã de Carnaval ») et à des moments plus jazzy (« Nobreza », écrit par Djavan).

Ma première visite au Candomblé a eu lieu lorsque je faisais partie de la chorale du monastère de São Bento. Je me posais beaucoup de questions mais je n’avais pas les réponses. J’ai rencontré mon premier zélateur spirituel, que l’on appelle au Brésil père ou mère de saint. Il a tiré les coquillages et m’a donné les réponses que j’attendais. Depuis de ce jour, j’ai embrassé la religion du candomblé. Je suis fille d’Ogum (orixá du feu et de la guerre), de Nanã (divinité âgée associée aux eaux de pluie, elle est le point de contact avec la terre) et de Iemanjá (la déesse de la mer). Ce sont les orixás qui accompagnent le fondement de mon âme.

La chanson titre, écrite par Veloso comprend une orchestration subtile et le chanteur invité Milton Nascimento, s’ajoute à la mélodie sans voler la vedette.

Virginia Rodrigues Sol Negro
Virginia Rodrigues Sol Negro

Les rythmes de l’album travaillent en tandem pour bercer la voix céleste de Virginia Rodrigues. Elle réussit à juxtaposer sa capacité à porter à la fois des rythmes brésiliens entraînants et des mélodies lentes et harmonieuses.

Je suis constamment connectée aux orixás (divinités du candomblé), je dialogue avec eux. Ils m’ont appris ce qui est erroné et m’ont permis de me trouver, de m’améliorer et de grandir spirituellement en tant qu’être humain. Le monde court après les richesses matérielles et il y a beaucoup de pauvreté spirituelle dont personne ne se soucie. Pour moi, c’est ce qu’il y a de pire.

Les racines noires des cantates de Virgínia prennent ici des accents de chant classique. Un style qui fait d’elle une figure à part dans le foisonnement des rythmes brésiliens récusant les clichés de chanteuse noire du carnaval ou métisse dans la bossa.

Si l’album ne fait pas d’elle une célébrité – les stations de radio brésiliennes, très pop, n’ont pas trouvé de créneau pour inclure sa musique – elle gagne le respect du public dans son pays et surtout à l’étranger, où elle tourne beaucoup.

Virginia Rodrigues Sol Negro
Virginia Rodrigues Sol Negro

Ni bossa-nova ni guinche frénétique comme le Brésil sait si bien en produire, Virginia Rodrigue c’est juste l’épure d’une belle voix triste dans son écrin acoustique, quelque part entre transe et berceuse, avec une guitare et quelques percussions rudimentaires pour mettre en valeur la ferveur lyrique de cette chanteuse bahianaise atypique, veillée par les orishas, les divinités du candomblé.

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CREDITS :

  1. Veronica
  2. Noite De Tempora (Dorival Caymmi)
    Berimbau, Percussion – Celso Fonseca, Ramiro Musotto
  3. Negrume Da Noite (Cuiuba, Paulinho Do Reco)
    Berimbau, Percussion – Ramiro MusottoHandclaps – Celso Fonseca, Ramiro Musotto
  4. Lua, Lua, Lua, Lua (Caetano Veloso)
    Acoustic Guitar, Guitar – Celso Fonseca – Percussion – Ramiro Musotto
  5. Adeus, Batucada (Synval Silva)
    Acoustic Guitar – Celso Fonseca Alto Saxophone – Marcelo Martins, Mauro SeniseArranged By, Conductor – Eduardo Souto NetoClarinet – Paulo Sérgio Santos French Horn – Paulo Sérgio SantosPercussion – Ramiro MusottoTenor Saxophone – Macaé
  6. Nobreza (Djavan)
    Acoustic Bass – Zeca Assumpção Arranged By – Zeca Assumpção Arranged By, Conductor – Eduardo Souto Neto Cello – Marcus De Oliveira – Viola – Jairo Diniz Violin – Mariana Salles, Ricardo Amado
  7. Sol Negro (Caetano Veloso)
    Acoustic Guitar – Celso Fonseca Percussion – Ramiro Musotto Vocals – Milton Nascimento
  8. Terra Seca (Ary Barroso)
    Arranged By – Eduardo Souto Neto French Horn – Paulo Sérgio Santos Percussion – Ramiro Musotto Trombone – Vítor Santos* Trumpet – Flávio Melo* Vocals – Djavan, Gilberto Gil
  9. Manhã De Carnaval (Luiz Bonfá)
    Arranged By – Eduardo Souto Neto Cello – Marcus De OliveiraPiano – Eduardo Souto NetoViola – Jairo DinizViolin – Mariana Salles, Ricardo Amado
  10. I Wanna Be Ready
    Bass – Zeca Assumpção
  11. Querubim (Carlinhos Brown)
    Acoustic Guitar – Celso Fonseca Bass – André Rodrigues Percussion – Ramiro Musotto Trumpet – Flávio Melo
  12. Israfel (Edgar Allan Poe)
    Harp – Cristina Braga
Never love alone

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