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Native Dancer (Wayne Shorter), poésie sonore et chant illuminé de Milton Nascimento

Never love alone
Native Dancer (Wayne Shorter), poésie sonore et chant illuminé de Milton Nascimento Posted on 10 décembre 2019Leave a comment
Never love alone

Wayne Shorter Native Dancer – Enregistré le 12 septembre 1974 au Studio The Village Recorder, Los Angeles, California – Columbia records
Lorsqu’il enregistre Native Dancer, Wayne Shorter s’est depuis quelques années rapproché du Brésil. “Moto Grosso Feio” et “Odyssey of Iska” qu’il grave pour Blue Note en 1970 subissent déjà son influence. Sur Native Dancer, il l’aborde frontalement, accordant une large place à Milton Nascimento et à ses compositions.

Dès 1965, le saxophoniste flirte avec les rythmes sensuels de la musique sud-américaine, comme en témoigne le morceau « El Gaucho » de son Blue Note Lp, Adam’s Apple. Son goût pour la musique brésilienne s’est révélé plus tard sur son album Super Nova de 1969, qui comprenait une interprétation du monceau « Dindi » d’Antonio Carlos Jobim, avec berimbau et cuica, interprétée par Airto Moreira.


Wayne Shorter Native Dancer

L’approche panethnique de Weather Report, que Wayne a formé avec Joe Zawinul en 1971, a fourni une preuve supplémentaire que Shorter est attiré par l’exotisme musical. Pour Shorter, cela représente un engagement continu, élargir sa propre vision artistique.

Comme il le dit « je reçois plus de stimuli de choses extérieur à mon univers. Avant, je m’occupais de moi-même, de mes racines ethniques. Maintenant, j’essaie d’explorer de nouveaux territoires musicaux, de me préoccuper de l’univers au lieu de m’en préoccuper uniquement dans mon coin.

Quand Native Dancer sort (la même année que Weather Report’s Tale Spinnin’ sur CBS), c’est comme une bouffée d’air frais qui va marquer l’aube d’une nouvelle ère de la musique brésilienne.

Wayne Shorter Native Dancer
Wayne Shorter Native Dancer

Enregistré à Los Angeles, cet opus réunit à la fois des compagnons de Milton Nascimento (Wagner Tiso, Roberto Silva) et des musiciens de studio. Invité de marque, Herbie Hancock apporte Joanna’s Theme dans lequel il fait preuve d’une grande sensibilité harmonique. La section rythmique, ostensiblement dirigée par Airto, est presque sans faille dans l’exécution des rythmes complexes qui guident les chansons où Nascimento est présent.

À bien des égards, Native Dancer est une pièce unique dans la longue discographie de Wayne Shorter. Sur cinq des neuf titres, la légende du jazz s’associe à Milton Nascimento pour créer une fusion de jazz avec les sons musicaux du Brésil natal de Nascimento.

Ensemble, les deux âmes sœurs atteignent des sommets télépathiques, en particulier sur l’œuvre pastorale, « Ponta De Areia ».
et la ballade onirique, « Ana Maria » que Shorter dédie à son épouse brésilienne.

Wayne Shorter Native Dancer
Wayne Shorter Native Dancer

Sur « Beauty And The Beast », Wayne souffle des lignes de soprano sinueuses et lentes sur un rythme funk lent mis en place par l’accord percussif d’Herbie Hancock. Le funk cède la place à un lyrisme brésilien sensuel qui met en valeur la voix sonore de Wayne. Le saxophoniste tire son ténor sur la luxueuse pièce d’ambiance « Tarde », gémit sur « Miracle Of The Fishes », chanté avec un enthousiasme majestueux par Milton, et sur la vibrante samba « From The Lonely Afternoons ».

La pièce maîtresse de l’album est « Miracle of the Fishes » (« Milagre dos Peixes ») d’un album précurseur que Milton Nascimento avait réalisé au Brésil un an auparavant. Comme les autres tableaux vocaux de cet album, cette chanson met en vedette le fausset haut et solitaire de Milton Nascimento.

Il revient au soprano sur « Lilia », s’ouvrant sur un groove 5/4, puis s’installe dans une approche plus douce sur l’introspectif « Joanna’s Theme » de Hancock, qui conclut l’enregistrement.

Le jeu de Wayne dans Native Dancer est gracieux et féroce selon l’humeur de la musique. Appliquant sa conception rythmique lâche, ses phrasés semblent flotter autour du rythme, son jeu particulièrement inspiré par la présence de Milton.

Milton Nascimento
Milton Nascimento – Wayne Shorter Native Dancer

Wayne Shorter contribue également à trois des neuf compositions (dont cinq de Milton Nascimento et une d’Herbie Hancock) et bien que ce soit peut-être l’écriture de M. Nascimento qui soit en vedette, M. Shorter a déjà acquis la réputation d’être un des compositeurs les plus talentueux de sa génération.

Les autres titres sont orientés jazz, Shorter s’exprimant à la fois au saxophone soprano et au saxophone ténor dans un cadre plus traditionnel de quatuor ou de quintette. Aucune de ces musiques n’atteint ici les sommets de la production Blue Note de Shorter des années 1960 (ou de son travail en tant que sideman essentiel à la même époque), mais si l’on en juge ainsi, on passe à côté du sujet. Native Dancer trouve Shorter explorant de nouveaux territoires musicaux et à cela il réussit à un degré élevé.

Période féconde, après le sommet davisien et le succès annoncé de Weather Report, la poésie sonore introspective de Shorter trouve dans le chant illuminé de l’ange Milton Nascimento une osmose spirituelle et esthétique qui marquera son temps.

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