A Love Supreme (John Coltrane)

le

Enregistré le 9 décembre 1964 au studio Van Gelder Studio, Englewood Cliffs, USA – Impulse Records
Comme Crescent qui le précède – et Transition qui lui fait suite – A Love Supreme est un disque en paix avec lui-même, un album dont émane une certaine forme de quiétude au diapason de ce qu’il faut comprendre comme un véritable hymne de louanges au Créateur.

Dans A Love Supreme, la musique devient une offrande d’une grande sagesse. Ou mieux, une prière dans laquelle Coltrane tente de nous conduire à la révélation selon laquelle Dieu serait partout – et entre autres dans chacune de ses notes – en suivant un chemin menant à la découverte de la foi, articulé en quatre parties, sous forme d’un long crescendo/decrescendo où le calme succède à la tempête.

Aknowledgement (Reconnaissance), Resolution (Résolution), Persuance (Accomplissement) et Psalm (Psaume) marquent autant d’étapes dans un pèlerinage en quête du Divin réalisé comme une longue suite aux colorations modales, dont la dernière partie peut être envisagée comme la « récitation sans paroles » d’un poème que, deux ans et demi plus tard, Cal Massey lira aux obsèques de Coltrane.

En matière d’aspirations musicales et spirituelles, A Love Supreme est probablement le seul enregistrement dont Coltrane aura été entièrement satisfait, tant son quartet frôlait alors la quintessence d’un art « parfait » où l’inspiration n’avait d’égale que la pertinence de la construction formelle.

D’ailleurs, cette suite ne sera jouée dans son intégralité qu’une seule fois, au Festival du Jazz d’Antibes en 1965, et des extraits n’en seront interprétés que très occasionnellement.

Pourtant, à force de vouloir reculer les limites de son univers, la formation régulière de A Love Supreme devra être abandonnée au profit de groupes à géométrie variable, favorables à des résonances encore moins prévisibles comme aux entrelacs d’improvisations de plus en plus débridées.

À partir de Crescent, puis de A Love Supreme, le rêve d’une musique cosmique, littéralement inouïe, et qui ne serait qu’émotion pure, ne tardera pas à devenir une stupéfiante réalité. Depuis, une église de San Francisco a construit ses services autour de cet album dont elle considère l’auteur comme un saint qu’elle vénère à ce titre.

###

CRÉDITS :

John Coltrane – bandleader, liner notes, vocals, tenor saxophone, soprano saxophone[38]
Jimmy Garrison – double bass
Elvin Jones – drums, gong, timpani
McCoy Tyner – piano

Archie Shepp – tenor saxophone on alternate takes of « Acknowledgement »
Art Davis – double bass on alternate takes of « Acknowledgement »
Rudy Van Gelder – engineering and mastering
Bob Thiele – production and cover photo[39]