Bande originale de la planète sauvage (A. Goraguer)

Alain Goraguer la planète sauvage – Enregistré en 1973 – France – Intoxica Records
Manifeste SF à mi-chemin entre les résidus de la culture hippie et le surréalisme visuel de Terry Gilliam, la fable politico-humaniste de René Laloux, du point de vue de l’animation, a subi les outrages du temps. En revanche, la bande-son d’
Alain Goraguer la Planète sauvage fait toujours l’objet d’un culte vivace pour toute une génération de défricheurs sonores.

Bien avant d’enregistrer Alain Goraguer la Planète Sauvage, le pianiste de jazz et arrangeur s’est fait connaître grâce à ses collaborations avec Boris Vian et Serge Gainsbourg, notamment via ses participations à Gainsbourg Confidentiel et Gainsbourg Percussions au début des années 1960.

alain goraguer la planète sauvage
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1973. Alain Goraguer a déjà travaillé avec René Laloux et Roland Topor sur les Temps morts, un court métrage de 1964 qui moque la tendance qu’a l’être humain à se sauter à la gueule pour un rien.

«C’est Topor qui m’a présenté à Laloux, raconte Alain Goraguer. Topor était un copain, je ne sais plus où je l’ai rencontré, mais on se marrait bien. Il avait un rire extraordinaire et toujours des idées folles.»

Dont celle d’adapter en dessin animé une nouvelle de Stefan Wul, dans laquelle les humains ont quitté la Terre, rendue inhabitable par les conflits. Recueillis par les Draags et réduits à l’état d’animaux de compagnie, ils finiront par se rebeller.

«Laloux m’a donné carte blanche pour la musique, sans indications particulières. J’avais juste les minutages : « Il faut une musique là, de 8 secondes à une minute et demi », etc. Il est venu en studio assister à l’enregistrement, mais n’ayant pas une fibre très artistique, il m’a fait confiance. Il était davantage un technicien, un maître d’œuvre. Chez Topor, par contre, il y avait vraiment une matière vivante.»

alain goraguer la planète sauvage
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Le résultat final soude musique, image et scénario en un bloc indissociable. «Le film était achevé quand j’ai commencé à travailler sur la musique. Ce qui m’a frappé c’est l’animation, la façon qu’ont les personnages de se déplacer, comme un ralenti permanent. C’est ce qui m’a inspiré le thème lancinant qui forme le socle de la B.O. C’est une musique qui peut ralentir ou accélérer tout à coup.»

L’affaire sera composée puis enregistrée dans un studio des Champs-Élysées en une semaine. « Tout était écrit, et puis ça a été fait en direct. Les musiciens ont mis leur grain de sel en jouant ad lib. Ils ont été tout à fait remarquables. » se rappelle Goraguer.

alain goraguer la planète sauvage
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Tout y est fondé sur une boucle mélodique tendue, perpétuellement dans l’attente, appuyée par une basse métallique et un synthétiseur placé très en avant – choix iconoclaste pour une musique de film français au début des années 70.

En effet, même si les machines et les sons électroniques ont, depuis le thérémine, toujours été utilisés pour mettre en musique les mondes futuristes (dans Planète interdite, en 1956, par exemple),

«le synthétiseur n’était utilisé à l’époque que pour accompagner des chanteurs ou donner une consistance différente aux orchestres, jamais comme instrument soliste», dit Goraguer.

C’est ce que tente la Planète sauvage, sans pour autant sacrifier la poésie flippante des images de Topor à une modernité musicale envahissante : le synthétiseur EMS VCS-3 de Jean Guérin mène bien la danse, mais sonne tel un clavecin d’une autre planète, un instrument suranné.


alain goraguer la planète sauvage

Alain Goraguer joue ensuite au besoin l’apaisement ou l’emportement, faisant basculer sa BO vers un psychédélisme aussi drogué que les dessins («On était en plein LSD. Il était admis qu’un créateur comme Topor prenne de la drogue») ou vers la blaxploitation, cette musique héritée de la soul créée pour les films afro-américains des années 70.

Goraguer dit s’en être «beaucoup nourri, notamment de la musique de Shaft, qui est sorti deux ans avant la Planète sauvage et nous a tous beaucoup marqués. Ce film [et son cultissime thème signé Isaac Hayes, ndlr] a inscrit la guitare wah wah dans le paysage sonore.»

Une étrange alchimie se dégage des arrangements d’Alain Goraguer. Les cordes, les bois et les chœurs féminins épousent les sonorités synthétiques des clavinets et les ondes martiennes du theremin. « Déshominisation », le motif récurrent de la bande originale de la Planète sauvage, fusionne la clarté d’une mélodie new age et les guitares wah-wah poisseuses du funk.

Bande originale de la planète sauvage (A. Goraguer)
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Goraguer conjugue la valse tourbillonnante des « Fusées » et le jazz-funk trépidant de « Strip Tease » et « Terr et Medor », qui évoluent au carrefour de la blaxploitation et de la période électrique de Miles Davis. Il pratique aussi la personnalisation musicale : chaque étape de l’évolution du personnage de Terr, de l’enfant terrifié au leader de la rébellion, est marquée par l’utilisation d’un instrument précis. Les fréquences aiguës de flûtes enfantines (« Le Bracelet ») cèdent la place à un saxophone ténor (« Strip Tease »), puis aux hurlements de guitares saturées lors de la séquence d’extermination des Oms par les Draags (« Déshominisation II »).

Le disque est une fusion de styles entre rythmes funk, jazz, rock psychédélique dans l’esprit des partitions de Lalo Schiffrin période Bullitt , des jerks de Michel Colombier, ou de François de Roubaix pour l’éclectisme sonore… L’instrumentation est très riche : flûtes, marimbas, bongos, guitares wah wah, orgue Hammond, cordes et même un Theremin !

alain goraguer la planète sauvage
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La Planète sauvage, prix spécial du jury à Cannes en 1973, demeure un îlot embrumé dans la carrière d’Alain Goraguer, qui ne reviendra jamais à la SF mais s’amusera, entre deux disques de Ferrat, à produire de la musique pour des films pornos. René Laloux ne fera pas appel à lui pour les Maîtres du temps, en 1981.

Le disque de la Planète sauvage, bien édité, n’a jamais disparu des radars et s’échange aujourd’hui de blog en blog, tenu pour un sommet du genre psychédélique à la française et un moment inspirant pour les musiques électroniques naissantes. DJ’s et musiciens électroniques de renom (dont les rappeurs Madlib et Big Punisher, ainsi que Air pour les climats éthérés de Virgin Suicides) continuent d’explorer la face cachée de la bande originale de la planète sauvage.

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CREDITS Alain Goraguer la planète sauvage :

2 pensées sur “B.O. d’Alain Goraguer la Planète Sauvage, référence absolue de pop psyché avant-gardistes”

  1. Je suis d&oucso;acqrrd avec Clara. Il se transformera peut être en fille… Merci Clara, au moins je ne suis pas la seule à penser à ça !Bon, je dois voter… Et bien la 1 !Au fait, je ne sais pas pourquoi je demande ça, mais qui aime bien mon surnom? ( je l’ai changé exprès pour me marrer !)A la rédac, on aime bien Poulpe de mer comme pseudo !! Bonne baignade !

  2. Bonjour… je cherche à recréer le son de guitare sur cette bande magnifique. J’utilise les amplis virtuels de garage band. J’ai une fender stratocaster et une pédale wahwah, mais j’ai du mal a trouver le bon son.. si quelqu’un a une idée, ce serait avec grand plaisir! Merci

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