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White album (The Beatles), fourre-tout grandiose aux antipodes du psychédélisme ambiant

Never love alone
White album (The Beatles), fourre-tout grandiose aux antipodes du psychédélisme ambiant Posted on 25 septembre 2020Leave a comment
Never love alone

Album Blanc Beatles – Enregistré entre le 30 mai – 14 octobre 1968 – aux Abbey Road Studios et Trident Studios, Londres – Apple records
Le 22 novembre 1968, les quatre fabuleux publiaient un neuvième album double et blanc, fourre-tout grandiose enregistré dans une période de tumultes. A cette époque, les quatre font leur révolution. Pas celle des étudiants descendus dans les rues pour signifier leur ras-le-bol de ce qu’incarne les adultes. C’est avec eux-mêmes que les Beatles en décousent.

Sur une suggestion de George Harrison, le groupe s’envole avec femmes et amis en février 1968 pour Rishikesh, situé au nord de l’Inde, aux pieds de l’Himalaya. Il s’agit d’y suivre les enseignements du Maharishi Mahesh Yogi, qui consistent principalement en de longues méditations transcendantales. Livrés à eux-mêmes, coupés des drogues, Paul, John, George et Ringo n’ont rien d’autre à faire que composer. Bon nombre de chansons de l’Album Blanc Beatles seront composées (les paroles et les titres sont parfois venus plus tard) à Rishikesh.


Beatles white album

De l’avis des témoins privilégiés de ce séjour (Donovan en tête) qui s’est achevé en eau de boudin (le Maharishi Mahesh Yogi en aurait pincé, un peu trop ouvertement, pour une pensionnaire non consentante de son ashram), aurait, dans une certaine mesure, rapproché John et Paul : grosso modo, chacun savait de quoi ou de qui parlait l’autre dans les chansons écrites là-bas et pouvait en tenir compte au moment d’y mettre sa touche.

Cela explique en partie la cohérence de l’album malgré sa disparité stylistique allant d’un ‘Helter Skelter’, ‘Ob-La-Di, Ob-La-Da’, ‘Yer Blues’, ‘Blackbird’ !

Album Blanc Beatles
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Durant l’été 1968, contre toute attente et la légende urbaine, au niveau artistique, le courant passe encore.. Penser que le White Album (chez nous, Double Blanc) s’est fait dans la douleur est une erreur. Certes, Ringo a disparu un moment des séances. Oui, George Martin et Geoff Emerick ont aussi quitté le navire. Effectivement, une partie de l’album a été mise en boîte ailleurs qu’à Abbey Road (en l’occurrence à Trident) ce qui paraissait sacrilège. Il y a bien eu des engueulades, mais n’émaillent-elles pas toutes les vraies aventures humaines ? Aucune conception n’est totalement immaculée. L’enregistrement du White Album n’a été un pensum que pour ceux qui n’y étaient pas et ont voulu vendre la peau des Fabs avant 1969.

“II est bien trop simpliste et caricatural de considérer le Double Blanc comme une compilation de morceaux des Beatles obnubilés par leur éventuelle carrière solo, c’était encore un vrai groupe. Celui qui avait écrit la chanson y a généralement le plus contribué, mais la plupart d’entre elles ne seraient pas devenues ce qu’elles sont sans la participation des autres. Paul a toujours dit qu’après les Beatles, c’est ce qui lui avait manqué le plus : ce quelque chose apporté par les autres. Il lui est même arrivé de prendre l’exemple de ‘And I Love Her’, qu’il a écrite, mais pas Vintro de guitare, une contribution de George. Pour beaucoup d’amateurs des Beatles, ce morceau, c’est son intro. Chacun des Beatles savait qu’ils avaient besoin des autres pour bien sonner. Si Pepper’était une tapisserie, le White Album est un patchwork à l’image du poster glissé à l’intérieur.” (Giles Martin)

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Les sessions d’enregistrement de l’album blanc commencent avec le titre « Revolution » le 30 mai 1968 aux studios Abbey Road et s’achèveront avec la prise 3 de Julia le 13 octobre 1968. Le mixage sera achevé cinq jours plus tard, le 18 octobre 1968.

Précisons qu’avant d’être finalisées, les chansons du Double Blanc ont été maquettées chez George Harrison. L’édition du cinquantième anniversaire propose pléthore de démos (ainsi que des prises studio alternatives) qui n’ont jamais si bien sonné. Elles permettent de juger de l’ampleur du travail de production.

« Back In The USSR »

C’est au contact d’un des membres des Beach Boys, Mike Love, lors de son séjour en Inde que Paul composa Back In The USSR comme un pastiche des Beach Boys et de Chuck Berry. La chanson trouve son origine dans un commentaire que Mike Love fit à Paul alors qu’ils prenaient leur petit déjeuner à Rishikesh. «Tu ne crois pas qu’il serait marrant de faire une version soviétique de Back In The ?» avança-t-il, faisant allusion au 45 tours cocardier de Chuck Berry.

Paul suivit son conseil et composa une parodie qui parlait de l’URSS comme Berry l’avait fait pour les États-Unis, et rendait aux femmes soviétiques l’hommage que les Beach Boys avaient rendu aux Californiennes. Après une décennie de compositions consacrant des lieux comme Memphis, Chicago ou La Nouvelle-Orléans, il était saisissant d’entendre le nom de Moscou dans une chanson de rock « L’idée de parler des filles de Géorgie, et de traiter l’Ukraine comme si c’était la Californie m’avait beaucoup plu», raconte Paul.

Les conservateurs américains furent choqués par Back In The USSR, parce que la chanson semblait célébrer l’ennemi en pleine guerre froide, à une époque où les États-Unis étaient en guerre contre les Viêt-cong, soutenus par les Russes. Ces garçons aux cheveux longs, qui avaient déjà reconnu se droguer, étaient-ils en plus devenus communistes ?

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« Dear Prudence »

La Prudence de la chanson Dear Prudence est Prudence Farrow (la sœur cadette de l’actrice américaine Mia Farrow),qui suit le même enseignement que les Beatles en Inde. La chanson est une supplique qui lui est adressée afin qu’elle sorte de ses trop longues périodes de méditation pour se détendre avec le reste du groupe.

À la fin de la maquette de Dear Prudence, John continue de jouer de la guitare et dit : « Personne ne devait se douter qu’un jour ou l’autre, elle se déchaînerait, sous la supervision du maharishi Mahesh Yogi. Tous les gens présents s’inquiétaient pour elle parce qu’elle devenait folle. Alors nous avons chanté pour elle.» Plus tard, John expliqua que Prudence était devenue un peu dingue, elle était restée enfermée trois semaines dans sa chambre pour méditer et « rencontrer Dieu plus vite que tous les autres».

Ringo, qui a décidé de prendre le large quelques jours, n’est pas sur « Back in the USSR » ni « Dear Prudence ». C’est Paul McCartney qui tient les baguettes sur ces deux chansons. Du coup John est à la basse et George à la guitare sur « Back in the USSR ». Autre détail amusant : le titre « I Will » ne comporte aucune ligne de basse. Enfin si, mais ce qui en tient lieu sont des bruits de bouche de Paul…

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« While My Guitar Gently Weeps »

Contrairement à une autre légende urbaine, cette chanson n’a pas été écrite en Inde mais, comme l’a déclaré George Harrison dans le documentaire “Anthology”, chez sa mère, à Warrington.

George était en train de lire le Yi-King, le livre chinois des transformations, et décida d’appliquer son concept, fondé sur le hasard, à la composition. Un jour, il prit un roman sur une étagère, décidé à composer une chanson à partir des premiers mots qu’il lirait. Ces mots furent gently weeps (pleure doucement), et George se mit à écrire. Il commença à enregistrer en juillet 1968, mais dû ronger son frein avec « While My Guitar » à laquelle les autres Beatles portaient peu d’attention. Jusqu’à ce que George ait l’idée de traîner son ami Eric Clapton en studio pour assurer le solo de guitare. Dès lors, Paul, John et Ringo vont se concentrer et terminer la chanson. Une seule prise suffira. Mais il sera ajouté des effets au mixage pour rendre son solo plus « Beatlesque », pour ne pas dire désaccordé…

“While My Guitar Gently Weeps” est le premier morceau du White Album à avoir été enregistré avec un 8-pistes. Les Beatles sont bien allés à Trident, où ce type de magnétophone était déjà utilisé, mais pas parce qu’il n’y en avait pas à Abbey Road.
En fait, le studio fétiche des Beatles en possédait deux depuis plusieurs semaines, mais ils n’avaient pas encore été mis en service. L’usage à Abbey Road, dès qu’une nouvelle machine y entrait, était de la faire totalement démonter par les techniciens afin de voir ce qu’elle avait dans le ventre et qu’ils soient capables de la réparer en cas de panne. Cette formalité n’avait pas encore été accomplie lorsque les séances du Double Blanc ont démarré.

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« Happiness is a warm gun »

John eut l’idée de cette chanson lorsqu’il découvrit un magazine dédié aux armes, qui appartenait à George Martin et traînait dans les studios. Un titre en couverture disait : «Le bonheur est une arme chaude dans votre main.» La phrase était trop belle pour qu’il l’oublie, et il commença à jouer avec ces mots. « Je me suis dit, quelle phrase incroyable ! remarqua plus tard John. Une arme chaude veut dire qu’on vient de tuer ».

John ne vivait que depuis peu de temps avec Yoko Ono, l’artiste japonaise qu’il avait rencontrée lors d’une exposition à l’automne 1966. De son propre aveux se sentait à l’époque «très axé sur le sexe», et l’idée d’une arme chaude prit rapidement d’autres connotations, donnant naissance à de nouvelles allusions, comme les démangeaisons du doigt sur la gâchette, et bien d’autres.

La chanson parlait de m’importe qui, et la chanson parlait de Yoko. C’était elle qu’il tenait dans ses bras, elle qui était trop intelligente pour rater quoi que ce soit, et elle qu’il appelait toujours mère, ou mère supérieure.
Mais le texte original, assez simple et principalement obscène, a été enrichi d’images inspirées par le hasard et le LSD, lors d’une soirée où John, Derek Taylor; Neil Aspinall et Pete Shotton s’étaient retrouvés dans une maison que Derek Taylor louait à Peter Asher à Newdigate, près de Dorking dans le Surrey. «John nous a dit qu’il avait écrit la moitié d’une chanson, et qu’il voulait que nous lancions des phrases au hasard, que Neil noterait, explique Taylor.

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Tout d’abord, il nous a demandé comment décrire une fille très intelligente. Je me suis souvenu d’une phrase de mon père, “She’s not a girl who misses much”. Ça n’a pas l’air d’un grand compliment, mais dans le Merseyside, à l’époque, c’était certainement le mieux qu’une femme puisse obtenir Puis j’ai raconté l’histoire d’un type que ma femme Joan et moi avions rencontré à l’hôtel Carrick Bay sur l’île de Man.

Nous buvions un verre assez tard, au bar et un habitué qui aime bien discuter avec les touristes nous a soudain dit : « J’adore porter des gants de moleskine, vous savez. Ça me fait une drôle d’impression quand je sors avec mon amie.” Puis il ajouta :”Mais je ne veux pas donner de détails”, alors nous n’avons pas demandé, mais ça a fourni le vers « She’s well acquainted with the touch of the velvet hand” (Elle a une grande habitude du toucher des doigts de velours). Puis les paroles disent « Like a lizard on a window pane” (Comme un lézard sur une vitre). A mon avis, c’est un symbole de rapidité.

« Blackbird »

La chanson « Blackbird », écrite par Paul, ne parle pas d’un oiseau mais évoque le combat des noirs américains, et en particulier des femmes afro américaines, contre les inégalités et pour les droits civiques. Quant à « Glass Onion », il s’agit d’un titre ironique de John Lennon à l’adresse des fans qui se faisaient fort de débusquer d’improbables signes et autres sous-textes dans leurs chansons et faisaient courir des rumeurs comme la mort de Paul. Sur « Glass Onion », il prend un malin plaisir à les faire courir…

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« Don’t Pass Me By »

Ringo Starr a beau être davantage proche de John Lennon et George Harrison durant l’été 1968, aucun des deux ne participe à sa seule contribution au White Album. Pire, Lennon est relativement embarrassé par cette chanson, un peu country sur les bords, qui aurait été une des premières à être éjectée si le disque avait été simple plutôt que double. C’est donc George Martin et Paul McCartney qui sont responsables de l’intro un peu (et volontairement) bordélique de “Don’t Pass Me By”, écrite plusieurs années avant son enregistrement.

Comme la batterie de “Back In The USSR”, le piano y est tenu à quatre mains, par Paul et Ringo. Aujourd’hui encore, au même titre que “Octopus’s Garden”, c’est une incontournable du répertoire de Ringo en solo.

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« Julia »

La plupart des chansons du White Album ont été composées à la guitare sèche et plusieurs d’entre elles jouées en arpèges. C’est essentiellement dû à l’influence de Donovan, le troubadour déjà présent avec eux aux bords du Gange chez le Maharishi. A la demande de John Lennon, il lui a carrément enseigné les rudiments de sa méthode de picking. Elle est particulièrement reconnaissable dans “Dear Prudence” et bien sûr “Julia”.

Certainement la contribution la plus chargée sur le plan émotionnel de Lennon au White Album, il s’agit bien évidemment d’une ode à sa mère. Nombre des chansons de John ont été marquées par le traumatisme subi dans son adolescence lorsqu’il perdit sa mère, mais Julia est la première composition dans laquelle il en parle directement. La chanson contient aussi un message codé pour son nouvel amour Yoko Ono (elle est la fameuse “ocean child”). A l’en croire, Yoko était parvenue à apaiser le traumatisme consécutif au décès de Julia.

Les deux premiers vers sont tirés de Sable et Écume, un recueil de proverbes du mystique libanais Khalil Gibran, publié en 1927. Gibran avait écrit : «Half of what I say is meaningless; but I say it so the other half may reach you» (La moitié de ce que je dis n’a aucun sens, mais je le dis pour que l’autre moitié puisse t’atteindre). Le reste de la chanson, au dire de John, fut terminé avec l’aide de Yoko lorsqu’ils se retrouvèrent à Londres. En plus de ses activités de peintre et de réalisatrice, elle était poète et s’était spécialisée dans les poèmes minimalistes du style haïku.

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Yer Blues

Yer Blues est la chanson la plus désespérée que John ait écrite. C’est un appel à l’aide angoissé, adressé à Yoko Ono. Il sait que sa vie arrive à un tournant décisif : il est peu probable que les Beatles remontent un jour sur scène et il envisage de rompre son mariage. Il se sent des obligations envers Cynthia, mais sait qu’il a trouvé en Yoko l’âme sœur, tant au plan artistique qu’intellectuel. Elle est, admit-il plus tard, la femme qu’il a toujours rêvé de rencontrer; la femme à laquelle il pensait en composant Girl. Dans cette chanson, il se compare en plaisantant à Mr. Jones, le personnage stupide de la chanson de Dylan, Ballad Of A Thin Man. Musicalement, Yer Blues annonce les orientations que John prendrait plus tard dans sa carrière solo.

Sexy Sadie

Si Sexy Sadie semble être en apparence une chanson sur une fille qui fait marcher les hommes pour ensuite les ridiculiser, elle fut en réalité écrite au sujet du maharishi Mahesh Yogi, envers lequel John avait perdu toutes ses illusions. Sachant qu’il ne pourrait jamais enregistrer une chanson dont le titre serait Maharishi sans risquer une sanction légale, il choisit de l’appeler Sexy Sadie. Mais, sur la maquette, il laisse soudain filer une bordée d’injures qui s’adresse à sa véritable cible.

Les Beatles décidèrent de quitter Rishikesh pour deux raisons : l’une était qu’on leur avait dit que le maharishi n’en voulait qu’à leur argent ; l’autre, la rumeur disant qu’il avait fait des avances à l’une des disciples présentes. Bien qu’il n’y ait jamais eu de preuves pour confirmer ces allégations, cela suffit à les contrarier, et les trois Beatles (Ringo était parti depuis déjà bien longtemps) se réunirent avec le gourou pour lui annoncer leur décision. Lorsqu’il leur demanda de s’expliquer; John lui aurait répondu : « Eh bien, puisque ta conscience est cosmique,tu dois le savoir!»

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Helter Skelter

« Helter Skelter », souvent considéré comme le titre qui a allumé la mèche du hard rock, a été créé en réponse à une chanson des Who. Paul avait lu dans la presse une interview de Pete Townshend des Who assurant que leur nouveau single « I Can See For Miles » était le titre le plus furibard qu’ils aient jamais enregistré. Intrigué mais déçu à l’écoute du morceau, il décida aussitôt de le surpasser. Mission accomplie avec ce « Helter Skelter » bruyant et sauvage dans lequel il évoquait la chute de l’Empire romain.

Paul désirait réellement ébahir le public, et, lorsque les Beatles enregistrèrent Helter Skelter pour la première fois, en juillet 1968, ils le firent en une seule prise de près d’une demi-heure. Ils retravaillèrent le titre en septembre, étant tous, de leur propre aveu, «bien allumés», et enregistrèrent une version courte. À la fin du morceau, on peut entendre Ringo s’exclamer : «J’ai des ampoules aux doigts!»

La plupart des auditeurs britanniques savaient qu’un helter skelter était un toboggan circulaire, mais Charles Manson, qui découvrit l’album blanc en décembre 1968, crut que les Beatles avertissaient l’Amérique d’un conflit racial imminent. Selon lui, les Beatles étaient les quatre anges du Livre des révélations du Nouveau Testament, qui, par leurs chansons, leur ordonnaient, à lui et à ses disciples, de préparer l’holocauste en s’enfuyant vers le désert. Manson utilisait les mots helter skelter pour parler de ce soulèvement à venir. Vincent Bugliosi, le procureur général de Los Angeles, publia le récit de l’affaire Manson sous le titre Helter Skelter.

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« Revolution »

Son titre, tout comme celui de Back In The USSR, est trompeur. Il ne s’agit pas de la chanson d’un révolutionnaire, mais de la réponse d’un artiste dont tous les révolutionnaires exigent qu’il choisisse son camp. Parce qu’il est de loin le plus politisé des Beatles et professe des idées largement ancrées à gauche. John était devenu la cible de divers groupes léninistes, trotskistes et maoïstes qui pensaient qu’il devait un soutien moral et financier à leur cause.

Revolution est la réponse de John à ces factions, les informant que, même s’il partage leur espoir de changement, il pense que la seule révolution qui ait un sens viendra d’un changement de mentalités plutôt que d’une action violente.

La presse underground se déchaîna. Le magazine américain Ramparts la qualifia de «trahison», et le New Left Review de «lamentable réflexe apeuré petit-bourgeois». Le magazine Time, en revanche, consacra un article entier à cette chanson, disant qu’elle «critiquait tous les extrémistes du monde».

Mais cette chanson marque surtout la première intrusion en studio d’une personne extérieure au quatuor : Yoko Ono, la nouvelle compagne de John Lennon, est constamment là, même malade (!), lors des séances d’enregistrement qui débutent fin mai 68 à Abbey Road. L’artiste expérimentale japonaise n’est pas impressionnée par les Beatles, donne son avis sans retenue et sa présence provoque un malaise diffus au sein du quatuor.

Elle va jusqu’à co-signer « Revolution 9 », un collage sonore délirant de plus de 8 minutes dont McCartney ne voulait pas sur le Double Album. Non parce que cela lui semblait trop radical comme beaucoup l’ont supposé, mais parce qu’il le trouvait bien en de ça du « Fontana mix » de John Cage paru dix ans plus tôt. Pour Paul, les Beatles se devaient de rester à l’avant-garde et ne pouvaient pas se permettre d’être à la traîne.

« Savoy Truffle »

Eric Clapton avait à cette époque (on ignore si c’est encore le cas) un goût prononcé pour les sucreries et le chocolat en particulier, auquel il ne pouvait résister. Ce qui le conduisait régulièrement chez le dentiste pour soigner des caries. Sur « Savoy Truffle », George Harrison se moque gentiment de son ami et cite les différentes confiseries qu’il engloutissait chez lui comme les « Montelimar » et autre « Creme Tangerine ».

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L’Album Blanc sera émaillé d’incidents. Las des tensions qui se font jour en studio et du peu d’attention qui lui est portée, le batteur décide de fausser compagnie au groupe en plein mois d’août. Durant une dizaine de jours, il part rejoindre son ami Peter Sellers sur son yacht en Méditerranée. A son retour début septembre, il est accueilli par une guirlande de fleurs disposée sur sa batterie en guise de bienvenue. A noter que l’enregistrement à Londres, visiblement épuisant, fait alors jeter l’éponge à deux autres pivots : l’ingénieur du son Geoff Emerick lâche l’affaire à la mi-juillet (il reviendra neuf mois plus tard) tandis que leur producteur historique George Martin, dont l’autorité est battue en brèche, les abandonne trois semaines pour les îles éoliennes.

Après une absence remarquée, George Martin reviendra terminer l’album mis en chantier fin mai, avec les Beatles. L’album blanc sort en octobre sur Apple, leur label, la même année que le single “Hey Jude”, un monument à part entière qui, à la différence de sa face B (“Revolution”, dans une version différente de celle du 33 tours), n’est pas dessus.

“The Beatles” est commercialisé dans sa fameuse pochette blanche, ouvrante, signée par l’artiste pop Richard Hamilton, sur les conseils de Paul McCartney. Encore lui. Après les personnages en carton amassés par Peter Blake sur celle de “Sgt. Pepper”, les Beatles, en surface, ont fait table rase.

Le White Album, une mine d’or, une caverne d’Ali Baba grouillante de chansons qui ont toute une histoire et font référence à leur époque sans accuser leur âge. Un disque miroir pour quatre garçons surfant sur le temps, dont la réédition en 2018 (cossue dans sa version la plus complète : plus de cent titres dont, au hasard, cette prise de “Helter Skelter” qui frise les treize minutes) va permettre de vérifier, si besoin était, que leur wagon est bien accroché au train de nos vies. Des Beatles blancs pour qu’on apprécie mieux les couleurs de leur musique.

On a approché les titres avec une certaine témérité et différemment de ‘Sgt. Pepper’. Car les Beatles n’étaient plus les mêmes en 1968. Cette année-là, pour la première fois, ils ont tenu à être présent au mixage stéréo. Ils ont donc été notre référence alors qu’avant, seul le mono les intéressait. Le son de ce double, aux contours plus flous, est différent de celui des autres et c’est d’ailleurs une partie de son charme. Mais essayer de le faire sonner, en 2018, en respectant ce qui avait été fait cinquante ans auparavant, a été un sacré challenge. En studio, faire que ça sonne simple est souvent très compliqué. Le rôle de mon père a parfois paru minimal, mais lorsqu’on compare les démos des chansons à leurs versions finales, on constate qu’il y a un monde entre les deux. Sur les morceaux acoustiques, il est arrivé que mon père ne conseille que d’infimes modifications d’accords, mais elles ont fait toute la différence. (Giles Martin)

Source : www.thewhitealbumproject.com

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CREDITS :

Musiciens invités

  • Eric Clapton – guitare solo While My Guitar Gently Weeps.
  • Mal Evans – harmonies vocales et claquements de mains sur Dear Prudence, claquements de mains sur Birthday, trompette sur Helter Skelter.
  • Jack Fallon – Fiddle sur Don’t Pass Me By.
  • Pattie Harrison – chœurs sur Birthday.
  • Jackie Lomax – chœurs et claquements de mains sur Dear Prudence.
  • Yoko Ono – chant, chœurs et claquements de mains sur Bungalow Bill, chœurs sur Birthday, effets sonores divers sur Revolution 9.
  • Maureen Starkey – chœurs sur Bungalow Bill.

Musiciens de sessions

  • Ted Barkertrombone sur Martha My Dear.
  • Leon Calverttrompette et bugle sur Martha My Dear.
  • Henry Datyner, Eric Bowie, Norman Lederman et Ronald Thomas – violons sur Glass Onion.
  • Bernard Miller, Dennis McConnell, Lou Soufier et Les Maddox – violons sur Martha My Dear.
  • Reginald Kirbyvioloncelle sur Glass Onion et Martha My Dear.
  • Eldon Fox – violoncelle sur Glass Onion.
  • Frederick Alexander – violoncelle sur Martha My Dear.
  • Harry Kleinsaxophone sur Savoy Truffle et Honey Pie.
  • Dennis Walton, Ronald Chamberlain, Jim Chest et Rex Morris – saxophone sur Honey Pie.
  • Raymond Newman et David Smithclarinette sur Honey Pie.
  • Art Ellefson, Danny Moss et Derek Collinssaxophone ténor on Savoy Truffle.
  • Ronnie Ross et Bernard Georgesaxophone baryton sur Savoy Truffle.
  • Alf Reece – tuba sur Martha My Dear.
  • The Mike Sammes Singers – chœurs sur Good Night.
  • Stanley Reynolds et Ronnie Hughes – trompette sur Martha My Dear.
  • Chris Shepard – fiddle sur The Continuing Story of Bungalow Bill.
  • Tony Tunstall – cor français sur Martha My Dear.
  • John Underwood et Keith Cummings – violon alto sur Glass Onion.
  • Leo Birnbaum et Henry Myerscough – violon alto sur Martha My Dear.
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