Bande originale de la planète sauvage (A. Goraguer)

La planète sauvage – Enregistré en 1973 – France – Intoxica Records
Du point de vue de l’animation, la fable politico-humaniste de René Laloux a subi les outrages du temps. En revanche, la bande-son de La Planète sauvage, signée Alain Goraguer, fait toujours l’objet d’un culte vivace pour toute une génération de défricheurs sonores, près de trente-cinq ans après sa sortie.

Bien avant d’enregistrer la planète sauvage, pianiste de jazz et arrangeur, Alain Goraguer s’est fait connaître grâce à ses collaborations avec Boris Vian et Serge Gainsbourg, notamment via ses participations à Gainsbourg Confidentiel et Gainsbourg Percussions au début des années 1960.

Dans le dessin animé de René Laloux, la race des Draags colonise les Oms sur la distante planète Ygam. Terr, enfant converti en animal domestique par les Draags, sera appelé à mener le soulèvement des Oms pour la reconquête de leur planète. Manifeste SF à mi-chemin entre les résidus de la culture hippie et le surréalisme visuel de Terry Gilliam, La Planète sauvage est présentée au Festival de Cannes 1973, où il remporte le prix spécial du jury.

Œuvre du génial Roland Topor, le graphisme du dessin animé est accompagné à l’écran par un score expérimental où se rejoignent pop, funk, rock et jazz sous leurs aspects les plus planants. D’une beauté fulgurante, les thèmes de La Planète sauvage transgressent les genres musicaux, de la même manière que Terr effectue son apprentissage de la vie en brisant les règles de sa condition d’esclave.

Une étrange alchimie se dégage des arrangements d’Alain Goraguer. Les cordes, les bois et les chœurs féminins épousent les sonorités synthétiques des clavinets et les ondes martiennes du theremin. « Déshominisation », le motif récurrent de la bande originale de la Planète sauvage, fusionne la clarté d’une mélodie new âge et les guitares wah-wah poisseuses du funk.

Bande originale de la planète sauvage (A. Goraguer)
Bande originale de la planète sauvage (A. Goraguer)

Goraguer conjugue la valse tourbillonnante des « Fusées » et le jazz-funk trépidant de « Strip Tease » et « Terr et Medor », qui évoluent au carrefour de la blaxploitation et de la période électrique de Miles Davis. Il pratique aussi la personnalisation musicale : chaque étape de l’évolution du personnage de Terr, de l’enfant terrifié au leader de la rébellion, est marquée par l’utilisation d’un instrument précis. Les fréquences aiguës de flûtes enfantines (« Le Bracelet ») cèdent la place à un saxophone ténor (« Strip Tease »), puis aux hurlements de guitares saturées lors de la séquence d’extermination des Oms par les Draags (« Déshominisation II »). On notera également dans le film les paysages sonores particuliers de Jean Guérin (synthétiseur E.M.S).

Bande originale de la planète sauvage (A. Goraguer)
Bande originale de la planète sauvage (A. Goraguer)

Trois décennies plus tard, des DJ’s et musiciens électroniques de renom (dont les rappeurs Madlib et Big Punisher, ainsi que Air pour les climats éthérés de Virgin Suicides) continuent d’explorer la face cachée de la bande originale de la planète sauvage. On ne compte plus les versions remix et pirates d’un album qui n’a jamais bénéficié d’une véritable sortie officielle en CD. La rançon du succès pour un disque culte complètement hors du temps.

Un commentaire Ajoutez le votre

  1. Tangela dit :

    Je suis d&oucso;acqrrd avec Clara. Il se transformera peut être en fille… Merci Clara, au moins je ne suis pas la seule à penser à ça !Bon, je dois voter… Et bien la 1 !Au fait, je ne sais pas pourquoi je demande ça, mais qui aime bien mon surnom? ( je l’ai changé exprès pour me marrer !)A la rédac, on aime bien Poulpe de mer comme pseudo !! Bonne baignade !

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