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Kaya (Bob Marley et ses Wailers), hymne à l’omniprésent spliff de ganja

Never love alone
Kaya (Bob Marley et ses Wailers), hymne à l’omniprésent spliff de ganja Posted on 23 décembre 2018Leave a comment
Never love alone

Bob Marley Kaya – Enregistré de janvier à avril 1977 aux studios Island de Londres – Tuff Gong / Island Records
Début 1978, le parti au pouvoir, le People’s National Party, était en mauvaise posture. Le mécontentement croissant qui grondait dans toute l’île depuis quelques années menaçait d’exploser à tout moment, et tous prédisaient un dénouement catastrophique.

Bob Marley, qui vivait toujours en exil depuis la fusillade de Hope Road, se trouvait à Londres lorsqu’il fut contacté par trois de ses connaissances du monde politique jamaïquain – Claude Massop, Bucky Marshall et Tony Welch – qui lui proposèrent de participer à un concert pour la paix organisé à Kingston sous le nom de « One Love » (à la fois une salutation rasta et une expression d’unité). Marley, qui travaillait alors sur ce qui allait devenir l’album Bob Marley Kaya, accepta de retourner en Jamaïque pour ce concert.


Bob Marley Kaya

Le «One Love Peace Concert», qui se déroula une nuit de pleine lune, le 22 avril 1978, au National Stadium de Kingston, fut l’événement musical de l’année en Jamaïque.

Avec Bob Marley et ses Wailers, et seize autres formations à l’affiche, dont celle de Peter Tosh (qui, durant son set, alluma malgré l’imposante présence policière un énorme spliff de ganja avec l’arrogance et la désinvolture qui lui étaient coutumières), le stade, encerclé par des forces de sécurité armées, était rempli d’un public issu de toutes les couches de la société jamaïquaine et des quatre coins de l’île, et qui incluait le Premier ministre Michael Manley et le leader de l’opposition Edward Seaga. Tout le monde, y compris Mick Jagger venu à Kingston pour y retrouver Peter Tosh, voulait voir Bob Marley, et tout le monde avait envie de faire la paix.

Bob Marley Kaya
Bob Marley Kaya

L’un des artistes qui participa à cette nuit fut Junior Tucker, alors âgé de douze ans. Il se souvient de cette nuit comme étant ce qu’il croit avoir été « le meilleur concert de la vie de Bob», et ajoute : «Je ne l’avais jamais vu comme ça… il était remonté à bloc. » Durant tout le temps où Marley joua, Tucker resta assis à côté de la scène, fasciné. «C’était stupéfiant», se souvient-il. Chris Blackwell, d’après le jeune chanteur, ne partagea pas son opinion, et ne jugea pas la prestation de son protégé extraordinaire. « C’était la première fois que Bob utilisait des cuivres en Jamaïque, et Chris n’aime pas ça », explique Tucker, un souvenir que Blackwell confirme.

Le point culminant du «One Love Peace Concert», une scène qui est devenue presque un cliché dans l’histoire de la musique jamaïquaine, fut indiscutablement le moment où Marley, au milieu de Jamming, demanda à Manley et Seaga de le rejoindre sur scène. En dansant comme un derviche, Marley improvisa un mélange de chansons et de discours. Les deux leaders, un peu patauds à ses côtés, acceptèrent que l’idole du reggae leur joigne les mains au-dessus de sa tête en annonçant « One Love».

Bob Marley Kaya
Bob Marley Kaya

Avant de retourner en Jamaïque fin février, Marley et les Waiters avaient enregistré la plupart des morceaux de l’album « Kaya » (un terme d’argot autrefois populaire pour ganja) dans l’«abri antiatomique», au QG d’Island sur St Peter’s Square.

En offrant une collection de chansons beaucoup plus sereines et commerciales que d’habitude, tous prévoyaient que Bob serait accusé de compromission – ce qui fut le cas. Inflexible sur son droit à explorer différents styles, Marley répondit à un journaliste : «Lorsque nous faisions “Kaya”, nous savions que beaucoup de gens allaient dire “Kaya”, bla, bla, bla; mais nous l’avons fait quand même. »

Il défendit également sa certitude qu’un artiste doit mener plutôt que suivre la foule. « Quand on commence à suivre, mon gars, ça devient mauvais. » Il fit par ailleurs remarquer avec pertinence que la sortie d’une sélection de chansons plus calmes n’était pas une si mauvaise idée en ce moment. « Peut-être que si j’avais essayé de faire un album plus dur que “Kaya”, ils m’auraient assassiné… ces choses sont plus sérieuses qu’il n’y paraît. »

Bob Marley Kaya
Bob Marley Kaya

Cindy Breakespeare, l’ancienne Miss Monde 1978, née au Canada, qui devint la maîtresse de la star du reggae et sa «jeune maman», en lui donnant son fils cadet, Damian (et qui vit toujours à Kingston avec son époux, le guitariste de jazz et pilote de ligne Rupert Bent, dans un superbe appartement du quartier résidentiel de Stony Hill), pense que certaines des chansons de « Kaya» ont été composées pour elle. Et, puisque de nombreux proches de Marley, y compris son manager Don Taylor, confirment qu’il était fou d’elle à l’époque, elle a probablement raison. Mais «Kaya» est aussi un hommage à un tout autre amour dans la vie du Rasta ; l’omniprésent spliff de ganja.

Les belles femmes et une herbe puissante étaient aussi importantes pour Robert Nesta Marley que la politique et sa quête pour la paix locale et mondiale. Dans ce contexte, un album comme « Kaya » est tout aussi légitime que «Survival», et Bob savait de toute façon qu’il allait être critiqué. Mais quelle que fût la controverse, «Kaya» entra dans les charts britannique
en quatrième place la semaine de sa sortie. Et Chris Blackwell ne cessa de proclamer qu’il s’agissait de son album favori parce que, dit-il, «c’est un album plein de joie».

Bob Marley Kaya
Bob Marley Kaya

Cette affirmation flatteuse pour l’album contraste fortement avec les propos de Don Taylor, selon lequel Blackwell ne voulait pas sortir cet album, jugé trop «soft» (appellation générique jamaïquaine pour tout ce qui ne se fera jamais).

En plus de sa signification locale, le concert «One Love» fut considéré comme un excellent – bien qu’officieux – point de départ pour la première tournée mondiale des Wailers qui, avec leur habituel succès en Europe, produisirent un nouvel album live (un double, cette fois), appelé «Babylon By Bus», un titre tiré d’une chronique du New Musical Express, le célèbre et influent journal musical anglais.

Capturant toute l’énergie qui avait fait le ravissement des fans européens, «Babylon By Bus» contenait des titres comme Lively Up Yourself (qui apparaissait déjà sur « Live ! »), Is This Love, No More Trouble, Positive Vibration et Punky Reggae Party.Cette dernière chanson avait été enregistrée au studio Hammersmith de Londres au début de l’été 1977 pour Lee « Scratch » Perry.

Bob Marley Kaya
Bob Marley Kaya

Le punk était devenu cette année-là la force dominante de la musique en Angleterre, et bien qu’il eût été à l’origine sceptique quant à son message, Marley, qui appréciait l’usage que les punks faisaient du rythme du reggae, se rallia rapidement au côté rebelle de cette musique. S’inspirant de groupes comme les Clash (qui ont été vus en Jamaïque en 1982 coiffés de chapeaux tressés, ornés d’oiseaux factices), il commença à incorporer un peu de l’attitude effrontée des punks dans sa production. «En un sens, déclara-t-il, j’aime bien leurs épingles à nourrice et tous ces trucs. Je ne les porterais pas moi-même, mais j’aime bien voir qu’un homme peut souffrir sans pleurer. »

La chanson fut enregistrée avec les trois musiciens du groupe de reggae anglais Aswad (Brinsley Forde, Tony Gad et le batteur Zeb), ainsi que Cat Coore à la guitare et Ibo Cooper à l’orgue. Perry, ce jour-là, «sautillait tout autour du studio et improvisait de petites danses, puis allait soudain créer des parties musicales qui séparément n’avaient aucun sens, mais qui, mises ensemble, formèrent un étonnant contrepoint mélodique à la chanson. Perry tisse de superbes tapisseries».

Quant à Bob Marley, Cooper, qui est lui-même une source d’inspiration pour beaucoup, le décrit comme «exaltant…il est resté
neuf heures sans spliff ni nourriture. Il n’a pas quitté la cabine et il n’a pas cessé de chanter». À la fin de ces neuf longues heures, Perry repartit avec deux morceaux exceptionnels, Punky Reggae Party et Keep On Moving, qui devinrent des titres incontournables dans les concerts du chanteur.

Bob Marley Kaya
Bob Marley Kaya

Avec la partie européenne de la tournée achevée et «Babylon By Bus» dans les bacs, la nouvelle priorité devenait les États-Unis, où, après quelques problèmes initiaux pour faire rentrer Junior Marvin dans le pays (à cause d’une vieille condamnation pour possession de drogue), la tournée débuta le 19 mai 1978, un peu en retard mais avec succès, à Cleveland, dans l’Ohio.

Le 9 juin, Marley joua au célèbre Maple Leaf Gardens de Toronto, devant un public de Noirs et de Blancs unis sous une mer de bonnets. T-shirts, et écharpes rouge, vert et or aussi enthousiastes devant la musique hypnotique de Marley que s’ils étaient nés sous les tropiques. Lorsque Bob criait «Jah», la foule hurlait « Rastafari », et quand le concert fut terminé et que des centaines de gens repartirent en métro, une version improvisée par les passagers de One Love emporta les wagons non pas vers Finch Avenue, mais directement à Sion.

Lorsque la tournée atteignit le Madison Square Garden, le critique du New York Times salua «Un triomphe pour le reggae en général, et pour M. Marley en particulier». Quelques mois plus tard, Marley fut honoré par les Nations Unies qui lui remirent à New York la médaille de la Paix.

Bob Marley Kaya
Bob Marley Kaya

Après son dernier concert en Amérique du Nord, Marley retourna brièvement en Jamaïque, où il retrouva son vieil ami et producteur Scratch Perry pour une courte séance au studio durant laquelle il enregistra quatre titres. Marley avait en effet conservé ses droits pour les Caraïbes, dont celui d’enregistrer pour lui-même ou pour d’autres producteurs, puis de distribuer ce matériel sur ce territoire et sous son propre label.

Marley fut heureux de cette courte pause « chez lui », avant la première tournée des Wailers en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Extrême-Orient. Personne n’avait la moindre idée de la façon dont ce groupe d’émissaires musicaux de la Jamaïque, la première formation de reggae à jouer sur ces terres lointaines, allait être accueilli. Il n’y avait en fait aucune raison de s’inquiéter.

Lorsque l’avion des Wailers se posa avec une demi-heure de retard sur l’aéroport de Sydney, les Australiens étaient déjà impatients de faire découvrir au groupe un public nouveau et enthousiaste. Et tant en Australie qu’en Nouvelle- Zélande – surtout en Nouvelle-Zélande -, les fans généralement blancs du groupe furent rejoints par la population indigène du continent. À Auckland, ils vinrent accueillir Marley à sa descente d’avion et lui conférèrent un nom qui, dans leur langue, signifie «rédempteur». Ces autochtones s’adaptèrent naturellement à la musique des Wailers (tout comme le feraient les Indiens Hopis aux États-Unis), comme si elle avait été composée pour eux.

Le Japon se montra tout aussi réceptif au beat inimitable du reggae et à son chantre séducteur (mais beaucoup moins envers l’herbe qui l’accompagnait, une restriction que Don Taylor dut contourner en faisant entrer les réserves de son client dans ses chaussures). Ce pays développa un goût pour la Jamaïque et sa musique qui alla croissant après cette première introduction en 1978.

L’effervescence provoquée par le concert de Tokyo fut une étincelle qui mena des milliers de jeunes Japonais en pèlerinage dans l’île des Caraïbes d’où venait Robert Nesta Marley, certains d’entre eux choisissant même de s’y établir, vivant et travaillant avec la population et apprenant le patois, en admettant timidement que cela leur permettait «de mieux comprendre ce que Bob Marley disait».

Bob Marley Exodus
Bob Marley Kaya

Après quelques autres dates, dont Hawaii, la tournée s’acheva à Nassau, alors que les Wailers avaient fait danser le monde entier.

L’année suivante, Robert Nesta Marley – à l’image de son ami Skill Cole, qui avait quitté la Jamaïque pour l’Éthiopie en 1976 – effectua ce qui représentait pour lui un saint pèlerinage, en se rendant pour la première fois sur le continent africain.
Bien que Marley et son manager Don Taylor, qui l’avait accompagné ne soient restés en Éthiopie avec Skill Cole que quatre jours (la durée de la visite de Hailé Sélassié en Jamaïque), cette visite renforça la croyance rastafari de Marley en un rapatriement, et inspira certaines de ses meilleures compositions, comme Zimbabwe, ainsi que, raconte Taylor, le projet de construction d’un établissement de quatre millions de dollars pour les Rastas revenant en Éthiopie.

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CREDITS Bob Marley Kaya :

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