Brigitte Fontaine, Agitatrice glorieuse et imprévisible

Agitatrice glorieuse et imprévisible depuis les sixties, Brigitte Fontaine a aussi bien chanté avec le jeune Higelin qu’avec Noir Désir : une première dame de France.

Brigitte Fontaine est folle, proclamait l’un des premiers disques de la chanteuse, mais, assurément, sa longue carrière prouve bien qu’elle est à peu près tout sauf mentalement dérangée.

Après deux albums enregistrés en compagnie de Jacques Higelin (Doute chansons d’avant le déluge et Quinte chansons d’avant le déluge, tous deux datant de 1966), son premier album solo, Brigitte Fontaine est… (1968), dévoile quelques excellents morceaux pop, pas très éloignés, dans leur facture, de l’esprit de Gainsbourg.

Brigitte Fontaine, Agitatrice glorieuse et imprévisible
Brigitte Fontaine, Agitatrice glorieuse et imprévisible

Et c’est l’année suivante, en 1969, qu’elle enregistre son vrai chef-d’œuvre et trouve sa formule idéale : sur ce disque, Comme à la radio, elle chante avec l’Art Ensemble of Chicago et le musicien Areski, qui devient alors son compagnon et réalisera tous ses albums.

Rétrospectivement, tout l’art de Brigitte Fontaine est concentré dans ce disque : son sens des mots qui rebondissent, son chant mélancolique et détaché qui swingue incroyablement bien, sa manière majestueuse de voguer entre les percussions brutes d’Areski. Tout à la fois funky et retenu.

Comme à la radio est le grand disque français de ces années-là et il faudra attendre le Melody Nelson de Gainsbourg pour retrouver une vision aussi précise et déterminée.

Brigitte Fontaine, Agitatrice glorieuse et imprévisible
Brigitte Fontaine, Agitatrice glorieuse et imprévisible

Brigitte Fontaine et Areski enregistreront tout au long des années 70 plusieurs albums lumineux, dont on retiendra Je ne connais pas cet homme (1973), L’Incendie (1974) et Vous et Nous (1977)» dans lequel le couple s’empare de synthétiseurs Moog.

Ensuite, les années 80 figureront une longue traversée du désert. Pas ou peu de disques enregistrés et beaucoup de spectacles vivants, pour survivre. Brigitte Fontaine se consacre alors aussi à l’écriture, avant que sa musique ne reprenne le dessus via le Japon. Car c’est là-bas que sort en 1992 French Corazon, son premier disque des années 90 qui inaugure une nouvelle série d’enregistrements inspirés.

Parmi ceux-là, Kékéland (2001) est peut-être le plus abouti : Brigitte Fontaine y chante entourée par de nombreux fans, dont les New-Yorkais Sonic Youth, venus jouer sur deux morceaux. L’un d’eux, Demie Clocharde, est un vrai bijou, tout aussi haletant et pénétrant que Comme à la radio. En 2004, elle publiait un autre bon album en hommage à son quartier parisien, Rue Saint-Louis en l’ile.

En France, il n’y a guère de chanteuse aussi irréductible qu’elle.

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