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Esther Phillips, reflet incontournable du drame afro-américain

Never love alone
Esther Phillips, reflet incontournable du drame afro-américain Posted on 2 juin 2017Leave a comment
Never love alone

L’intensité dramatique qui caractérise Esther Phillips est là pour rappeler que le fondement de la musique populaire noire est bien le blues, reflet incontournable du drame de l’expérience afro-américaine dont Phillips a personnellement connu toutes les nuances en se trouvant projetée sur scène trop tôt.

Esther Mae Jones ( Esther Phillips ) commence à chanter à 6 ans, dans la chorale de l’église qu’elle fréquentait en banlieue de Houston. En 1949, elle joint le band de Johnny Otis. Elle a 13 ans et vient de gagner un concours amateur au Barrelhouse Club, propriété du même Johnny Otis. Sa voix rappelle celle de Nina Simone.

On la présente comme Little Esther lorsqu’elle monte sur scène. Esther Phillips chante les compositions d’Otis mais reprend les chansons de ses idoles: Dinah Washington, Sarah Vaughan, Aretha Franklin et Billie Holiday. Elle a d’ailleurs rencontré cette dernière un mois avant sa mort. Elle admirait sa franchise.

Esther Phillips
Esther Phillips

D’autres musiciens ont influencé la jeune Esther : Muddy Waters, T-Bone Walker, Charlie Parker et Bobby Bland. Et elle aimait bien les jeunes qui commençaient, les Elton John, James Taylor, Joe Cocker et, bien sûr, Marvin Gaye.

Esther Phillips encore Little Esther chante mais joue également du piano et tient parfois les baguettes à la batterie. Son premier enregistrement, Double Crossing Blues, est un succès populaire. Ce qui lui permet de partir en tournée à travers les États-Unis. Elle côtoiera Big Mama Thornton pendant un certain temps, de qui elle apprendra les trucs du métier… et de l’alcoolisme.

Au début des années 1950, Esther Phillips vole de ses propres ailes et continue sa tournée des clubs et des salles de danse, parfois divisées par la ségrégation. Les Blancs sont au balcon, les Noirs, au parterre. Ça danse, mais ça se bouscule aussi. Puis, en 1962, Little Esther signe un contrat avec l’étiquette Lenox Records avant de passer avec Atlantic. Elle en profite pour changer de nom. Elle devient Esther Phillips.

Esther Phillips
Esther Phillips

Parallèlement, Esther Phillips continue de carburer à l’alcool. Elle en devient malade chronique. En 1954, elle est obligée d’interrompre sa carrière. Elle n’a que 19 ans et souffre de dépendance à l’alcool et à l’héroïne. Une première thérapie lui permet de reprendre le contrôle de sa vie. Momentanément.

Esther Phillips croise Kenny Rogers – qui flirte avec le blues mais surtout avec le country – sur son chemin. Il la présente à son frère, Lelan Rogers, qui lui offre un contrat avec le label Lenox. Quelques chansons plus tard, Phillips replonge dans l’univers des drogues. Cette fois-ci, elle sera en cure de 1966 à 1969. Elle effectue un retour en 1970 au Festival de jazz de Monterrey, en compagnie de Johnny Otis, son mentor des premières heures.

Esther Phillips
Esther Phillips

De 1971 à 1978, Esther Phillips sort neuf albums chez CTI, label jazz-funk de Creed Taylor. Les compositions sont des standards de grands compositeurs, tels Gil Scott-Heron, Bill Withers (« Use Me »), Allen Toussaint, la méconnue Carole King, ou encore Joe Cocker. Les arrangements très riches sont caractéristiques des productions CTI, entre musiciens maisons, grands noms de cette époque (George Benson, Bernard Purdie, Ron Carter, Hank Crawford, Hubert Laws) et sections cordes luxuriantes.

A partir de 1975, Esther Phillips se tourne, commerce oblige, vers des sons plus discos. Le résultat est plus ou moins heureux, les compositions devenant un peu plus fades et sa voix s’accordant étrangement avec ce style musical. C’est pourtant sa reprise discoïde de « What a Diff’rence a Day Makes » de Dinah Washington qui lui apporte la reconnaissance en 1975. L’album devient sa meilleure vente et le simple se classe No 20 du Billboard.

Mais drogue et alcool continuent de la miner. Elle dira en entrevue qu’après sept ans de traitement, le démon est toujours là. Qu’elle ne sait pas si elle s’en libérera un jour.

Avec la fin de la période disco, Esther Phillips connaît un passage à vide et retrouve ses vieux démons. Sa déchéance se poursuivra jusqu’à sa mort en 1984. Elle meurt à 48 ans d’une insuffisance rénale et hépatique, conséquences de ses excès passés. C’est Johnny Otis, l’homme qui a toujours cru en elle, qui célèbrera les funérailles.

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