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Pour le grand public, Neil Young Harvest demeure le sommet de sa riche discographie 70’s. Sur fond de country-rock et folk mélancolique, l’art du Loner brille de mille feux tout au long de ce quatrième album paru en février 1972. Sorte de Graal baba bucolique et champêtre. Derrière sa béatitude peace & love à laquelle ont participé Crosby, Stills & Nash tout comme James Taylor et Linda Ronstadt, Harvest reste une œuvre riche, tourmentée et mélodiquement parfaite. Un disque qui influencera de nombreuses générations.

Alors en pleine tournée de promotion de l’album Déjà vu, l’énorme succès de Crosby, Stills, Nash & Young tourne la tête de ses membres. Leur dernier concert en juillet 1970 marque la fin du groupe. Chacun commence alors une carrière solo qui s’avèrera de courte durée… à l’exception de notre serviteur.

Au sein du CSNY, Young s’est toujours démarqué des autres musiciens allant jusqu’à réserver ses meilleures chansons pour les albums solos qu’il compose en parallèle. Sa stratégie de distanciation le récompense au moment où le courant contestataire s’essouffle. La jeunesse américaine acquiert une vision moins naïve du monde. La vie communautaire passe de mode.

Neil Young repart en solitaire avec l’album Neil Young Harvest en 1972 évoquant parfaitement l’optimisme moribond de la contre-culture de San Francisco et le cynisme naissant de la génération du Watergate.

Neil Young Harvest

Le musicien n’a alors que 26 ans et déjà une carrière plus qu’enviable derrière lui. Fraîchement débarqué à Nashville pour une émission télé, Neil décide, sur un coup de tête, d’enregistrer quelques titres de son futur album dans le studio Quadrafonic Sound avec des musiciens qu’il ne connaît pas.

Ces derniers sont recrutés à la hâte par le patron du studio : Elliot Mazer. Très satisfait du groupe assemblé à Nashville, Neil Young va les inviter dans son ranch, à Redwood, en Californie pour d’autres morceaux plus électriques.

Enregistré en deux temps donc, d’abord à Nashville puis dans son propre ranch, Harvest est de loin le plus grand succès commercial de Neil Young, propulsé par la balade country «Heart of Gold». Le succès de cette chanson devait hanter Young pour les trois décennies suivantes, et il omet sciemment de la jouer en concert depuis.

Cette chanson m’a placé au milieu de la route, a-t-il écrit. C’est un endroit qui s’est vite révélé ennuyeux et je me suis dirigé vers le fossé.

Neil Young

Malgré tout, le songwriter considère Harvest comme une de ses œuvres les plus aboutie. Neil Young délaisse le temps de l’album son groupe d’accompagnement habituel (le Crazy Horse) toujours en disgrâce à cause de l’addiction à l’héroïne de son guitariste Danny Whitten, (inspirant la chanson « The Needle And The Damage Done »), pour s’entourer de musiciens de Nashville qui lui improvisent un écrin de country-folk dans lequel il glisse ses dernières compositions.

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Neil Young Harvest

A l’opposé des guitares hurlantes du Crazy Horse ou des prétentions hautaines des divas du CSN (présents néanmoins sur certains titres en tant que choristes), cet ode à la simplicité est doucement rythmé par la batterie de Kenny Buttrey (présent sur les albums country de Bob Dylan), la basse de Tim Drummond, la slide-guitare de Ben Keith ainsi que les chœurs de Linda Ronstadt et de James Taylor, l’ensemble prenant le nom de Stray Gators.

Dès le départ, « Out of the week-end » balance doucement son rythme quasi-hip-hop pour une invitation à un voyage prometteur mais semé d’écueils : l’apparente simplicité de la vie rurale (« Old man », « Are you ready for the country ») est troublée par des nuages annonciateurs de déluges électriques qui ont pour origine la drogue ou le racisme (« Words » ou « Alabama », deuxième chanson inspiré par le Sud après « Southern Man »).

La quête de la tranquillité (« A man needs a maid » et ses arrangements grandiloquents signés Jack Nitzsche) impose de surmonter les épreuves physiques et psychiques (la tentation de la drogue). Pour l’occasion, il se fait accompagner par un orchestre symphonique (le très classe London Symphony Orchestra) également présent sur There’s a World.

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Neil Young Harvest

Pour l’anecdote, en septembre 71, le bûcheron folkeux fit à son presque pote Graham Nash l’honneur de l’inviter en son ranch de Broken Arrow. Bonne pâte, Nash demanda à écouter les bandes de Harvest en phase de finalisation. Young fit alors monter son collègue dans une barque, l’emmena au beau milieu du lac de sa propriété et fit un signe vers la berge.

Nash comprit que Young avait fait installer chez lui une sono de concert un peu expérimentale, un système de double enceinte, la droite disposée dans sa grange, la gauche dans une chambre de sa maison…Pendant que le disque passe, son producteur, Elliot Mazer, court vers la rive pour lui demander comment ça sonne. Et Young de lâcher cette réplique culte, “Plus de grange!”, devant un Graham Nash perplexe qui laissa ce seul commentaire sur l’aventure : « Neil me fait vraiment peur. Je crois qu’il n’a jamais été satisfait. »

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Neil Young Harvest

Avec Harvest, Neil Young tient là sa première récompense individuelle mais n’aura pas le temps d’en profiter longtemps. L’annonce de la mort par overdose de son guitariste et ami Danny Whitten, membre du Crazy Horse, le plonge dans une phase dépressive qui paradoxalement l’inspirera au point que deux des trois albums (la trilogie de la boue) qu’il enregistrera durant cette sombre période sont aujourd’hui considérés comme ses meilleures productions.

Sources : https://fr.wikipedia.org – www.qobuz.fr – www.crosstowntraffic.frwww.albumrock.net – www.rollingstone.fr

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CREDITS :

  • Neil Young – Producteur (sur tous les morceaux sauf A Man Needs a Maid)
  • Jack Nitzsche – Producteur (A Man Needs a Maid et There’s a World)
  • Joel Bernstein – Photographie
  • Henry Lewy – Producteur (The Needle and the Damage Done)
  • Elliot Mazer – Producteur (sur tous les morceaux sauf A Man Needs a Maid et The Needle and the Damage Done)
  • Tom Wilkes – Design

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