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Rashida (Jon Lucien), une tempête tropicale…tranquille

Never love alone
Rashida (Jon Lucien), une tempête tropicale…tranquille Posted on 19 septembre 2020
Never love alone

Jon Lucien Rashida – Enregistré en 1973 aux studios RCA – New York City – RCA Records
Doté d’une voix de baryton riche et expressive, les chansons de Jon Lucien sont des récits poétiques empreins d’espoir, d’harmonie et de spiritualité. Des paraboles d’un amour perdu, d’un amour retrouvé et de relations pleines de promesses. Avec un style qui n’appartient qu’à lui, il mêle R&B, pop, soft jazz à des rythmes caribéens et brésiliens. Une tempête tropicale tranquille.

Élevé dans les îles Vierges britanniques dans une famille de musiciens (son père guitariste vénère Nat King Cole), Jon Lucien s’installe aux États-Unis en 1965 à l’invitation de Dick Richard, un humoriste et pianiste de jazz rencontré lors de jam sessions d’un club local.


Jon Lucien Rashida

A New York, Jon enchaine les cachets comme bassiste dans divers formations pour des mariages, barmitsvas au cours desquelles il lui arrive occasionnellement de pousser la chansonnette. Son baryton sans effort attire des foules de plus en plus nombreuses et l’attention des maisons de disques.

« Je chantais tout le temps, mais je ne prenais jamais cela au sérieux », explique-t-il. « J’organisais le mariage de quelqu’un à Long Island quand j’ai rencontré un type nommé Ernie Altschuler, qui travaillait chez Columbia et qui produisait Tony Bennett à l’époque. Il venait de déménagé chez RCA et quand il m’a entendu chanter, il m’a donné sa carte et m’a dit de venir le voir. Un coup de chance ». (Jon Lucien)

Il signe chez RCA Records et sort son premier album solo, I Am Now, en 1970. Avec une seule composition originale, l’album est conçu comme une vitrine de la voix de Jon Lucien sur une collection de reprises jazz/pop. Le label veut faire de lui une sorte de Frank Sinatra noir…

L’étiquette ne lui convient pas. En 1973, Lucien prend ses distances vis a vis des carcans d’une maison de disque trop interventionniste pour réaliser un album composé uniquement de compositions originales.

Jon Lucien Rashida
Jon Lucien Rashida

Son deuxième album, Rashida, lui permet de développer un aspect plus R&B. Mais, comme il le dit lui-même, dans son R&B, le B signifie plus Bossa que Blues ! Sur des tempo samba langoureux, il caresse le nylon des cordes de sa guitare en scattant ses textes poétiques dans un style nourri par ses racines musicales créoles et son amour pour les rythmes brésiliens.

Le bruit des vagues accompagnant les percussions qui ouvre l’album… et introduit cette sublime déclaration, « Would you Believe in Me ».

En tant qu’arrangeur, il exprime aussi son amour des mélodies, créant des ambiances romantiques (« Kuenda », « Would You Believe in Me ») sans pour autant tomber dans le pathos. Dave Grusin a ajouté des arrangements orchestraux discrets à cette solide collection, qui comprend plusieurs hits dont « Lady Love » et « Rashida ».

« Il y avait un manque de vision, surtout quand nous avons fait l’album ‘Rashida’. Tout le monde se demandait comment appeler cette musique. J’ai dit : C’est de la musique. Mais il faut bien qu’on l’appelle quelque chose ! Ce n’est pas du jazz, ce n’est pas du R&B, mais il y de ça. Et j’ai dit : Oui, parce que c’est de la musique ! Pourquoi faut-il une étiquette ?  » (Jon Lucien)

De loin Rashida se présente comme le disque le plus abouti et mature de Jon Lucien, celui où sa voix de baryton sensuelle et apaisante accomplit des miracles, comme sur la chanson-titre – certainement l’une des plus belles ballades soul – où l’émotion, à son comble, se déploie en cinémascope et en technicolor.

Jon Lucien Rashida
Jon Lucien Rashida

Grusin participera également à l’enregistrement de l’album suivant Mind’s Eye, dans lequel Lucien fusionne jazz, soul et pop avec les rythmes des Caraïbes. La conscience sociale de chansons telles que « Ghetto Song » et « Soul Chant » témoigne d’une conscience de l’époque, et est loin des manières de souper en club de ses débuts.

Le changement de label au profit de Columbia Records ne perturbera pas l’élan créatif de Lucien. Il fait ses débuts sur ce label en 1975 avec « Song For My Lady », qui comprend une lecture magistrale de « Dindi » d’Antonio Carlos Jobim et une reprise de « Maiden Voyage » de Herbie Hancock.

Malgré l’appréciation de la critique, Jon Lucien n’a connu qu’un modeste succès commercial. Des drames personnels et une addiction à la drogue l’ont même poussé à se retirer dans les années 80. Il a ressorti des albums dans les années 90, largement soutenu alors par la scène acid jazz anglaise.

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