Joni Mitchell Hejira

Joni Mitchell Hejira – Enregistré en 1976 (Hollywood – USA) – Asylum Records
En 1974, Joni Mitchell règne sur l’univers de la pop, adorée par la critique et par des millions de fans pour sa série d’albums brillants, souvent douloureusement personnels, qui atteint son apogée cette année-là avec le succès de Court and Spark.


Joni Mitchell Hejira

L’année précédant Joni Mitchell Hejira, l’album The Hissing of Summer Lawns en 1975 marque une transition vers un son plus complexe et nuancé.

Les confessions laissent la place à une série de vignettes sur les femmes des années 1970, des night-clubbeuses (« Edith and the Kingpin ») aux femmes riches qui s’ennuient (« The hissing of summer lawns ».

De sa période folk, Joni Mitchell dira : « En fait, je n’ai jamais été en phase avec ceux de ma génération. Alors que c’était la guerre au Vietnam qu’il fallait condamner, la plupart d’entre eux s’en prenaient aux pauvres soldats, les premières victimes. Et ainsi de suite : Dylan en tête, tous ces musiciens ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez. Ils sont devenus richissimes mais n’ont rien su faire de leur pouvoir. Leur ego, leurs comptes en banque et leur dope étaient à peu près leurs seules préoccupations. J’avais rejoint la communauté rock, pensant y trouver une famille, j’y ai côtoyé les gens les plus égoïstes, jaloux et narcissiques de mon existence. »

Joni Mitchell Hejira
Joni Mitchell Hejira

On comprend pourquoi Joni Mitchell, au risque de s’éloigner du succès, s’est rapprochée, à partir de 1974, des rivages du jazz. Pour enrichir son lexique musical, goûter à une liberté harmonique et vocale et rencontrer, enfin, des musiciens généreux, humains, la traitant en égale. Comme Jaco Pastorius, Herbie Hancock, et plus encore Wayne Shorter.

Eté 1976. Joni réunit ses musiciens et engage le bassiste prodige Jaco Pastorius pour enregistrer l’album Hejira. 

Composé à la guitare durant un trajet en voiture entre New York et Los Angeles, c’est le seul disque qu’elle compose à la guitare et pour la guitare. Le titre évoque le périple de Mahomet, exilé de La Mecque, jusqu’à Médine. Dans le cas de Joni Mitchell, Hejira retrace une traversée des États-Unis après une rupture amoureuse.

Joni Mitchell Hejira
Joni Mitchell Hejira

Dans une veine jazz, la basse fretless de Pastorius y est omniprésente sur plusieurs titres. Bien que le génie de ce dernier se soit épanoui au sein de Weather Report, il n’a jamais mieux joué que dans le cadre des récits épiques de Joni Mitchell, dépouillés, parfaitement construits, comme Coyote, la première chanson de l’album.

Ses phrases mélodiques souples servent de contrepoint à la voix de soprano de Joni qui atteint des sommets de grâce sur Amelia.

Joni Mitchell Hejira
Joni Mitchell Hejira

Les chansons rappellent ses travaux antérieurs, avec des paroles denses et poétiques — dont le sens est souvent difficile à saisir — et des envolées lyriques qui contrastent avec les rythmes et les arrangements jazz.

 Les morceaux doivent leur hypnotisme au nombre minimal d’instruments : une ou deux guitares, une basse, et parfois quelques percussions. 

Les textes sont parmi les plus soignés et audacieux qu’elle ait écrit revisitant les thèmes amoureux de Blue avec plus de recherche poétique. Le Canadien Neil Young fait une apparition à l’harmonica sur le très folk « Furry Sings the Blues » évocation émouvante d’un musicien de blues de Memphis. Dans le blues poignant « The Blue Motel Room », Joni Mitchell tente douloureusement de renouer avec un ancien amoureux et de cesser « la guerre froide ».

Joni Mitchell Hejira
Joni Mitchell Hejira

De cet album imposant, on retient « Amelia », ballade planante sur l’aviatrice Amelia Earhart disparue en mer à 30 ans et le fabuleux et rythmé « Coyote » figure d’un amant « prédateur », la chanteuse y disserte avec un humour cruel de ses relations difficiles avec les hommes.

Sur le plus vindicatif « Black Crow », elle jette un regard assez amer sur ce qu’a été sa vie jusqu’alors « In search of love and music /My whole life has been /Illumination/Corruption » et avoue sa lassitude des voyages à travers la symbolique d’un corbeau noir parcourant le ciel. 

Avec ses touches à la fois très précises et improvisées, sa musique est parfois difficile à écouter. Joni Mitchell ne donne pas en effet dans les mélodies simples ou les conclusions satisfaisantes.

« Ma musique, dit-elle, n’est pas censée captiver sur-le-champ. Elle est conçue pour durer toute une vie, pour tenir le coup comme un tissu de qualité. »

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CRÉDITS Joni Mitchell Hejira : Joni Mitchell : vocals, acoustic & electric guitarsLarry Carlton : acoustic & electric guitarsAbe Most : clarinet on « Hejira »Neil Young : harmonica on « Furry Sings the Blues »Chuck Findley : horns on « Refuge of the Roads »Tom Scott : horns on « Refuge of the Roads »Victor Feldman : vibraphone on « Amelia »Jaco Pastorius : bass on « Refuge of the Roads », « Black Crow », « Hejira » and « Coyote »Max Bennett : bass on « Song for Sharon », « Furry Sings the Blues »Chuck Domanico : bass on « Blue Motel Room »John Guerin : drums – Bobbye Hall : percussion – Henry Lewy, Joni Mitchell : producteursRecorded By – Henry « Inspirational » Lewy*Recorded By [Assisted By] – Steve KatzGlen Christensen : Art Direction
Bernie Grundman : MasteringHenry Lewy : Engineer

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