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Led Zeppelin whole lotta love, la foudre en rondelles de vinyle

Never love alone
Led Zeppelin whole lotta love, la foudre en rondelles de vinyle Posted on 15 janvier 2018
Never love alone

Led zeppelin whole lotta love – Enregistré entre janvier et Studios Olympic & Morgan Studios, Londres – A&R Studios, Juggy Sound Studios & Studios Atlantic, New York – Mirror Dound Studios, Los Angeles – Atlantic
En 1969, un commando d’Anglais fait rendre les armes à la raison, baillonne les inhibitions des kids de l’Amérique profonde. Puis de la planète teenage.

En proclamant la primauté des sens, l’urgence absolue de la jouissance et le droit sacré à l’exultation des corps, Led Zeppelin Whole Lotta Love libère une génération de tout souci d’autocensure. Car, pour les gamins aux oreilles desquels l’Elvis de That’s All Right Mama fait figure d’ancêtre et le (I Can’t Get No) Satisfaction des Stones de golden oldie, la giclée de groove électrique sur laquelle débute le deuxième album de Led Zeppelin ouvre d’inouïes perspectives de plaisir.

led zeppelin whole lotta love
led zeppelin whole lotta love

De son expérience de requin de studio – lors des séances d’enregistrement de You Really Got Me, Gloria ou I Can’t Explain, les producteurs des Kinks, des Them et des Who ont eu recours à ses services –, Jimmy Page a retenu un précepte cardinal : une attaque de guitare doit être massive.

Et également méchante, mordante, mirobolante et médusante, ce qu’illustrent les intros de Whole Lotta Love, Heartbreaker et Living Loving Maid (She’s Just a Woman), le trio de typhons soniques auxquels le hard rock devra son impact aussi massif qu’instantané.

Quoique fidèle à son appellation, cette musique secoue dur – en témoigne la floraison de métaphores empruntées aux domaines de la sismologie et de la vulcanologie que suscite chaque réédition de Led Zeppelin Whole Lotta Love, les chansons de Jimmy Page sont aussi savantes que sauvages, aussi raffinées que ravageuses. En studio, la virtuosité sorcière des concerts se combine à une précision proprement scientifique.

led zeppelin whole lotta love
led zeppelin whole lotta love

Secousses sismiques Au cœur du réacteur, le blues – le blues salace et suborneur des caïds de Chicago, Howlin’ Wolf et Muddy Waters. Mais si The Lemon Song et Whole Lotta Love hystérisent le Killing Floor du premier et le You Need Love du second, c’est au sidérant aplomb (et à l’amplitude vocale inouïe) de Robert Plant que la version Led Zeppelin du blues doit d’enflammer les libidos.

Pour chanter avec pareille lascivité une musique sacralisée par tous les culs-bénits du blues britannique, il faut une bonne dose d’inconscience – l’inconscience, composante cruciale du meilleur rock’n’roll, celui que l’on hurle à 20 ans (et dont on garde la nostalgie toute sa vie).

led zeppelin whole lotta love
led zeppelin whole lotta love

Au moment où il braille Whole Lotta Love, Robert Plant est encore trop jeune pour se faire servir à boire dans les bars des Etats-Unis – paradoxe d’un groupe qui, tout couvert de groupies et boulimique de drogues qu’il soit, compte en son sein deux blancs-becs directement passés de leur province natale aux saturnales quotidiennes qu’encourage la vie sur la route.

Life on the road : c’est là que Robert Plant, loin pourtant d’être le plus débauché de la bande, puise l’inspiration de Living Loving Maid, portrait de groupie dont la rosserie survoltée est digne des Stones de 19th Nervous Breakdown.

led zeppelin whole lotta love
led zeppelin whole lotta love

Le groupe enregistre entre mai et août 1969 l’album le plus crânement conquérant de l’année – une session à New York, deux ou trois autres à Los Angeles, on ajoute l’harmonica à Vancouver, on remet l’ouvrage sur le métier aux studios Olympic de Londres, puis retour à Los Angeles pour peaufiner les chœurs.

Entre-temps, foules en liesse, ivresse de l’adulation soudaine, solos de batterie et de guitare à faire blêmir la concurrence.

led zeppelin whole lotta love
led zeppelin whole lotta love

L’éclectisme, la subtilité, la touche psychédélique qu’ajoute l’orgue de Thank You (John Paul Jones n’a pas participé aux sessions de Their Satanic Majesties Request pour rien), les effets sonores (le thérémine de Whole Lotta Love), le sens de la nuance mélodique (Thank You, ballade en dentelle dédiée à l’épouse de Robert Plant) et la science du contraste à laquelle les explosions de Ramble On ou Bring It On Home doivent leur effet de souffle (coupé), Led Zeppelin en fait sa marque de fabrique.

Avec Led Zeppelin II, la foudre se vend en rondelles de vinyle, et les kids sont prêts à tout (casser leur tirelire, détourner l’argent des courses ou vider le bas de laine de granny) pour avoir leur dose.

Car dans “électrique” il y a “trique”, et une génération entière sent que pour s’envoyer en l’air, avoir un dirigeable derrière la braguette, ça peut aider.

Never love alone