Gants Blancs du Diable

Les Gants Blancs du Diable – Enregistré en 1972 (France) – Eden Roc / Vadim music
Dans le club très fermé des bandes originales cultes, la bande originale « les Gants Blancs du Diable » dégage une profonde fascination et un charme inédit auprès de toutes les personnes qui ont eu la chance de pouvoir l’écouter.

Aux commandes de cet étrange vaisseau qu’est les Gants Blancs du Diable, un certain Karl-Heinz Schäfer. Arrangeur allemand discret, il officie dans l’ombre des studios français (pour entre autres Aznavour, Christophe, The Rockets, Claude Ciari…) avant de s’attaquer à la musique de film.

D’abord nègre de Michel Magne, c’est véritablement dans les années 70 qu’il s’épanouit artistiquement et qu’il s’impose comme un arrangeur et un compositeur indispensable. Son nom est tout d’abord lié à l’acteur réalisateur Laszlo Szabo pour qui il composera 2 de ses plus belles B.O dont l’insurpassé « les Gants Blancs du Diable ».

On retrouve dans ce disque de Karl Heinz Schaefer ce qui fait la spécificité de toute cette scène de petits maîtres français de la composition des années 70 : des rythmiques groove avec beaucoup d’effets sur la batterie, de nombreux breaks soulignés par un orgue planant, et une mélodie portée par des cordes mises en avant (comme sur les meilleurs albums de Gainsbourg, époque Michel Colombier), s’échappant parfois vers la musique contemporaine.

Dans cette B.O, Schaefer réussit avec brio à créer une ambiance « film noir », guitare sobre-contrebasse-batterie balais-xylophone, à la manière d’un Alain Goraguer en la mélangeant à des éléments psychédéliques, guitares fuzz-solos de Hammond – breaks de batteries (et même un morceau entièrement composé pour sitar).

Entre jazz félin, pop orchestrale malade, jerk opiacé ou funk lunaire, le score « les Gants Blancs du Diable » déploie tous ses charmes et semble tiraillée par des désirs de violence et d’apaisement, générateurs de toute la puissance dramatique du disque.

Gants Blancs du Diable
Les Gants Blancs du Diable

Puissance qui culmine dans les deux thèmes emblématiques du disque, Utopia et Couleurs, mélodies époustouflantes de finesse qui irradient tout sur leur passage. Une beauté tragique qui rappelle parfois les accents sombres de la BO La Planète Sauvage, autre grand trésor caché des années 70.

Longtemps resté indisponible, la BO « les Gants Blancs du Diable » fait parti de ces bandes originales oubliées, composées la plupart du temps de vignettes sonores dont tout le monde a oublié les images qu’elles illustraient. C’est dans ces morceaux de commande que nombre de musiciens de studio ultra doués mais toujours restés dans l’ombre ont pu expérimenter des sonorités, des rythmiques, des instruments nouveaux.

Gants Blancs du Diable
Les Gants Blancs du Diable

La musique « les Gants Blancs du Diable » dépasse largement le cadre (mineur) du film de Laszlo Szabo pour lequel elle a été écrite et s’affranchit totalement pour accéder au statut d’œuvre unique et totale.

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« Je ne veux plus considérer mon action que comme la mienne et non celle d’un parti où déjà diverses compromissions s’accumulent pour mieux se compromettent ensemble.

Je me propose donc seul, à la critique comme à l’éloge, sans parti ; et pour voir plus loin : sans pays, sans frontières et sans notion de nationalités. Si je dois déclarer la guerre c’est à la guerre, au nationalisme, à la division et au travail sans joie.

Mon autocritique m’amène à vous dire ceci : j’ai touché au jeu politique et mes mains se sont salies. Mais une nouvelle vision vient de m’être donné qui m’éclaire sur la route à suivre, et l’amertume, l’aigreur ou le goût du pouvoir que le jeu politique aurait pu me procure ont été remplacés par une vision d’un monde ludique d’où l’enfer que notre terre pourrait abriter serait possible à repousser.

Ainsi, le travail ne sera plus le but de la vie de l’Homme que je vous propose de créer mais bien plutôt l’accomplissement, l’épanouissement de chaque être ou chose qui voit le jour.

L’Homme libre, libéré, commencera par la surpression de l’Homme esclave, de l’Homme machine et de la bureaucratie. Supprimer l’impôt, les frontières, les monnaies, mettre à la disposition de tous, et sans condition aucune, tous les progrès, si l’on peut dire, que la technique peut apporter, me semble le premier devoir à remplir ; non par un homme ou un parti mais par l’ensemble de tous ceux qui voudront bien se convaincre à travers le monde que sans la libération de chaque individu il n’y aura pas plus qu’il n’y a jamais eu de libération non pas seulement des masses, mais massive de l’Homme. »

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