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Passé un peu inaperçu à sa sortie, éclipsé par le monumental « Swiss Movement » sorti la même année, sur lequel figure le saxophoniste Eddie Harris, « Much Les » se distingue de la discographie de McCann par son style soul jazz accompagné d’une subtile section de cordes qui fournit la saveur dominante de l’album. La ballade quasi mystique « Benjamin » n’aura pas échappé aux rappeurs marseillais IAM, samplée sur « C’est donc ça nos vies », titre de la B.O. de MaCT va craquer.

Compositeur, pianiste, chanteur, Les McCann se fait remarquer dans la marine américaine qu’il a rejoint en 1956 à San Diego. Pas pour ses états de service mais plutôt dans un concours de talent qui lui vaut une place dans le Ed Sullivan Show. Entre deux perm, il écume les clubs de jazz de San Francisco, découvre Miles Davis. Libéré de ses obligations militaires, McCann s’installe à Los Angeles et forme un premier trio « Les McCann Ltd », tourne dans les clubs locaux. Recommandé par Miles Davis pour jouer avec Cannonball Adderley, il décline.

Les McCann Much Les

Sa carrière décolle réellement en 1960 lorsqu’il signe sur le label Pacific Jazz. S’en suit une série d’enregistrements avec son trio (Leroy Vinnegar, Ron Jefferson, Les McCann) : Plays the Truth (1960), Django (1961)… Parallèlement, il collabore avec des artistes du label : Richard « Groove » Holmes, The Jazz Crusaders, Gerald Wilson Orchestra.

Il s’illustre dans un style soul jazz lâche inspiré du pianiste Erroll Garner, qui partage avec lui la même exubérance et les mêmes vocalises éclatantes.

En 1960 et 62, sa popularité lui permet de partager l’affiche du festival de jazz d’Antibes avec entre autre Ray Charles et Count Basie. L’année suivante, il fait une tournée européenne avec Zoot Sims et Charlie Byrd.

Il coproduit et partage la tête d’affiche du premier album de Lou Rawls, Stormy Monday (1962), participe aux albums de Stanley Turrentine, qui joue du sax sur In New York (1960) de McCann et McCann sur That’s Where It’s At (1962) de Turrentine.

Les McCann trio (1962)
Les McCann trio (1962)

Après un bref passage sur le label Limelight (filiale de Mercury Records), qui compte dans ses rangs Dizzy Gillespie, Rahsaan Roland Kirk et Art Blakey, Les McCann signe avec Atlantic Records en 1967, son premier contrat avec un grand label.

En 1969, Atlantic Records sort l’album Swiss Movement, sur lequel figurent McCann, le saxophoniste Eddie Harris, et le trompettiste Benny Bailey. Interprétée au festival de jazz de Montreux, l’album live inclut « Compared to what », et l’album et le single sont des succès majeurs dans le Billboard pop, atteignant le 35e rang dans le R&B Charts.

La même année, Much Les, sans Harris, frappe fort avec la ballade « With These Hands ». McCann est rejoint sur chaque morceau par son trio de l’époque, le bassiste Leroy Vinnegar (qui contribue à « Doin’ That Thing ») et le batteur Donald Dean, qui offre un soutien solide et décontracté.

Il n’aimait pas le studio. Les techniciens l’arrêtaient et lui disaient : « Prends 5 minutes ». Ou il était au milieu d’un enregistrement et les ingé son n’avaient plus de bande. Mais je savais comment l’enregistrer. J’ai fait les sessions de base avec son trio, puis j’ai ajouté des percussions latines avec Willie Bobo et Victor Pantoja. Ensuite, j’ai demandé à Bill Fischer d’écrire les cordes. Le titre « With These Hands » est devenu un tube.

Joel Dorn

La section des cordes fournit la saveur dominante de l’accompagnement de McCann ; sur les six pistes, elles apparaissent sur trois titres, des ballades soul-jazz telles que « Doin’ That Thing » qui lui donne presque un air de bande originale de film.

Les McCann
Les McCann

Sans verser dans le sentimentalisme, les cordes sont employées avec parcimonie et donne à ses compositions un son ample et fournissent un contrepoint aux solos minimalistes de McCann. McCann prête sa voix sur un seul titre « With These Hands ».

Quand je suis arrivé chez Atlantic, Nesuhi m’a dit : « On nous a proposé Les McCann, qu’en pensez-vous ? » Les avait la réputation d’être un pianiste de jazz commercial teinté de gospel, bla bla bla, et on s’en fout, mais je le connaissais des clubs. Je l’avais vu en live et remarqué la façon dont les filles réagissaient à son chant. Les femmes devenaient folles quand il chantait ces ballades. C’est comme ça qu’on a eu « With These Hands ». Quand il a eu fini les prises, j’ai fait venir Bill Fischer pour les arrangements de cordes. Les voulait faire quelque chose de grand sans tomber pour autant dans la mièvrerie.

Joel Dorn

Ailleurs, il transforme « Love for Sale » de Cole Porter en un groove soul-jazz propre à son style, et revient à ses racines gospel sur l’exubérant « Burnin’ Coal », un rythme simple et efficace ponctué de battements de mains et de saillies vocales.

Les McCann
Les McCann

McCann atteintra le sommet de sa popularité à Montreux avec son interprétation de « Compared to What » et « Cold Duck Time » sur l’album Swiss Movement. Dès lors, il se concentrera davantage sur sa voix tout en continuant à faire preuve d’un talent impeccable au piano.

Second Movement sorti en 1971, réunira à nouveau McCann et Harris. S’en suivront plusieurs enregistrements : Invitation to Openness (1972), le double disque Live at Montreux (1973) et Layers (1973) suivent. Les McCann sera l’un des pionniers du piano électrique, clavinet et synthétiseur, à commencer par cette œuvre qui est l’un des premiers albums de jazz électronique.

Sources : www.bluenote.com – www.blackpast.org – www.jazzmusicarchives.com – www.allaboutjazz.com – www.jazzweekly.com – www.discogs.com – www.allmusic.com

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