Bande originale de Midnight Cowboy

B.O. Midnight Cowboy – Enregistré en 1969 – USA – United Artists Records
Midnight Cowboy s’ouvre sur l’image d’un écran blanc et les bruyantes cavalcades d’une chevauchée fantastique. La caméra recule et le spectateur découvre un drive-in abandonné, les vestiges d’une dernière séance rythmée par les crissements d’un manège rouillé. Joe Buck est un jeune homme naïf originaire d’une bourgade du Texas devenue trop petite pour lui. Il décide de tenter sa chance à New York en devenant gigolo pour les riches ladies esseulées de Park Avenue.


B.O. de Midnight Cowboy

John Schlesinger a bâti son long-métrage en opérant un décalage constant entre la fiction et la réalité. On retrouve cette même distance dans la prodigieuse bande originale de Midnight Cowboy signée John Barry.

Le compositeur britannique a écrit cinq pièces instrumentales pour Macadam Cowboy, la plus célèbre étant son thème principal, « Midnight Cowboy », une valse mélancolique jouée à l’harmonica sur une lancinante rythmique country folk.

Pour Macadam Cowboy, nous avons repris une chanson qui existait déjà. « Everybody’s Talking » de Harry Nilsson, qui donne le ton à tout le film. Nous l’avons simplement réenregistré afin de modifier sa durée. Toutes les autres chansons ont été écrites spécialement pour le film. (John Barry)

John Schlesinger, le réalisateur insiste pour qu’aucune chanson ne soit utilisée quand elle n’apporte rien à la vision d’ensemble.

Confrontés à la caméra du réalisateur, les grands espaces de John Barry se transforment en monument de solitude urbaine, une déclinaison mélodique du spleen de Joe Buck, cow-boy solitaire au Stetson englouti par la foule new-yorkaise.

Quand nous avons commencé à réfléchir au film, il était dés le départ évident qu’il fallait un motif musical, c’est pourquoi j’ai composé le thème à l’harmonica dans lequel la contre-mélodie a plus d’importance que la mélodie elle-même. Elle donne cette sensation de répétition, comme si l’on tournait en rond, sans direction : le reflet des entrailles new-yorkaises. Pour la mélodie, je voulais quelque chose de très simple, le genre de morceau que n’importe quel paysan texan est capable de jouer. L’instrumentation était volontairement simpliste : douze guitares sèches, une boîte à rythme et un harmonica. Ainsi, le thème de Macadam Cowboy restait dans la lignée de la chanson de Nilsson. (John Barry)

Bande originale de Midnight Cowboy
Bande originale de Midnight Cowboy

La perversion des codes musicaux de la conquête de l’Ouest se poursuit avec « Joe Buck Rides Again ». L’instrumental épique illustre un tout autre genre de chevauchée quand l’étalon texan retrouve sa vigueur sexuelle perdue en compagnie de l’aguichante Brenda Vaccaro.

Sur « Florida Fantasy », John Barry donne dans le contre-emploi avec une rare incursion dans le registre comique. Une samba colorée défile dans l’imaginaire de Rico Rizzo (Dustin Hoffman), éclopé du Bronx rêvant d’ascension sociale et de parties de bingo sous le soleil de Miami.

Pour la séquence en Floride, nous voulions quelque chose de très gai. Je m’étais souvenu d’un sergent dans l’armée qui ne dessoûlait jamais et jouait du saxo ténor. Il jouait affreusement mal, mais, il se prenait pour un pro. Je lui dois de m’avoir inspiré pour cette séquence. J’ai utilisé un synthé Moog pour donner au morceau ce côté un peu désaccordé qui le rend étrange. (John Barry)

Bande originale de Midnight Cowboy
Bande originale de Midnight Cowboy – (John Barry)

« Science Fiction », le thème d’un nanar futuriste diffusé dans une salle de Broadway, recycle habilement « Capsule In Space », la marche spatiale du James Bond On ne vit que deux fois.

Pour la scène du cauchemar, j’ai utilisé d’autres éléments musicaux : quelques touches futuristes mêlées à des accords de vieilles berceuses texanes. Cela me semblait être l’expression musicale de ce que l’on pouvait voir à l’écran. Un moyen subconscient de projeter le spectateur à la place de Joe, au cœur d’une situation particulièrement horrible. (John Barry)

La seconde moitié de la bande-son de Macadam Cowboy aligne cinq chansons originales. Deux sont signées par The Groop, une formation baroque’n folk oubliée. « He Quit Me », chantée par Leslie Miller, est une des premières compositions de Warren Zevon, le songwriter caustique, auteur du tube « We’re wolves of London » en 1978.

Bande originale de Midnight Cowboy
Bande originale de Midnight Cowboy

On retrouvera le groupe Elephant’s Memory, interprète d’old Man Willow », derrière John Lennon lors de son come-back sur scène après la séparation des Beatles.

Si la séquence psychédélique du happening de Hansel et Gretel a marqué les anthropologues des années LSD, « Everybody’s Talkin' », la chanson du générique écrite par Fred Neil et interprétée par Harry Nilsson, reste dans toutes les mémoires. « I’m going where the sun keeps shining going where the weather suits my clothes », chante Nilsson en anticipant la ballade tragique de Joe Buck et Rico Rizzo. Une chanson légendaire qui faillit rester à tout jamais sur le plancher de la salle de montage : les producteurs avaient misé sur le viril « Lay, Lady Lay » que Bob Dylan ne soumettra pas à temps pour figurer dans le film.

Après avoir manqué le trip motorisé d’Easy Rider, Dylan restait encore une fois sur le macadam.

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CREDITS Midnight Cowboy : John Barry : compositeur, directeur artistique, interprète – Elephant’s Memory : interprétation de Jungle Gym At The Zoo et Old Man Willow – Wes Farrell : producteur de Jungle Gym At The Zoo et Old Man Willow – The Groop : interprétation de A Famous Myth et Tears And Joys – Leslie Miller : interprétation de He Quit Me – Harry Nilsson : interprétation de sur Everybody’s Talkin’ – Garry Sherman : arrangements et orchestration de He Quit Me – George Tipton : arrangements et orchestration de Everybody’s Talkin’

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