Enregistré entre 1993 et 1995 à Atlantis, Sing Sing and Metropolis Studios, Melbourne, Wessex Studios, London – Mute Records

En activité depuis l’orée des années 1980 avec The Birthday Party puis les Bad Seeds, Nick Cave était à la recherche d’un second souffle une douzaine d’années plus tard; sa poésie noire et son rock tranchant gagnent en popularité avec l’album «Let Love In» (1994), sur lequel il n’a pas réussi à caser le titre O’Malley’s Bar, chanson fleuve de près de quinze minutes retraçant le meurtre de sang-froid de tous les clients du bar en question.

D’où l’idée d’arranger autour du plat de résistance une série de titres parlant de tueurs, de flingues et d’autres dézinguages. Nick Cave va piocher dans le répertoire des chansons traditionnelles anglo-américaines (des « murder ballads », chansons folk datant du XVIIIe siècle et incluant d’horribles récits de massacres), et produire des compositions personnelles avec une seule thématique : faut que ça saigne !

C’est ainsi que l’on retrouve des airs folk célébrant les bandits de grands chemins et autres outlaws du Far West. Le légendaire « enculé de sa mère nommé « Stagger Lee », également célébré par James Brown et Wilson Pickett, apparaît dans une chanson éponyme, perpétrant des actes innommables envers les hôtes de l’auberge The Bucket of Blood.

Nick Cave prend plaisir à brosser une galerie de portraits de lycéennes meurtrières, d’épouses affolées et de tueurs en série.

Sur Henry Lee, Cave transcende le propos en invitant PJ Harvey (sa compagne de l’époque) à chanter avec lui, rendant le tragique de la situation (deux amants séparés par la mort) encore plus poignant.

Sur fond de rock jazzy sombre et menaçant, Cave explore la noirceur de l’âme humaine. Il Narre dans le détail le parcours de la jeune sérial killeuse Loretta (The Curse of Millhave) se transformant en mauvaise fée de 14 ans massacrant avec délectation les habitants de son village ou la vengeance de Crow Jane (vingt cadavres d’un coup).

Joyeusement effrayants, ses assassins n’ont ni but, ni remords, ni volonté de revenir en arrière. S’il renonce au jugement, Nick Cave cède parfois au romantisme, en particulier dans Where The Wild Roses Grow, sommet de cet album, sur lequel il emmène la star australienne par excellence, Kylie Minogue, reine des charts, catégorie pop sucrée. Les deux caractères (façon la Belle et la Bête) se répondent avec une justesse troublante sur ce titre qui, comme il se doit, se termine en crime passionnel.

Ces «Murder Ballads» auraient pu être chantées par Léonard Cohen ou Tom Waits. Ou encore Bob Dylan… dont Cave reprend Death Is Not The End avec ses musiciens et ses invités (PJ Harvey, Kylie Minogue, Shane MacGowan des Pogues) en conclusion de ces opus qui, en cinquante-huit minutes et dix chansons, ont la bagatelle de soixante-cinq victimes !

Disque atypique des Bad Seeds, Nick Cave attribuera le succès à la présence de Kylie Minogue, et répètera à l’envi que ce disque était une «pause» pour le groupe. Pourtant ce disque, qui s’achève par une reprise étonnamment tendre de Death is not the end de Bob Dylan, à laquelle participent P. J. Harvey et Shane MacGowan, est un titre qui force le respect dans la discographie du groupe.

Comment recevoir Murder Ballads… ? Comme une glorification pessimiste du meurtre ? Ou comme un succès commercial ? ce qu’il est. Non. Preuve en est : Cave reçut un MTV award pour « Where The Wild Roses Grow ». Quelques mois plus tard, il le refusa publiquement et, après avoir remercié la chaîne pour cette récompense, s’expliqua : « Je ne souhaite pas recevoir ce prix ni les éventuels futurs. Je préfère le laisser à ceux qui aiment la compétition qu’ils entraînent. Je me suis toujours vu comme quelqu’un d’individuel, qui fait ce qu’il aime, seul – en dépit de ceux qui essayent de résumer (et d’appauvrir) la musique pour mieux la mesurer. Je ne suis en compétition avec personne. » Et heureusement… Car qui pourrait lutter ?

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CREDITS : Nick Cave (chant+piano+claviers) – Blixa Bargeld (guitare+chœurs) – Mick Harvey (guitare+claviers+percus+basse) – Conway Savage (piano+claviers+chœurs) – Martin P. Casey (basse) – Thomas Wydler (batterie+percus+chœurs) – Jim Sclavunos (percus+batterie) –  Pj Harvey (chant) – Kylie Minogue (chant) – Hugo Race (guitare) – Shane Mcgowan (chant)

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