Nirvana Nevermind

Nirvana Nervermind – Enregistré entre le 2-19 mai 1991 au Studios Sound City, Van Nuys – DGC Records
En 1991 « Nevermind » inondait la planète de ses riffs inoubliables, propulsant nirvana au firmament. Une trajectoire incroyable, défiant les basiques du business : un groupe indé du fin fond de l’état de washington, totalement inconnu du grand public quelques mois auparavant, imposait le son et l’esprit du grunge à la planète rock.

Lorsque Nirvana entre en studio pour défricher les maquettes de Nirvana Nevermind en avril 1990, le fondateur de sa première maison de disques, Sub Pop, n’a aucun doute sur l’avenir des trois musiciens: “Ils vont être plus énormes que les Beatles ”, affirme-t-il au producteur qu’il tente de courtiser, Butch Vig.


Nirvana Nevermind

En huit jours, Kurt Cobain, Chris Novoselic et le batteur Chad Charming couchent sept titres (“Lithium”, “Dive”, “hi Bloom”, ‘Imodium”, ‘Pay To Play”, “Sappy” et ‘Tolly”). Mais la rythmique piétine et la tension monte entre Cobain et le batteur, trop fin, limite jazzy. Un soir, dans un club de Frisco, Cobain découvre le groupe hardcore Scream. Le leader de Nirvana est fasciné par l’homme derrière les fûts, un certain Dave Grohl. Une audition est organisée et en deux minutes le puzzle se met en place.

Pendant ce temps, Sub Pop fait circuler la cassette démo. Le 30 avril, Geffen mord à l’hameçon et offre 287 000 dollars d’avance au groupe. Puis rachète le contrat de Sub Pop (qui gardera néanmoins 2 % sur les ventes de “Nevermind”). Geffen est une major ambitieuse qui vise haut et voudrait faire produire Nirvana par un vétéran confirmé. On avance les noms de David Briggs (Neil Young) ou Scott Litt (REM). Mais Nirvana renâcle et impose Butch Vig au finish.

Avant même d’enregistrer, Cobain insiste pour passer cinq jours de répète à rejouer l’album Nirvana Nevermind, repassant chaque titre à la moulinette, transformant les morceaux dans le feu de l’action. “Smells Like Teen Spirit” notamment est complètement réarrangé et réduit de moitié.

Nirvana Nevermind
Nirvana Nevermind

Puis, en mai 1991, le groupe pose ses amplis chez Sound City, à Van Nuys (Californie). Le studio (l’un des préférés de Tom Petty) offre une immense pièce dans laquelle le groupe décide d’enregistrer en direct. La batterie est installée au centre, Kurt à droite, Novoselic à gauche. Les séances commencent tard, vers 14 heures et n’iront pas sans heurts. A force d’acharnement, Nirvana réussit à terminer toutes les rythmiques en six jours.

Dès qu’un obstacle semble insurmontable, Kurt ordonne une pause et entraîne les autres dans des reprises survoltées de vieux standards de Black Sabbath, Aerosmith ou Alice Cooper. Chaque nuit, le groupe fonce à Hollywood pour lâcher la vapeur.

Novoselic descend d’énormes quantités de Jack Daniel’s, tant et si bien qu’une nuit sa conduite erratique lui vaudra une arrestation immédiate. Ne sachant pas conduire, Kurt et Dave abandonnent le van et marchent trente kilomètres pour rejoindre leur hôtel.

Nirvana Nevermind
Nirvana Nevermind

Très vite Butch Vig va découvrir la face sombre de Kurt Cobain qui plonge régulièrement dans la mélancolie, reste prostré des heures et refuse de réenregistrer ses guitares au nom de ‘l’éthique punk ». Armé d’une guitare Mosrite pour gaucher et d’un simple ampli Mesa Boogie, le récalcitrant chanteur ne parvient pas à se plier aux exigences de la production. D’où cette impression de fulgurance qu’exulte Nirvana Nevermind.

Après des années de heavy metal circus, le trio réinsuffle une saine urgence et une virulence diaboliquement garage dans le rock. Tout dans le disque semble avoir été jeté au hasard, sans le moindre calcul. Kurt expliquera notamment que pour lui le riff de “…Teen Spirit” est incroyablement “con, un croisement entre ‘Louie Louie’ et le ‘More Than A Feeling’ de Boston, tout ça pour rendre hommage aux Pixies ”. Les voix de ce hit imparable sont enregistrées en trois prises — Vig combinera les meilleurs couplets de chaque, Kurt refusant tout net de se prêter à un quatrième essai.

Pour “In Bloom”, le groupe reprend à son compte le vieux procédé de Black Sabbath (réaccorder les guitares deux tons au-dessous pour obtenir un son « de totale malédiction »).

Nirvana Nevermind
Nirvana Nevermind

Pour “Come As You Are”, la basse nécessitera de longs réglages, passant par d’étranges pédales d’effets. Dégoûté par ces afféteries, Cobain chante les voix une fois et claque la porte du studio. Cette prise unique est celle du disque. A l’époque des démos, “Breed” s’intitulait “Imodium” (du nom d’un médicament anti-émétique). Ce titre est une explosion stoogienne, une défenestration totale, guitare déchiquetée à droite, batterie démolissant tout à gauche. Les voix sont un sommet de rage punk : “Je m’en fous ”, glapit quinze fois Kurt avant de hurler “Ça m’est égal ” puis “J’ai peur”.

Tout se termine sur cette énigmatique déclaration: “On s‘en cogne si on n’a pas de cerveau. “Lithium” sera l’un des moments les plus difficiles de tout l’enregistrement. Chanter ce titre laisse Kurt épuisé, vidé, dans un semi-coma. “Polly” est la version démo enregistrée dans le Wisconsin en une prise nocturne extrêmement tardive. ‘Territorial Pissing” est le grand brasier punk.

Enregistré avec la guitare branchée directement sur la console, ce titre deviendra la finale incontournable des concerts de Nirvana, le moment où le groupe libère ses penchants radicaux, torture et détruit ses instruments.

Nirvana Nevermind
Nirvana Nevermind

“Bleach”, le premier Nirvana avait été enregistré en 30 heures pour une facture de 606,17 dollars. Pour mettre bas “Nevermind”, Geffen débloque quelque 65 000 dollars. Ce qui n’empêche pas Kurt de renâcler lorsqu’une chanson comme ‘Drain You” demande plus de trois prises. Pour “Lounge Act”, le guitariste s’offre le luxe de tester un nouvel ampli, le classique Vox AC30. “Stay Away” est un vieux titre écrit par Cobain avant même sa rencontre avec Novoselic, lorsqu’il jouait avec les futurs Melvins dans le groupe Fecal Matter. Le hurlement final de Kurt ( “God is gay ”, Dieu est homo) provoquera force froncements de sourcils indignés dans la majorité silencieuse.

Sur “On A Plain”, une des chansons les plus mélodiques de “Nevermind”, Dave Grohl est enfin autorisé à chanter les harmonies derrière Kurt. Le finale, “Something In The Way”, chanson apaisée, sera enregistré au prix d’incroyables souffrances et finira par être capté live, dans la salle de contrôle du studio, avec un Cobain mélancolique, enfoncé dans un canapé, seul avec sa guitare acoustique. A sa demande, Butch Vig ajoutera une partie de violoncelle jouée par Dirk Canning, mari de la L7 Dee Plakass. Un treizième titre ravageur (“Endless, Nameless”) est planqué à 13 minutes 50.

Nirvana Nevermind
Nirvana Nevermind

Soucieux de rendre ce fracas le plus commercial possible, les gens de Geffen proposent de faire remixer les bandes brutes par divers grands noms du rock US. Cobain choisit Andy Wallace dont la production de Slayer ne l’avait pas laissé indifférent. Mais l’homme de l’art reconnaît n’avoir presque rien eu à faire, “tout étant là ”.

Le jour de sa sortie, ‘Nevermind” se vend à 50 000 exemplaires. MTV passe le clip de “…Teen Spirit” en rotation lourde et l’album est n°l le 11 janvier 1992. Il continue de se vendre et a dépassé les douze millions d’exemplaires. “Ce dont on ne s‘était pas rendu compte dans la folie de l’enregistrement, rumine sobrement Butch Vig, c’est l’impact qu’aurait ce disque.

Nirvana Nevermind a signé l’arrêt de mort de la scène metal. Immédiatement, toutes les maisons de disques se sont ruées à Seattle pour signer tous les groupes de la ville. Malheureusement — ou heureusement — il n’y avait qu’un seul Nirvana… ”

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CREDITS Nirvana Nevermind :

Kurt Cobain – chant, guitare
Dave Grohl – batterie, chœurs
Chris Novoselic – basse

Musiciens additionnels

Kirk Canning – violoncelle sur Something in the Way
Chad Channing – cymbales sur Polly et batterie sur les sessions aux studios Smart (édition Deluxe)

Équipe de production et artistique

Craig Doubet – assistant ingénieur, mixage
Spencer Elden – bébé sur la pochette
Robert Fisher – directeur artistique et design
Michael Lavine – photographie
Bob Ludwig – matriçage sur l’édition DeLuxe
Jeff Sheehan – assistant ingénieur
Butch Vig – production, ingénieur du son
Andy Wallace – mixage
Howie Weinberg – matriçage
Kirk Weddle – photo de couverture

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