Pink Floyd Dark Side Of The Moon

Pink Floyd Dark Side Of The Moon – Enregistré entre  juin 1972 – janvier 1973 aux studios Abbey Road (Londres) – EMI
Lorsque EMI publie The Dark Side Of The Moon le 24 mars 1973, d’innombrables fans du Floyd en ont déjà entendu des extraits. Peu d’entre eux se doutent que ces nouveaux titres de leur groupe fétiche se vendront à plus de 25 millions d’exemplaires et que Pink Floyd deviendra un dinosaure, un titan mondial, presque une marque déposée.

A l’époque de l’enregistrement de son chef-d’œuvre, Pink Floyd est encore un groupe underground planant qui compte toujours des rivaux comme Soft Machine et voit pointer sur sa gauche une turbulente jeune génération (Genesis. Yes). Mais les musiciens n’ont aucun doute sur le futur impact de leur huitième LP.

Point de départ du projet: une chanson du même titre (rebaptisée finalement « Brain Damage ») composée par Waters vers la fin des séances d’enregistrement de Meddle. Le bassiste propose de bâtir autour d’elle un ensemble de morceaux qu’il conçoit comme une « méditation sur les pressions de la vie moderne et la folie » et une « manifestation d’empathie » avec le reste de l’humanité.

Le quatuor se réunit quotidiennement dans son local de répétition pour de longues séances de travail, studieuses et productives, au cours desquelles il peaufine les démos concoctées par Waters dans son home-studio: c’est ainsi que « Time », « Money » ou encore « Breathe » (qui n’a de commun avec la chanson du même titre sur la b.o. de The Body que la première ligne de son texte) trouveront leur forme définitive.

Le groupe puise aussi dans ses archives, ressuscitant une vieille séquence d’accords de Rick Wright (composée pour Zabriskie Point mais non retenue par Antonioni) qui, agrémentée d’un texte, deviendra « Us And Them ».

De nombreux morceaux sont joués, testés et modifiés lors de concerts autour de l’Europe avant et durant l’enregistrement. Appelé dans un premier temps “The Eclipse”, le disque est notamment donné comme une suite lors d’une mémorable semaine de concerts au Rainbow de Londres.

Tel que dévoilé au public en ce début 1972, Dark Side Of The Moon présente déjà une physionomie très proche de la version définitive, à quelques différences près toutefois : il lui manque encore son final, « Eclipse », tandis qu’en lieu et place des futurs « On The Run » et « Great Gig In The Sky », on trouve des séquences instrumentales complètement différentes.

Pink Floyd Dark Side Of The Moon
Pink Floyd Dark Side Of The Moon

Enregistrant au mythique studio d’Abbey Road au long de l’été 1972, Pink Floyd est à la croisée des époques. La technologie elle-même change. “Dark Side” sera notamment le premier enregistrement rock à bénéficier à la fois du tout récent 16 pistes et du fameux système Dolby. Ce sera également (et tristement) l’une des dernières réelles collaborations entre Roger Waters et David Gilmour (le premier peaufinant textes et concepts, le second arrondissant la musique).

 

Pink Floyd Dark Side Of The Moon
Pink Floyd Dark Side Of The Moon

Clairement, “The Dark Side Of The Moon” tombait impeccablement pour devenir le fétiche d’une génération grande consommatrice de matériel hi-fi (autre nouveauté) et avide d’effets stéréo stupéfiants. Jusque-là, les disques du Floyd avaient été de tempétueux édifices soniques dont certains critiques ne s’étaient pas privés de souligner la vanité quelque peu formelle.

Bien décidé à clouer le bec de ces mécréants, Roger Waters, déjà fasciné par le sort de son vieux compagnon Syd Barrett, écrit la plupart de ses textes autour d’un thème unique : l’aliénation Inspiré, le bassiste descend aux tréfonds du cérébral, démontrant avec une minutie clinique que de petits événements apparemment anodins peuvent pousser l’humanoïde en zone de folie totale. Paranoïa, schizophrénie, dépression…

Pink Floyd Dark Side Of The Moon
Pink Floyd Dark Side Of The Moon

Depuis des années, armé d’un gros magnétophone, le batteur Roger Mason “collectionnait les sons ”, les Floyd en glisseront beaucoup au milieu de leurs quatre instruments tournant à plein régime. Bruits de tiroir-caisse de “Money” certes, mais aussi horloges, sonnettes, pendules et comtoises qui déchirent ‘Time”. Et bruits de course, avions, explosions. Jusqu’au vieux portier d’Abbey Road, un certain Jerry Driscoll qui, enregistré un jour par Waters, décrète sur un fond de batterie imitant une cardiaque : « Il n’y a pas de face cachée de la Lune. En fait, tout est toujours caché ». Des mots simples, prononcés par un vieux cockney débonnaire mais qui, mixés dans un fracas technologique, interpelleront une génération au point de faire du Floyd son groupe culte.

Pink Floyd Dark Side Of The Moon
Pink Floyd Dark Side Of The Moon

Très en verve, les musiciens poussent leur ingénieur Alan Parsons (qui lui-même plus tard fera ses disques progressifs) à tripatouiller les sons. Pour obtenir des chœurs désincarnés, irréels et presque chétifs, Parsons fait chanter les Floyd dans deux micros à la fois, un en phase, l’autre hors phase, obtenant ainsi les fameuses voix téléphone.

Sur “On The Run”, le synthétiseur VCS3 est utilisé comme échantillonneur— une première. Les Beatles sont souvent cités, naturellement. On distingue des échos lointains de “Dear Prudence” sur “Brain Damage” et le riff de “I Want You (She’s So Heavy)” réapparaît dans “Eclipse”. Tribut inconscient ? Influence du studio ? Volonté de dépasser les plus grands ? Gilmour et Waters n’ont jamais daigné s’exprimer sur ce sujet..

Pink Floyd Dark Side Of The Moon
Pink Floyd Dark Side Of The Moon

L’un des plus intenses moments du projet reste la fin de la première face du vinyle, “Great Gig In The Sky”, morceau instrumental de Richard Wright sur lequel apparaît la chanteuse gospel Gare Tony dans un invraisemblable looping vocal qui laissera des générations de planeurs scotchés aux tweeters de leur chaîne stéréo. Découvrant avec stupéfaction qu’elle n’avait aucun texte à chanter, la réticente diva se laissa pourtant aller à cette mythique contribution solo. Semblablement la partie de saxo de Dick Parry sur “Money » marque la première irruption d’un instrument solo autre que la guitare ou le clavier dans le format floydien.

La fameuse pochette Hipgnosis porte la fameuse mention produced by Pink Floyd, mais le mixage final devint tellement épineux que EMI imposa au groupe la visite d’un certain Chris Thomas (champion du rock arty qui avait négocié des œuvres majeures pour Procol Harum — on le retrouvera produisant Roxy Music, The Pretenders et même les Sex Pistols). A ce jour, l’homme de l’Art reconnaît s’être cantonné dans un modeste rôle d’arbitre entre les factions voix (Waters) et musique (Gilmour).

Pink Floyd Dark Side Of The Moon
Pink Floyd Dark Side Of The Moon

Dès sa sortie, The Dark Side Of The Moon fascine les foules. Catapulté par l’imparable “Money”, l’album reste classé dans les 40 meilleures ventes de Billboard pendant une période record de 736 semaines.

Avec plus de 24 millions d’exemplaires vendus, “The Dark Side Of The Moon” reste un classique rock qui ne vieillit pas. Son utilisation étant diverse et variée. Bien sur, le public audiophile a joué un rôle non négligeable dans ce succès, mais une enquête du Melody Maker prouva également que le disque était considéré par beaucoup comme… idéal pour faire l’amour.

En tout cas, “The Great Gig In The Sky” reste un must des bars à go-go girls de notre petite planète. Quelque peu amer, Roger Waters tourne enfin dans l’Amérique profonde, jouant devant des foules de plus en plus énormes. Bruyamment, les nouveaux fans réclament “Money” pendant les passages d’accalmie musicale, ce qui agace prodigieusement le sardonique bassiste. Ne déclarait-il pas en 1987 : “ The Dark Side Of The Moon ‘ signa la fin du groupe, Après ça, nous n’avions plus rien à prouver. ”

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CREDITS :

David Gilmour – guitares, pedal steel, synthétiseurs, chant, chœurs
Nick Mason – batterie, percussions, effets sonores
Roger Waters – guitare basse, synthétiseurs, effets sonores, chant, chœurs
Richard Wright – piano, orgue Hammond, synthétiseurs, chant, chœurs

Dick Parry – saxophone ténor (sur Money et Us and Them)
Clare Torry – chant (sur The Great Gig in the Sky)
Leslie Duncan, Barry St. John, Liza Strike, Doris Troy – chœurs
Pink Floyd – producteurs
Alan Parsons – ingénieur du son
Peter James – ingénieur du son
Chris Thomas – mixage

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