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What Color Is Love (Terry Callier), un chant capiteux charriant des trésors d’humanité

Never love alone
What Color Is Love (Terry Callier), un chant capiteux charriant des trésors d’humanité Posted on 16 février 20191 Comment
Never love alone

Terry Callier What Color Is Love – Enregistré en 1973 – RCA Studios Chicago, Illinois – Chess records
Contrairement aux réussites de ces artistes Chess, les premiers travaux de Callier restent confidentiels. La faute à une étiquette folk trop restrictive, mais également la conséquence d’un acte indélicat faisant partie des «  traditions »  du music business des années 1960 : The New Folk Sound Of  Terry Callier, son premier album solo, ne sera publié par l’enseigne Prestige qu’en 1968, soit quatre ans après sa réalisation initiale.

 


Terry Callier What Color Is Love

Samuel Charters, le directeur, s’est envolé entre-temps au Nouveau-Mexique avec les recettes du label et les bandes du LP. Une première expérience désastreuse pour le songwriter Terry Callier,  qui devra attendre la décennie suivante pour véritablement démarrer sa carrière discographique.

Sorti en mars 1973, What Color Is Love, le troisième album de Terry Callier dévoile d’entrée ses ambitions avec la vertigineuse suite orchestrale de Dancing Girl.

Déclinées en trois mouvements, les neuf minutes de Dancing Girl s’ouvrent sur un délicat arpège de guitare acoustique, puis intègrent progressivement une section rythmique enrichie de cuivres et de percussions avant de se refermer sur une tempête de cordes hivernales dirigées par Charles Stepney. Producteur de l’album, ce dernier signe avec What Color Is Love l’une de ses plus grandes réussites.

Les orchestrations quasi cinématographiques de What Color is Love, de Just As Long As We’re In Love et de I’d Rather Be With You procurent un écrin soyeux à la voix chaude et ample de Terry Callier.

Situé en fin de première face, You Goin Miss Your Candyman conjugue un texte minimaliste digne des premiers bluesmen avec des percussions afro obsédantes et une ligne de basse hurlante jouée par Louis A. Satterfield.

« You’re gonna miss when I’m gone », supplie ad lib Terry Callier dans un final apocalyptique où le dépit amoureux rejoint la menace. Une monument folk/soul/funk que les rappers de Urban Species sampleront allègrement sur leur hit Listen, en 1994. What Color Is Love referme ses portes sur un instrumental dominé par les guitares de Phil Upchurch et de Terry Callier, où des chœurs féminins angéliques entonnent un You Dont Care collectif.

What Color Is Love (Terry Callier)
Terry Callier What Color Is Love

Une conclusion aussi superbe que désolée, à l’image du regard distant et soucieux de l’amazone lascive ornant le magnifique artwork signé Joël Brodsky, ancien photographe officiel de Stax et auteur des fameux clichés torse nu de Jim Morrison et de la couv’ de «Maggot brain».

Se jeter à corps perdu dans la musique a toujours été le but de Terry Callier. Comme chez son idole Coltrane, il semble nécessaire d’atteindre, d’une manière ou d’une autre, un certain degré d’intensité et d’intégrité.

Malgré des critiques encourageantes, l’art de Callier semble trop subtil, ou trop diplomate, pour une époque dominée par les points de vue politiques et musicaux plus tranchés d’un James Brown, d’un Sly Stone ou d’un Stevie Wonder.

Si dans le monde de Terry l’amour ne semble pas avoir de “couleur”, l’air du temps lui se charge bel et bien d’en révéler une sans nuances, celle que revendiquent haut et fort les mouvements radicaux comme le Black Panther Party.

Dans ce contexte, Terry Callier devient inaudible. Cette impuissance, il la traduira explicitement dans un album intitulé I Just Can’t Help Myself (1975) avant d’être jeté par label Cadet. Suivent d’autres tentatives pour Elektra – Fire on Ice en 1978 et Turn You To Love, un an plus tard – toutes aussi vaines.

Terry Callier What Color Is Love
Terry Callier What Color Is Love

Découragé, Terry Callier range sa guitare et ses chansons pour se reconvertir en informaticien, tout en suivant le soir des cours de sociologie en vue d’obtenir un diplôme d’enseignant. Pendant une bonne partie des années 80, il végétera ainsi, employé anonyme dont les collègues ignorent totalement le secret de cette carrière non aboutie et si peu récompensée. Jusqu’à ce que l’Angleterre, son tropisme jamais soigné pour la soul underground, se manifeste par l’entremise d’Eddie Pillar, boss à gros flair du label Acid Jazz qui réédite un de ses albums et introduit dans la boucle des discothèques de Londres et de Bristol cette voix aussi désarmante que captivante.

Et c’est comme si le monde en pleine ébullition de l’électro britannique n’attendait que lui. Il y aura d’abord Beth Orton qui invite Callier sur son EP, Best Bit. Et bientôt tout un aéropage de DJ’s qui s’intéresse à cet oublié. Sa chanson Love Theme From Spartacus va ainsi faire l’objet d’une dizaine de remix réunis sur deux EP qui sortiront en même temps que l’album Time Peace en 1998 pour le label Verve.

C’est l’heure d’un inespéré retour en grâce, et d’une injustice réparée. Entre la réédition de ses albums et l’enregistrement de nouveautés comme Lifetime ou Hidden Conversations, le dernier album en date coécrit et coproduit par Massive Attack, Terry Callier aura finalement eut le temps de se sentir admiré. Et aimé.

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CREDITS Terry Callier What Color Is Love : Donald Myrick* : saxophone alto – Kitty Haywood, Shirley Wahls, Vivian Harrell : choeurs – Louis A Satterfield*: basse – Alfred Nalls : bongo – Karl B. Fruth*, Leonard Chausow : violoncelle – Alfred Nalls, Fred Walker : congas – Donny Simmons*, Morris Jennings : batterie – Charles Stepney : piano électrique – Donald Myrick* : flûte – Phil Upchurch, Terry Callier : guitare – Cyril Touff : harmonica – Edward Druzinsky : harpe – Ethel Merker, Paul Tervelt : cor – Bobby Christian, Fred Walker : percussion – Charles Stepney : piano – Arthur Hoyle, John Howell : trompette – Arthur Ahlman*, Bruce Hayden, Harold Klatz*, Harold Kupper, Roger Moulton : alto – Elliot M. Golub, W. Zlatoff-Mirsky*, Irving Kaplan, Jerry Sabransky, Joseph Golan, Ruth Goodman, Theodore Silavin, William Faldner : violons – Charles Stepney : producteur, arrangeur, chef d’orchestre – Brian Christian, Gary Starr, Roger Anfinsen : ingénieurs du son – Evelyn Greco : supervision

Never love alone

1 comment

  1. Je viens de découvrir Terry Callier, je suis resté bouche bée devant la qualité de cet artiste. Je suis très sensible à la qualité musicale et la maitrise que Terry dénote dans cet opus. Ce qui doit être au chaud y est bien et ce qui rafraichi est aussi à sa place.

    Merci pour ce moment d’émotion, alors si vous avez autre chose à me proposer : Welcome !

    Bonjour à toute l’équipe…

    Ps si vous venez au Maroc, vous serez les bienvenus.

    Hassan

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