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Morrison Hotel (The Doors), entre blues éraillés et ballades vaporeuses

Never love alone
Morrison Hotel (The Doors), entre blues éraillés et ballades vaporeuses Posted on 19 octobre 2020Leave a comment
Never love alone

The Doors Morrison Hotel – Enregistré entre novembre 1969 – Janvier 1970 au Studio Elektra Sound Recorders, Los Angeles, California – Elektra Records
En 1969, les Doors déboussolent leurs fans en changeant leur fusil d’épaule avec The Soft Parade. Sur cet album moins viscéralement rock’n’roll, Jim Morrison ne signe que la moitié des compositions et le guitariste Robbie Krieger prend l’ascendant côté plume et étoffe même l’instrumentation du groupe californien. Un an plus tard, Morrison Hotel rassure tout le monde avec un comeback aux fondamentaux doorsiens.

Été 69, The Doors est un groupe en suspens. Morrison, Manzarek, Krieger et Densmore ne donnent plus de concerts en raison des poursuites judiciaires engagées au lendemain des provocations de Morrison au Dinner Key Auditorium de Miami… Entre déboires juridiques, confusion psychique et délabrement physique, Jim Morrison traverse 1969 sur le mode du désenchantement et de la rédemption. Débarrassé des oripeaux du Roi Lézard, après la mise à mort du personnage sur la scène du Dinner Key Auditorium, à Miami, il ne fait plus de la musique une priorité, et c’est libre de toute pression qu’il aborde l’enregistrement du cinquième album de The Doors Morrison Hotel, dont les séances débutent en novembre dans un climat enfin apaisé.


The Doors Morrison Hotel

C’est en se promenant avec sa femme dans les rues de Los Angeles que Ray Manzarek remarque cet hôtel situé au 1246 South Hope Street. Un hôtel du nom de Morrison Hotel. L’occasion est trop belle, Manzarek en parle aux autres, le groupe et un photographe (le fameux Henry Diltz) s’y rende.

Ils demandent au propriétaire s’ils peuvent prendre la façade en photo. Refus du proprio. Qu’à cela ne tienne, ils entrent, discrètement, et se glissent derrière la vitre, demandant au photographe de les immortaliser, rapidement, une fois le propriétaire hors de vue.

La photo est celle présente sur le recto de pochette de The Doors Morrison Hotel, cinquième opus studio des Doors, sorti en février 1970, enregistré en novembre de l’année précédente (sauf deux chansons plus anciennes), et portant le nom de Morrison Hotel. Enfin…non, l’album en réalité s’appelle Hard Rock Cafe – Morrison Hotel.

The Doors Morrison Hotel
The Doors Morrison Hotel

Soudés par des compositions déjà rodées sur scène, les musiciens renouent avec l’esprit garage et la spontanéité de leurs débuts, lorsqu’ils se faisaient les dents sur de vieux standards de blues.

De son côté, loin des afféteries de The Soft Parade, Paul Rothchild a remisé violons et trompettes, ne s’en remettant qu’à quelques parties de basse (Ray Neapolitan, Lonnie Mack) et d’harmonica (John Sébastian) pour étoffer le son du groupe.
Scindé en deux parties, l’une baptisée « Morrison Hotel », l’autre « HardRock Café », l’album joue habilement de cette dualité, entre blues éraillés et ballades vaporeuses.

Roadhouse Blues donne ainsi le ton, avec son riff charnu, son piano bastringue et son harmonica débridé. Comme sur ce titre fortement influencé par Krieger, l’album fait la part belle aux riffs bluesy (Roadhouse blues, The spy, Maggie M’ Gill), country (Ship of fools, Land Ho !) et pur rock’n’roll (You make me real, Queen of the Highway). La six-cordes est reine sur quasiment tous les morceaux. Manzarek est plutôt discret, et c’est clairement le guitariste qui mène la barque. Il est d’ailleurs crédité comme co-auteur sur 5 morceaux.

The Doors Morrison Hotel
The Doors Morrison Hotel

Le disque ne se cantonne pas à une succession de riffs southern-rock. La couleur générale bluesy est souvent matinée d’ambiances californiennes. Aux rythmes effrénés de plusieurs titres, succèdent l’atmosphère chaude et estivale de Blue sunday et Indian Summer. Jim Morrison enfile son vieil habit de crooner, sa tessiture de baryton se jouant avec grâce d’une orchestration squelettique.

La mélancolie typiquement Morrisonienne est aussi bien présente sur The spy, ou Jim chante à nouveau avec ce timbre à la fois sauvage et sensuel, si caractéristique des meilleurs morceaux du groupe.

Ship of fools et Land Ho ! donnent l’envie irrésistible d’enfourcher une grosse cylindrée pour aller parcourir les routes de Californie et d’ailleurs. Mais s’il y a un titre dédié à la vitesse qui grise, c’est bien Queen of the highway, standard rock, qui offre tout de même un pont jazzy au beau milieu, comme seuls les Doors savent le faire.

The Doors Morrison Hotel
The Doors Morrison Hotel

Deux chansons ne datent pas des sessions de Morrison Hotel, mais sont plus anciennes. Il s’agit d’Indian Summer, qui date de 1966 (sessions du premier album, The Doors) une ballade poétique envoûtante et, bien sûr, Waiting For The Sun, qui date de 1968 et des sessions de l’album du même nom (le groupe appellera l’album Waiting For The Sun, mais ne conservera pas cette chanson au final.

Plus solidement charpenté, le reste de l’album s’inscrit dans un registre souvent funky, à l’image de You Make Me Real, Maggie M’Gill ou Peace Frog, une composition de Robby Krieger agrémentée d’un texte militant de Morrison, au détour duquel le chanteur évoque un accident de la route dont il a toujours affirmé avoir été témoin enfant, vision furtive d’Indiens gisant sur le bitume et de fantômes sanglants.

The Doors Morrison Hotel
The Doors Morrison Hotel

Illustrée d’une photo prise à la dérobée par Henry Diltz, la pochette immortalise le groupe dans la vitrine du Morrison Hotel, un asile de nuit des quartiers déshérités de Los Angeles. Au premier plan, les traits bouffis et le regard vide, Jim Morrison semble déjà ailleurs. Il ne lui reste qu’un peu plus de dix-huit mois à vivre.

Sorti en octobre 2020 à l’occasion des 50 ans de l’album, Rhino records a réédité l’album original remasterisé par Bruce Botnick (l’ingé son attitré des Doors), ainsi qu’un disque bonus avec de nombreux inédits (19 titres) enregistrés lors des sessions : prises alternatives, arrangements différents, faux-départs et conversations entre les membres du groupe et le producteur Paul Rothchild.

Source : https://textes-blog-rock-n-roll.fr – www.rollingstone.fr – www.goldminemag.com

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