Winter In America (G. Scott-Heron)

Gil Scott Heron Winter In America – Enregistré les 4-5 septembre et 15 octobre 1973 (Silver Spring, Maryland – USA) – Strata-East Records
En 1973, Gil Scott-Heron vient d’enregistrer deux albums pour Flying Dutchman, Pieces Of A Man et Free Will, qui comptent parmi ses plus réussis. Mais le torchon brûle avec Thiele. Après que le producteur a refusé de faire figurer à côté de son nom celui de son alter ego de toujours Brian Jackson, Gil prend ses cliques et ses claques et enregistre avec Brian un album pour Strata East, un petit label indépendant fondé par Charles Tolliver et Stanley Cowell sur la côte Est.

Sorti en 1974 et premier album cosigné avec Brian Jackson, Gil Scott Heron Winter In America enfonce le clou avec un portrait sans complaisance de la décadence économique américaine (la plage titre).


Gil Scott Heron Winter In America

Dans une interview de 2013, Brian Jackson se souvient du contexte de la genèse de l’album : « C’était le début d’une époque pessimiste. George Orwell a écrit « 1984 ». Tout ce qu’on voyait à l’époque c’était comme si 1984 était sur le point de devenir une réalité. En fait c’était déjà là. Mais ça nous a pris un certain temps pour en prendre conscience ! C’était une période dans laquelle il y avait tout de même de la positivité émanant des mouvements d’émancipation, les manifestations anti-guerre du Vietnam de la fin des années 60 et du début des années 70. Mais le gouvernement de Nixon a tout fait pour étouffer beaucoup de mouvements contestataires. Les choses ont changé. On sentait la rupture, le changement froid dans l’air. C’est de ça que « Winter in America » parle. »

gil scott heron the bottle
Gil Scott Heron Winter In America

Des chansons telles que Rivers of my father et Very Precious Time, magnifiquement chantées par Scott-Heron, et accompagnées par les claviers subtils et discrets de Jackson possèdent une atmosphère décontractée et spirituelle.

Le duo offre ensuite deux morceaux rythmés, Back Home et The Bottle, description prophétique de l’aliénation croissante des plus défavorisés aux opiums généreusement fournis au peuple par les adeptes du Diviser pour mieux régner. Devenu un succès underground, il contient une contribution mémorable de Jackson à la flûte.

« Brian et moi avons presque tout enregistré seuls. Je crois que c’est Bruce qui nous a proposé d’enregistrer au studio D&B Sound (Silver Springs). Le studio était minuscule mais l’atmosphère y était «cosy». La salle principale était si petite que quand nous devions enregistrer Brian et moi, l’un de nous deux devait sortir dans le couloir pour la prise. Ma voix sur « Bobby Smith » et « A Very Precious Time » ainsi que la flûte de Brian sur « The Bottle » et « Your Daddy Loves You » ont été enregistrés dans le couloir juste à coté de la fontaine à eau ».

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Gil Scott Heron Winter In America

Sur H20 Gate Blues, Gil Scott-Heron dénonce pendant plus de 8 minutes l’aveuglement de l’Amérique en faisant le bilan du mandat de Richard Nixon : blanchiment d’argent pour financer sa réélection, écarts grandissants entre riches et pauvres, ségrégation raciale, intimidation de la presse… Gil Scott-Heron le fait avec une scansion qui plante les racines du hip-hop et sans les travers rhétoriques du discours militant. Il garde les rires de ses musiciens pendant l’enregistrement. Ce »H2O Gate Blues » pourrait être le brio d’un griot, qui parlerait accoudé au comptoir. Dans le morceau, le poète mime un appel téléphonique où il tombe sur le répondeur de la Maison Blanche. « Désolé, le gouvernement que vous avez élu est inopérant ».

Ceci explique peut être pourquoi Winter In America est le plus intimiste des albums enregistrés par la paire, et aussi l’un de ses plus précieux.

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Gil Scott Heron Winter In America

Winter In America mélange critiques acerbes et mélodies pleines d’émotion : Gil Scott Heron est à la fois rude et tendre mais partage son point de vue. Colère Justifiée, agrémentée d’esprit, d’intelligence, et de jeux de mots bien construits : pas étonnant que les textes de Gil Scott Heron aient eu un effet aussi profond sur des rappeurs à la conscience politique comme Public Enemy ou Disposable Heroes of Hiphoprisy.

La parenthèse Strata East ne dure pas. Le label accorde la plus grande liberté de ton à ses artistes mais dispose d’un réseau de distribution insuffisant, et Gil refuse de se satisfaire d’un succès d’estime.

Lors d’un concert du Midnight Band, leur nouveau groupe, Gil et Brian sont approchés par Clive Davis, un jeune loup aux dents longues qui ne va pas tarder à se faire un nom dans l’industrie du disque. Il les accueille sur son tout nouveau label Arista. C’est le début d’une relation féconde, puisqu’en l’espace de huit ans ce n’est pas moins de dix albums qui sortiront.

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CREDITS Gil Scott Heron Winter In America : Bob Adams : Trap Kit – Danny Bowens : Basse Fretless – Brian Jackson : Piano, Clavier, Voix, Flûte – Gil Scott-Heron : Guitare, Piano, Clavier, Voix – Vera Savcic : Producteur – Adam Shore : Producteur – Malcolm Cecil : Ingénieur du son, Remastering – Scott Townsend : Design – Jose Williams : Ingénieur du son

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PISTES :  1. Peace Go With You, My Brother (As-Salaam-Alaikum) 5:30 – 2. Rivers Of My Fathers 8:29 – 3. A Very Precious Time 5:13 – 4. Back Home (Scott-Heron) 2:50 – 5. The Bottle (Scott-Heron) 5:14 – 6. Song For Bobby Smith (Scott-Heron) 4:42 – 7. Your Daddy Loves You (Scott-Heron) – 2:57 – 8. H2O Gate Blues (Scott-Heron) – 8:23 – 9. Peace Go With You Brother (Scott-Heron / B. Jackson) 1:11

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