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Gilberto Gil Refavela – Enregistré en 1977 – Philips records
Nombreuses sont les rencontres qui ont conduit à Refavela. La rencontre avec le Nigeria, à Lagos, lors du 2e Festival mondial d’art et de culture noirs ; la rencontre avec Fela Kuti, la musique jújú, l’afrobeat, le highlife et les percussions yoruba ; la rencontre avec les blocs de carnaval de Salvador, Ilê Ayê et Filhos de Gandhy ; et la rencontre avec le funk et la soul du mouvement Black Rio. Mais ce qui a finalement guidé toute la production et la composition de ce classique, c’est la rencontre intense de Gilberto Gil avec son ascendance africaine. Sorti en 1977, Refavela est rarement mis en avant parmi les nombreux albums de Gilberto Gil. Il n’est peut-être pas le meilleur de sa riche discographie mais occupe une place à part dans son œuvre.

En 77, Gilberto Gil a déjà quinze ans de carrière derrière lui. Premier 45 Tours en 1962, fers de lance de la révolution tropicaliste avec Caetano Veloso en 67, exilé à Londres de 69 à 72, signe son chef d’œuvre Expresso 2222 en 73. Les années suivantes, il sort principalement des 45 Tours jusqu’en 1975 où il lance le premier volume de sa Trilogie en Re, Refazenda. Gilberto Gil Refavela est le deuxième volet de cette trilogie, le troisième Realce. Des trois albums de cette trilogie, c’est Realce, sorti en 1979, qui connaitra le plus gros succès commercial, notamment pour son indémodable tube « Toda Menina Baiana ».


Gilberto Gil Refavela

C’est aussi à ce moment qu’il commence à reprendre Bob Marley, chantant « No Woman No Cry ». Peut-être y devine-t-on aussi les prémices de sa période « Earth Wind », pas la plus heureuse de sa carrière.

Un événement va déclencher le processus de création de Refavela. Gil est invité au 2ème FESTAC, le Festival Mondial d’Art et de Culture Noire qui se déroule en janvier 1977 à Lagos. « L’idée d’enregistrer un nouvel album est venue au Nigéria », reconnait-il. Caetano Veloso, également invité du FESTAC, sera lui aussi très inspiré par cet épisode nigérian sur l’album Bicho (1977), le morceau « Two Nairas Fifty Kobos » y faisant directement référence…

Le FESTAC c’était une grande fête. Avec presque 50 000 personnes qui représentaient différents pays d’Afrique et de la diaspora. C’était magnifique ! Un mois entier, on était ensemble, réunis pour chanter, jouer, danser, fêter, exposer nos idées politiques… Après, j‘ai eu l’idée de faire l’album pour rendre hommage à tous ceux qui étaient à ce festival. J’y ai rencontré King Sunny Ade et, pour la 1re fois, le tout jeune Stevie Wonder. Fela aussi. Presque tous les soirs, il y avait une fête au Shrine avec la mama, les épouses, les fils et les invités qui arrivaient de partout pour partager avec lui la musique et la résistance. L’atmosphère était très agréable. D’une grande intensité, et riche en émotions. J’étais déjà beaucoup intéressé par les origines africaines du Brésil. Cette occasion m’a offert l’opportunité de consolider ce sentiment, de partir de ce sentiment pour faire quelque chose en plus. Le titre de l’album signifie ça, ce « plus » — là : en fait, une prise de conscience.

Gilberto Gil
Gilberto Gil Refavela
Gilberto Gil Refavela

Dans le cas de Gil, la plupart des morceaux furent d’ailleurs composés lors du séjour. C’est le cas, par exemple, de « Aqui e Agora », « Refavela » ou « Balafon ». Pour ce dernier, « j’ai rapporté un balafon typique du Golfe de Guinée et j’ai écrit le morceau », raconte-t-il.

Il y avait d’abord une dimension physique. Car l’endroit où tous les artistes étaient logés (au FESTAC), c’était une construction moderne, comme celles que le gouvernement construisait pour les pauvres au Brésil, et qui étaient très à la mode à cette époque. C’est ce qui m’a donné l’idée de faire la comparaison entre la situation africaine, sa pauvreté, le rôle de l’État qui essaye d’aider la population, et la situation brésilienne qui était un peu pareil. Le titre « Refavela » a donc aussi ce côté sociologique.

Gilberto Gil

Figurent également sur l’album des titres composés un peu plus tôt. « Era Nova », écrit pour Roberto Carlos qui ne l’enregistra finalement jamais, et « Sandra ». Si c’est le nom de sa femme, appelée à la fin du morceau, celui-ci est une évocation à mots couverts de son passage, quelques mois plus tôt, dans une clinique psychiatrique suite à son arrestation pour possession de marijuana lors d’une tournée des Doces Barbaros.

Gilberto Gil Refavela
Gilberto Gil Refavela

Quant à « Babá Alapalá », il sera retenu pour le film Tenda das Milagres de Nelson Pereira dos Santos, adapté du roman de Jorge Amado.

Quand le premier volume de la Trilogie en Re, Refazenda était plus « rural », la fazenda, et ancré dans les racines nordestines de son auteur, le suivant est urbain, la favela, et on ne s’étonnera pas, vu le contexte de sa création, qu’il soit, lui, clairement orienté vers le funk et les musiques africaines, ou afro-brésiliennes.

C’était l’époque du mouvement Black Rio quand le funk commençait ici et j’ai voulu enregistrer ce disque pour rendre compte des afrorismes d’alors, comme pouvaient en être la juju music de « Balafon » et les blocos afro-baianos de « Ilê Aiyê ».

Gilberto Gil

Portés par une basse qui sonne funk et pas mal de percussions, ce sont ces afrorismes de Gil qui donnent sa couleur à Refavela tout en ouvrant de nouvelles perspectives à sa musique.

Gilberto Gil Refavela
Gilberto Gil Refavela

La relecture du morceau de Paulinho Camafeu, véritable hymne du bloco Ilê Aiyê, y fait office de manifeste. « Patuscada de Gandhi », en hommage à l’afoxé Filhos de Gandhy auquel est très lié Gil, est un bel exercice pour faire découvrir les instruments de percussion du samba, appelé un par un pour rentrer dans la danse.

L’un des grooves les plus maîtrisés de toute l’œuvre de Gil – avec une basse somptueuse signée Rubão Sabino – « Babá Alapalá » traite à nouveau de l’ascendance. Tout en s’interrogeant sur l’origine de ses ancêtres, Gil célèbre ses racines en faisant référence au culte des Egunguns – Gil a déjà dit que la composition lui a été inspirée par sa première visite à un terreiro de Candomblé, à Salvador.

« Samba do Avião », un standard de Bossa Nova composé par Tom Jobim, est déconstruit en une sorte de Funk downtempo, des guitares aux accents Afrobeat, créant une version revigorée et quelque peu ironique. Il y a encore de la place pour la simplicité de « Aqui e Agora », sans doute l’un des plus beaux poèmes jamais écrits par Gil.

Gilberto Gil Refavela
Gilberto Gil Refavela

Quand je parle d’une civilisation brésilienne influencée par l’Afrique, la religion y est une chose centrale. La religion yoruba a occupé un espace extraordinaire dans la vie du Brésil, surtout à Bahia, mélangée avec la chrétienté catholique ou protestante.

Gilberto Gil

« Balafon » convie un « vrai » morceau d’Afrique et « Babá Alapalá », dédié aux ancêtres, tourne élastique emmené par une grosse basse alors que Gil chante une boucle entêtante.

Refavela représente un cap dans la carrière de Gilberto Gil, à la fois en tant que musicien, artiste, animal politique mais surtout en tant que noir. Il a marqué cette nouvelle ère par des sons et des poèmes inspiré du Nigeria au Brésil, de Lagos à Salvador.

Avec Refavela, Gilberto Gil crée une œuvre intemporelle qui établit des liens entre des réalités éloignées, mettant en évidence une essence pleine de parallélismes, des plus angoissants aux plus éblouissants.

Sources : https://monkeybuzz.com.br – https://afro-sambas.fr/ – https://pan-african-music.com

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CREDITS :

  • Gilberto Gil – guitare, voix
  • Perinho Santana – guitarra, chœurs, violão aço (6), percussions (10)
  • Cidinho Teixeira – piano, ARP String Ensemble (5, 10), percussions (10)
  • Rubão Sabino – basse, percussions (10)
  • Djalma Corrêa – percussions
  • Paulinho Braga – batterie
  • Robertinho Silva – batterie (5), percussions (7, 10)
  • Ronaldo Corrêa – chœurs (1, 4, 6, 8)
  • Moacyr Albuquerque : basse (6), chœurs (5), percussions (10)
  • Lúcia Turnbull – voix (9), chœurs (5)
  • Pelanca do Kojac – chœurs (2)
  • Cesar Sampaio – chœurs (5)
  • Gerson Kombo – chœurs (5)
  • Bira da Silva – percussions (10)
  • Roberto Sant’Ana – percussions (10)
  • Wilson Canegal – percussions (7, 10)
  • Elizeu Felix – percussions (7, 10)
  • Geraldo Bongô – percussions (7, 10)
  • Celso Woltzenlogel – flute (6)
  • J. T. Meirelles – flute (7, 8), flautim (7)
  • Jorginho da Flauta – flute (6, 7), flautim (7)
  • Mauro Senise – flute (6), saxophone soprano (6), saxophone alto (4)
  • Emílio Baptista – saxophone alto (7)
  • Luiz de Andrade – saxophone tenor (7)
  • Márcio Montarroyos – trompette (4)
  • Hamilton Pereira Cruz – trompette (2, 7, 8)
  • Jessé Sadoc – trombone (2, 7)
  • Nivaldo Ornelas – saxophone tenor (4)
  • Zé Bodega – saxophone tenor (2)

Production

  • Roberto Sant’Ana – producteur
  • Daniel Rodrigues – assistant producteur
  • Gilberto Gil e Perinho Santana – arranjos de base
  • J. T. Meirelles (7) e Perinho Santana (2, 4, 6, 8) – arranjos de metais
  • Perinho Santana (3) – arranjos de cordas
  • Paulo Sérgio « Chocolate » – ingénieur son
  • Paulo Sérgio « Chocolate », Roberto Santana et Gilberto Gil – mixage
  • Julinho Mancha Negra, Geraldo Luis, Ratinho et Luiz Cláudio Varella – techniciens son
  • Aldo Luiz – capa
  • Jorge Vianna – arte final

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