26 mai 1926 (Alton, USA) – 28 septembre 1991 (Santa Monica, USA)

PageLines- Miles-Davis2.jpgMiles Davis grandit à East St-Louis, Illinois, non loin de la ville d’Alton où il a vu le jour le 23 mai 1926. Même si ses parents appartiennent à la bourgeoisie noire de la ville, la ségrégation raciale toujours effective laissera des traces indélébiles dans son esprit. Il découvre le jazz par la radio et fait ses premiers pas de trompettiste à 13 ans après avoir reçu l’instrument en cadeau pour son anniversaire.

Deux années de cours particuliers lui permettent de se produire dans les clubs locaux. Engagé dans l’orchestre d’Eddie Randle, les Blue Devils, il en prend bientôt la direction musicale. En 1944, il a l’occasion d’accompagner Charlie Parker et Dizzy Gillespie au sein de l’orchestre de Billy Eckstine, de passage à St-Louis. Pour Miles, c’est une révélation. Séduit par le style révolutionnaire (baptisé « be bop ») du saxophoniste et du trompettiste, il n’aura dès lors qu’un objectif: les rejoindre à New York.

Il s’inscrit à la Juillard School of Music de New York. S’il y étudie la composition le jour, son apprentissage se fait surtout la nuit, dans les clubs de Harlem. A l’école du be bop, il a les meilleurs professeurs : Dizzy Gillespie et Charlie Parker. Il remplace bientôt Gillespie dans la formation de Parker. Sur scène et lors de plusieurs enregistrements (pour les labels Savoy et Dial), Miles Davis impose peu à peu son jeu sobre et élégant, loin de la virtuosité éclatante de Gillespie. Le premier enregistrement marquant sous son nom ressemble d’ailleurs à une déclaration d’indépendance vis-à-vis des canons du be bop.

Réalisé en 1949 avec l’arrangeur Gil Evans et le saxophoniste baryton Gerry Mulligan, il rassemble un orchestre atypique de 9 musiciens, incluant un cor et un tuba. Le disque ne sera publié qu’en 1957 sous le titre Birth of the cool mais il influencera de nombreux musiciens par son swing léger aux arrangements raffinés. La fin de l’année 1949 s’avère pourtant difficile pour le trompettiste. Au retour d’un court séjour en France, il sombre dans la dépression et tombe dans le piège de la drogue. Il lui faudra 4 ans pour en sortir.

Revenu au meilleur de sa forme en 1954, il publie pour le label Prestige plusieurs albums, sur lesquels apparaissent – entre autres – Sonny Rollins, Thelonious Monk ou Milt Jackson. Au milieu de la décennie, il rassemble son premier « quintette historique », sans doute le meilleur groupe qu’il ait eu jusqu’alors, avec John Coltrane au saxophone ténor. Plusieurs albums sont publiés par Prestige, puis par Columbia, le nouveau label de Miles Davis.

Les disques de cette période marquent un retour au blues et font figure de sommets du style hard bop. En 1957, Miles met son groupe entre parenthèses pour travailler à nouveau avec Gil Evans et un orchestre de 19 musiciens (Miles ahead). Puis, c’est à Paris qu’il enregistre la musique du film de Louis Malle, Ascenseur pour l’échafaud, qui reste une référence en matière de bande originale de film jazz.

A partir de 1958, le quintette devient sextette avec l’arrivée du saxophoniste alto Cannonball Adderley. Les albums Milestones et surtout Kind of blue (avec Bill Evans au piano) posent les bases d’un jazz modal détaché des grilles harmoniques complexes du be bop. Ce qui n’empêche pas de nouvelles collaborations avec l’ami Gil Evans : une adaptation de l’opéra de Gershwin, Porgy and Bess, et un projet mêlant jazz, musique classique européenne et flamenco, Sketches of Spain.

Au début des années 60, Miles Davis peine à remplacer les membres de son groupe partis mener des carrières solo. Il faut attendre 1965 pour retrouver une formation stable, le « second quintette historique ». Aiguillonné par ces jeunes loups talentueux (Wayne Shorter au saxophone, Herbie Hancock au piano, Ron Carter à la contrebasse et Tony Williams à la batterie), le trompettiste repousse les frontières du hard bop/modal, et trouve une autre liberté que celle proposée par les tenants de la New Thing, ce free jazz dont tout le monde parle et que Davis ne goûte guère.

L’oreille toujours aux aguets, Miles Davis apprécie le blues psychédélique de Jimi Hendrix, le funk déjanté de Sly Stone ou celui, de plus en plus dépouillé, de James Brown. Guitare et clavier électriques font discrètement leur apparition sur les albums publiés en 1968 (Miles in the sky et Filles de Kilimanjaro). Ils s’épanouiront l’année suivante sur In a silent way puis Bitches brew, deux disques de jazz-rock planant tout à fait en phase avec leur époque. De 1970 à 1975, au sein d’une formation élargie et fluctuante, Miles Davis développe un son plus urbain, où le funk occupe une grande place. Les tournées se succèdent jusqu’à l’épuisement.

Malade, Miles Davis raccroche sa trompette pour 5 ans. Son silence musical prend fin en 1981 avec la parution de The Man with the horn. Suivent plusieurs disques marqués par les synthétiseurs, oscillant entre funk glacé, éclairs rock et tentations pop (reprises de Cindy Lauper, Michael Jackson…).

En 1986, Tutu, album presque entièrement réalisé par le multi-instrumentiste Marcus Miller, inaugure le nouveau contrat avec Warner. Avant de s’éteindre des suites d’une pneumonie, le 28 septembre 1991, Miles Davis aura enregistré la matière d’un ultime album : Doo bop, produit par Easy Mo Bee, est une tentative de fusion entre jazz et rap. Sans être le plus marquant de la longue discographie davisienne, il montre que son auteur aura été, jusqu’au bout, soucieux de se renouveler musicalement et de coller à son époque.

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