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Après l’explosion en 1972 de la B.O. du film The Harder They Come dans laquelle les Maytals voient figurer deux de leurs titres, le groupe passe du label Trojan de Duke Reid au label Island de Chris Blackwell. Rebaptisés Toots and the Maytals, en raison du charisme et de la position de soliste de Toots, ils sortent en 1973 le sublime Funky Kingston. Figurant parmi les albums fondateurs du reggae, il s’éloigne du son « roots » par sa connivence avec la soul. « Pomp and Pride », « Pressure Drop » et « Funky Kingston » sont de véritables brûlots, la synthèse du rocksteady et de la soul.

Dix ans plus tôt, Frederick « Toots » Hibbert travaille dans un salon de coiffure dans le quartier de Trenchtown, épicentre des révolutions musicales de l’île, quand il rencontre en 1962, année de l’indépendance de la Jamaïque, les deux autres membres de ce qui formera The Maytals, Ralphus « Raleigh » Gordon et Nathaniel « Jerry » Matthias.

Toots and the Maytals Funky Kingston

Le trio vocal publie quelques singles enregistrés dans le réputé Studio One de l’incontournable Sir Clement « Coxsone » Dodd, accompagnés par les Skatalites. Vite lassés du racket de Coxsone, qui les paye trois Livres Sterling par face, les Maytals vont de producteur en producteur.

Prince Buster devient leur nouveau mentor. Surtout ils rencontrent un complice de Prince Buster, Byron Lee et son groupe les Dragonaires. En 1966 a lieu le premier festival musical en Jamaïque, les Maytals accompagnés par les Dragonaires raflent le premier prix avec « Bam, Bam ». Cette récompense les fait passer du statut d’artistes connus, à celui de stars locales.

Le texte de « Bam, Bam » a le tort de protester contre la condition des Noirs, les autorités se servent du penchant coupable de Toots pour lui faire goûter du cachot. Ses compagnons préfèrent l’attendre huit mois que d’engager un autre soliste.

Toots and the Maytals Funky Kingston
Toots and the Maytals Funky Kingston

La carrière du trio redémarre avec le concours d’un nouveau producteur, Leslie Kong. Le répertoire des Maytals commence à intégrer des influences soul, en plus de leur traditionnelle fidélité au gospel. Le résultat est l’éblouissant titre « 54-46, That’s My Number », 54-46 est le numéro d’écrou de Toots, où il raconte sa captivité. Le rocksteady qui a succédé au ska, est ici mêlé de soul pour inaugurer un tempo particulièrement dansant, un contretemps particulier entre basse et batterie.

Il faut attendre 1968 et un nouveau titre produit par Leslie Kong pour que ce nouveau rythme trouve un nom. « Do the Reggay » n’a évidemment pas inventé le reggae, mais il lui a donné son nom de baptême, juste retour des choses pour le fervent chrétien qu’est Toots.

En 1969, « Sweet and Dandy » donne aux Maytals un nouveau prix au Festival Song Competition, partout en Jamaïque le nouveau son commence à triompher.

Toots and the Maytals Funky Kingston
Toots and the Maytals Funky Kingston

Mais la véritable explosion a lieu en 1972 avec la bande originale du film The Harder They Come. Jimmy Cliff y est starisé mais les Maytals voient figurer deux de leurs titres dans la sélection. Comme beaucoup d’autres, les Maytals passent du label Trojan de Duke Reid au label Island de Chris Blackwell.

Rebaptisés Toots and the Maytals, en raison du charisme et de la position de soliste de Toots, ils sortent en 1973 l’album Funky Kingston (un format inusuel pour les musiciens jamaïcains).

L’album a d’emblée tous les atouts pour convaincre un public peu habitué au reggae ; c’est un album direct porté par des compositions efficaces. Toots et ses deux choristes, animés par une ferveur sincère, fulminent sur des titres comme Pomp & Pride et Pressure Drop.

Ils ressortent quelques classiques de leur répertoire tels Funky Kingston et, évidemment, le single 54-46, qui n’est autre que le matricule de Toots lors d’un séjour à la prison de Kingston, déjà pressé en 45-tours dans les années 1960 sur le label de Leslie Kong.

Toots and the Maytals Funky Kingston
Toots and the Maytals Funky Kingston

Toots multiplie également les reprises : « Louie Louie », écrit par Chuck Berry et popularisé par les Kingsmen, « I Can’t Believe What You Say » chanté en 1964 par Ike & Tina Turner puis par Manfred Mann ou encore « Daddy’s Home », une ballade qui a connu un franc succès avec Shep & The Limelights en 1961. Les Maytals l’ont déjà jouée sur The Sensational Maytals en 1965, mais ils vont entre-temps la remanier en profondeur, la faisant durer deux fois plus longtemps.

Cet album est une sorte de « best of’ de mes années précédente, loin d’être complet car notre groupe existait depuis 1962. On a enregistré ces morceaux chez Dynamic Sounds, un bon studio, ou Johnny Nash a enregistré en Jamaïque.

Toots Hibbert

Toots and the Maytals Funky Kingston – Edition 75

Toots Hibbert a toujours été nostalgique de ses débuts ska, lorsqu’il devint célèbre pour son jeu de jambe en tant que danseur dans les soirées, avant même de s’essayer au chant. Même dix ans plus tard, en plein milieu de l’aire « reggae roots », sa préférence pour les rythmiques dansantes se ressent sur ce premier album chez Island.

Funky Kingston sera salué comme une des pierres angulaires du reggae, avec ses chroniques de rue mêlées à des considérations religieuses empreintes de rastafarisme. Jusqu’en Amérique où il sera publié en 1975 avec un contenu largement remanié.

Sources : www.discogs.com – www.lemonde.fr – www.qobuz.com – https://pitchfork.com – www.roughtrade.com – www.citizenside.fr – www.reggae.fr

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