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Funky Kingston (Toots & the Maytals), moins roots par sa connivence avec la soul

Never love alone
Funky Kingston (Toots & the Maytals), moins roots par sa connivence avec la soul Posted on 23 janvier 2018Leave a comment
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Toots and the Maytals Funky Kingston – Enregistré entre 1972-1973 – Studio dynamic (Kingston-Jamaïque) – Dragon Records
L’explosion a lieu en 1972 avec la bande originale du film The Harder They Come. Jimmy Cliff y est starisé mais les Maytals voient figurer deux de leurs titres dans la sélection. Comme beaucoup d’autres, les Maytals passent du label Trojan de Duke Reid au label Island de Chris Blackwell.

 Rebaptisés Toots and the Maytals, en raison du charisme et de la position de soliste de Toots, ils sortent en 1973 le sublime Funky Kingston.

L’album Toots and the Maytals Funky Kingston, qu’il s’agisse de l’édition Mango ou Island, se situe à une période charnière dans la carrière du chanteur. Revenu vers le producteur Byron Lee après la disparition en 1971 de Leslie Kong, pour lequel il avait travaillé pendant trois ans, il a emmené avec lui les musiciens de son ancien patron.

Les Beverley’s All Stars, composés entre autres de Jackie Jackson à la basse et de Winston Grennan à la batterie, se fondent dans les Maytals aux côtés des choristes Jerry Mathias et Raleigh Gordon. 

L’équipe a trouvé un langage musical que son leader ne veut pas perdre, d’autant qu’il a désormais à sa disposition le studio Dynamic, l’un des mieux pourvus en matériel à Kingston.

Toots et ses deux choristes, animés par une ferveur sincère, fulminent sur des titres comme Pomp & Pride et Pressure Drop. Ils ressortent quelques classiques de leur répertoire tel Funky Kingston déjà pressé en 45-tours dans les années 1960 sur le label de Leslie Kong.

En interview, Toots déclare : « Chris Blackwell était intéressé depuis longtemps par notre musique, et c’était une opportunité de développer notre carrière à l’étranger. Cet album est une sorte de « best of’’ de mes années précédentes, loin d’être complet car notre groupe existait depuis 1962 ».

Toots and the Maytals Funky Kingston
Toots and the Maytals Funky Kingston

Enregistrés en 1972 et 1973, les morceaux de Funky Kingston lui donnent raison. Avec « Pomp And Pride », Toots and the Maytals remporte pour la seconde fois le concours de la chanson de l’année, six ans après « Bam Bam ».

Amateur de rhythm & blues et plus généralement de musique noire américaine, Toots multiplie les reprises :  « Louie Louie », écrit par Chuck Berry et popularisé par les Kingsmen, « I Can’t Believe What You Say (When I See What You Do) » chanté en 1964 par Ike & Tina Turner puis par Manfred Mann ou encore « Daddy’s Home », une ballade qui avait connu un franc succès avec Shep & The Limelights en 1961 puis avec Jermaine Jackson onze ans plus tard. Les Toots and the Maytals l’avaient déjà jouée sur The Sensational Maytals en 1965, mais ils vont entre-temps la remanier en profondeur, la faisant durer deux fois plus longtemps.

On mesure ici combien le R & B américain marqua cette génération de chanteurs yardis. La voix rauque de Toots aurait sans doute parfaitement collé aux productions soul de Motown. Sa version reggae de Louie Louie détourne le tube des Kingsmen avec un certain charme.

Toots and the Maytals Funky Kingston
Toots and the Maytals Funky Kingston

Aussi soul que reggae, l’album joue un rôle déterminant dans la direction que va suivre Toots. La confirmation est donnée dès 1976 avec Reggae Got Soul.

La singularité de Toots and the Maytals est là, il crée à lui seul un sous genre dans le reggae naissant. Le style ragga et le dancehall, qui apparaîtront bien plus tard, descendent en droite ligne de la fascination de Toots pour le son Stax.

Cette production figure parmi les albums qui ont fondé le reggae, en même temps elle s’éloigne du son « roots » par sa connivence avec la soul.

Toots and the Maytals Funky Kingston
Toots and the Maytals Funky Kingston

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Funky Kingston, quelles éditions ?

Toots and the Maytals Funky Kingston passe pour l’un de ses classiques que tout amateur de reggae croit connaître. Mais les apparences sont parfois trompeuses… Dans le cas présent, cela atteint des proportions insoupçonnables. A un an d’intervalle, la même maison de disques parvient à commercialiser, sous un même titre et avec une même pochette, deux disques aux contenus très différents.

L’un comporte dix chansons, l’autre huit, et surtout ils n’ont que trois morceaux en commun. En pleine OPA sur le reggae depuis le succès grandissant des Wailers, le label Island de Chris Blackwell annonce fièrement en 1975 : « Enfin ! Toots and the Maytals, Funky Kingston) leur premier album pour Island Records ». Il s’agit en réalité d’une compilation. Cinq chansons proviennent d’/w the *Wfc publié en 74 par Dragon, un sous label d’Island, tandis que « Funky Kingston » est sorti en 45 tours en 1973. L’origine des autres morceaux est moins claire : « Pomp And Pride » et « Louie Louie » apparaissent en 1972 sur le tracklisting de Slatyam Stoot (à épeler à l’envers pour comprendre) et en 1973 sur celui d’un album déjà intitulé Funky Kingston également distribué à cette époque par Dragon.

Mais dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de versions différentes de celles proposées en 1975. L’année suivante, Mango une autre sous division d’Island – brouille définitivement les pistes en reprenant la pochette de Funky Kingston réalisée par la maison mère tout en réutilisant les huits morceaux de l’album de 1973. Le tableau ne serait pas complet sans évoquer le pressage jamaïcain de Roots Reggae en 1974, toujours avec la même pochette sur laquelle seul le titré a été changé. Quant au contenu, comme on peut s’y attendre, il ne recoupe que partiellement celui des différents produits d’Island. Difficile d’aller plus loin dans la confusion…

Toots lui-même reconnaît volontiers avoir des difficultés à s’y retrouver tant son catalogue s’est éparpillé sur de multiples labels. Fort heureusement, ce casse-tête jamaïcain n’a eu aucune incidence sur sa crédibilité artistique.

© Extrait de 100 albums reggae par Olivier Cachin

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CREDITS Toots and the Maytals Funky Kingston :

Frederick « Toots » Hibbert : voix – Ralphus « Raleigh » Gordon : voix – Nathaniel « Jerry » Matthias : voix – Neville Hinds : clavier – Jackie Jackson : basse – Winston Grennan : batterie – Chris Blackwell, Dave Bloxham : mixage – Chris Blackwell, Dave Bloxham, Warwick Lyn : producteurs

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