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Head Hunters d’Herbie Hancock, hymnes jazz-funk par excellence

Never love alone
Head Hunters d’Herbie Hancock, hymnes jazz-funk par excellence Posted on 8 janvier 2018Leave a comment
Never love alone

Herbie Hancock Headhunters – Enregistré en septembre 1973 – Wally Heider Studios (San Francisco – USA) – Columbia
Après la magistrale trilogie de jazz électronique et expérimental (« mwandishi », « crossing » et « sextant »), Herbie Hancock, fort des écoutes prolongées des albums de Sly and The Family Stone, décide de changer d’orientation musicale. Moins expérimentale, plus funk, plus accessible.

Entre-temps, Herbie Hancock s’est établit en Californie et s’est convertit au bouddhisme. « J’avais renoncé au désir de devenir une légende et d’écrire le grand chef-d’œuvre américain. Je me sentais satisfait de parvenir simplement à créer une musique qui rende les gens heureux. »

C’est dans cet état d’esprit que le pianiste fonde un nouveau groupe du nom des «Head hunters». L’histoire veut que pour quelques raisons fumeuses, Herbie se retrouve dans un besoin urgent d’argent ; c’est alors qu’il passe chez son ami Eumir Deodato.

Ce dernier, signé chez CTI, vient de sortir son album Prelude dans lequel figure le morceau Also Sprach Zarathustra. A l’écoute de ce titre et sûrement au nombre d’albums vendus, Hancock prend conscience de l’importance du mouvement funk. Quelques semaines plus tard, Herbie, qui doit jouer en première partie de Deodato, arrive avec son Funk Band : les Headhunters !

herbie hancock headhunters
herbie hancock headhunters

Quand j’ai fondé les Headhunters, j’essayais de faire un album de funk. Mais le jazz n’arrêtait pas de se glisser dedans. C’était toujours funky, mais il se passait des trucs au niveau jazz, aussi, alors je me suis dit, on va continuer, on verra bien où ça nous mène…Ca s’est développé tout naturellement. Et Paul Jackson a ouvert une voie tout à fait nouvelle dans le registre de la basse. Mike Clarke aussi, à la batterie. Ils sont tous les deux d’Oakland, en Californie. Ils avaient tous les deux ce feeling « Oakland ». Larry Graham vient de là aussi, comme Tyrone Power, et beaucoup d’autres. Herbie Hancock

La formation est composée de Bennie Maupin au saxophone (seul rescapé de l’ancienne formation, Mwandishi Sextet), Harvey Mason à la batterie, Bill Summers aux percussions, Paul Jackson à la basse (musicien d’Oakland recommandé par Lenny White), Herbie Hancock étant bien évidemment aux claviers (piano, clavinet, fender rhodes, synthés…).

La musique de Herbie Hancock se veut désormais dansante et funky, même si les expérimentations psychédéliques sont toujours présentes.

herbie hancock headhunters
herbie hancock headhunters

« Je n’avais pas la moindre idée de ce qui allait se passer, et que les Headhunters seraient un tel succès. On a joué dans plusieurs clubs avec ce groupe, et le public a carrément flippé, alors on est allé en studio. Et ce n’était pas dans des clubs de jazz, mais des clubs de rock » se souvient Herbie Hancock.

Enregistré en septembre 1973, Herbie Hancock et ses Head hunters, en quatre longs morceaux (de 6:30 à 15:43), donnent une véritable leçon de jazz-funk, à la fois complexe et terriblement efficace.

Dans ce genre de musique, les lignes de basse sont presque toujours imposées. Mais Paul Jackson était un bassiste de funk, avec la sensibilité d’un jazzman. Il ne jouait JAMAIS les mêmes lignes deux fois de suite.. C’est lui qui m’a appris à construire mes parties au Clavinet, qui étaient censées compléter les figures de basse et de batterie. Un peu comme dans les orchestres de percussion africaine, où il y a sept types qui ont chacun une partie à jouer, mais pris ensemble, on n’entend qu’un seul son. Pour nous, c’était pareil, on essayait de s’imbriquer rythmiquement les uns dans les autres.

Le truc, c’est que les musiciens de jazz à l’époque qui essayaient de rentrer dans ce genre de musique, ils n’avaient pas compris ça. J’ai vraiment eu de la chance de tomber sur Paul qui m’a sensibilisé à cette question. Et puis, il y a eu Sly Stone qui m’a beaucoup influencé à l’époque.

herbie hancock headhunters
herbie hancock headhunters

En répétition, la formation, inspirée des musiques populaires, improvise sur des morceaux d’époque comme «Thank You For Letting Be Myself» de Sly Stone ou encore «Funky Robot» de Rufus Thomas qui, au sommet de sa carrière, fit danser tant de personnes au «Woodstock noir» de Wattstax en août 1972.

De cette improvisation des Head hunters naitra l’hymne jazz-funk par excellence «Chameleon». Son incroyable ligne de basse (signée Paul Jackson) colonne vertébrale de ce titre de près de seize minutes, nous plonge directement dans un groove des plus orgasmiques.

Pour en revenir à Paul, je n’arrivais pas à lui faire jouer deux fois de suite la même ligne. Le public de rock a l’habitude d’entendre en concert la même chose que sur le disque. Et nous, si ce n’était pas pour la mélodie, on ne jouait jamais la même chose d’un concert sur l’autre. Alors j’ai dit à Paul pourquoi tu n’en choisis pas UNE que tu gardes une fois pour toutes ? Parce qu’à chaque fois, il faut que je trouve une partie de Clavinet complètement différente ! Sans parler du fait que son phrasé était tellement peu conventionnel qu’il y avait des soirs où je ne savais même pas où était le début de la mesure ! Mais j’ai fini par le convaincre. Il avait trouvé une ligne super, ça tournait comme il faut, et on l’avait rodée en tournée avant de rentrer en studio.

 

herbie hancock headhunters
herbie hancock headhunters

Le piano électrique fait mouche à chaque note, secondé par un groupe en parfaite symbiose et novateur. Ce style musical, qui mêle nouvelles et anciennes compositions du pianiste, intègre tous les claviers électriques à la mode : piano Fender Rhodes, synthétiseurs ARP et Moog, clavinet Hohner… la liste est longue.

« Watermelon man » autre tube au groove imparable et sa génialissime intro « pygmée » à la flûte, l’hommage « Sly » est un trip hallucinatoire et hypnotique, « Vein Melter » qui clôture cet album de manière plus douce (l’intro sera samplée par NTM pour le morceau « old skool »).

Herbie Hancock réalisera deux autres disques avec cette formation mais celui-ci demeure son chef d’oeuvre. The Headhunters, enregistreront par la suite plusieurs albums sans Herbie Hancock dont « survival of the fittest ».

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CREDITS : Herbie Hancock : Synthesizer [Arp Odyssey, Arp Soloist], Electric Piano, Clavinet [Hohner D 6], Pipe [Pipes] – Bill Summers : Congas, Shekere, Xylophone [Balafon], Agogô, Cabasa, Whistle [Hindewho], Tambourine, Drums [Log Drum], Surdo, Bells [Gankoqui], Percussion [Beer Bottle] – Harvey Mason : Drums [Yamaha] – Paul Jackson (2) : Marimbula, Electric Bass – Bennie Maupin : Soprano Saxophone, Tenor Saxophone, Saxello, Bass Clarinet, Flute [Alto] ; David Rubinson, Herbie Hancock : producteurs – Dane Butcher, Fred Catero, Jeremy Zatkin, John Vieira : ingénieur du son – Victor Moscoso : design pochette

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