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En 2010, le label de Seattle Light in the Attic, spécialisé dans la réédition d’albums injustement méconnus, tire de sa torpeur le premier LP d’un certain Jim Sullivan, dont le destin tragique et les légendes urbaines qui y sont associées en font un auteur-compositeur culte. Avec ses dix titres, U.F.O. enregistré à l’origine en 1969, récits spirituels folk-rock un brin psychédéliques, Sullivan aurait pu accéder à la gloire mais la vie en a décidé autrement, et la sienne fut de courte durée.

Originaire du Nebraska, Jim Sullivan et sa famille migrent à San Diego où il est assigné au poste de quarterback dans l’équipe de football du lycée, tout en se faisant les doigts sur les six cordes de sa Sears Silvertone au sein d’un garage band : The Survivors.

Jim Sullivan UFO

Tandis que sa jeune épouse subvient aux besoins de la famille en œuvrant en tant que secrétaire au sein des bureaux de Capitol Records, le dénommé Jim passe ses journées à écrire des chansons inspirées par John Prine et Karen Dalton, et ses nuits à les tester auprès du public relativement blasé des clubs locaux.

Ses tentatives pour décrocher un contrat auprès du label où trime sa légitime se soldent toutes par des échecs. L’acteur Al Dobbs (semi-vedette de séries télé) s’entiche suffisamment du répertoire de Jim pour co-financer l’enregistrement d’un album (ainsi que celui du micro-label qui doit le publier, la notion d’indie est alors encore embryonnaire).

U.F.O., premier LP de Sullivan, paraît en 1969 sur Monnie Records – un label inconnu créé pour l’occasion – dans l’indifférence générale. Ni l’éclat discret de ses ballades mélancoliques, ni l’orchestration riche des musiciens du Wrecking Crew ne portent l’album beaucoup plus loin que les bars de Los Angeles, sur le Wilshire Boulevard ou Redondo Beach où Jim a ses habitudes.

Jim Sullivan UFO
Jim Sullivan UFO

Avec les dix chansons de U.F.O., récits spirituels folk-rock, un brin psychédéliques, il aurait pu accéder à la gloire mais la vie en a décidé autrement, et la sienne fut de courte durée. C’est sa disparition mystérieuse et inexpliquée un jour de novembre 1975 au Nouveau Mexique, terre de l’affaire Roswell, qui donne à sa carrière une toute autre couleur. Aurait-il fini par rencontrer les soucoupes volantes qu’il décrit dans ses chansons ?

Le goût de Jim Sullivan pour le paranormal et les sciences occultes est évident, du nom de ce premier album, aux paroles sibyllines qui convoquent spectres, petits hommes verts et désir d’échapper à la réalité.

Mais cette attirance pour les forces mystiques n’est pas une rareté à la fin des 60s, c’est même plutôt banal dans la grande époque des hallucinogènes et des gourous spirituels. Sullivan est d’ailleurs un adepte d’Edgar Cayce, célèbre guérisseur et voyant américain dont les prophéties ont largement influencé toute la mouvance New Age des années 1970.

Jim Sullivan UFO

Le premier titre de l’album, Jerome , porte le nom de cette ville fantôme en Arizona, perchée sur le flanc d’une montagne où pullulaient jadis des mines de cuivre et dont il ne reste aujourd’hui que des circuits touristiques pour amateurs de maisons hantées. Une économie de la peur cristallisée par le restaurant Haunted Hamburger où les sandwichs se dégustent en compagnie d’esprits malveillants.

U.F.O c’est aussi son titre éponyme, pièce de résistance de l’album avec son orchestration raffinée, proche de la musique de film italien, où Jim Sullivan s’imagine un Jésus Christ débarquant d’un ovni dans un faisceau de lumière.

Tout au long de l’album, ses textes illuminés sont étoffés par des musiciens de session de renom – Don Randi, Earl Palmer, Jimmy Bond – que l’on retrouve dans de nombreuses productions de Phil Spector notamment.

La batterie est nette, galopante, les envolées de piano semblent caresser les astres et les lignes de basses apportent une rondeur enveloppante. Des morceaux comme le très cinématographique Highways ou le macabre So Natural détiennent cette inexplicable qualité qu’ont les grands classiques. Tout est réuni pour en faire un disque universel mais pas lisse pour autant, cultivant l’étrange et l’inexpliqué.

Jim Sullivan
Jim Sullivan UFO

Après la sortie d’U.F.O., il retentera sa chance avec un album éponyme, cette fois-ci édité chez Playboy Records, le label de Hugh Hefner. Un choix osé qui ne paye pas puisque même si Hef est doué en marketing, la musique semble être un domaine qu’il ne maitrise pas et Jim Sullivan demeure un hippie incompris.

Toute sa vie, il caresse la surface du succès sans jamais parvenir à y plonger. D’Hollywood il côtoie ses acteurs ratés, fait un passage éclair dans Easy Rider sans même être crédité et finit par noyer sa suite d’échecs cuisants dans l’alcool. Son mariage se délite peu à peu, ne laissant à Jim que la fuite comme porte de sortie pour se reconstruire.

Il prend la route vers l’Est pour rejoindre sa belle sœur à Nashville en faisant un crochet par Santa Rosa, au Nouveau Mexique. C’est là que sa femme entend sa voix pour la dernière fois, d’une cabine téléphonique. Le musicien disparaît peu de temps après sans aucune explication. Sa voiture n’atteindra jamais Nashville. Elle est retrouvée dans le parking d’un motel avec tout ce qu’il possède : portefeuille, valise et même sa guitare, l’objet qui lui était le plus cher et dont il était impossible qu’il se sépare volontairement.

Jim Sullivan
Jim Sullivan UFO

Traçant des parallèles troublants avec les histoires qu’il déroule dans U.F.O, certains se plaisent à imaginer que Jim Sullivan avait prédit son propre destin. Son rêve de s’évaporer dans l’horizon d’une route déserte ou de se confronter à une vie extraterrestre s’était finalement réalisé. De jolies interprétations, destinées à accompagner l’écoute du disque et renforcer les frissons qu’il procure, mais qui n’occultent pas une réalité sûrement moins poétique.

Ce premier album reflète à la fois son potentiel et les raisons de son échec commercial. Si les compositions de Sullivan se prêtent manifestement au traitement ragtime du “Sandman” qui conclut l’affaire en beauté, la richesse des arrangements prodigués par Jimmy Bond (cordes, cuivres, etc.) désoriente l’auditeur.

On est en 1969, et tandis que les Beatles accouchent de leur magistral chant du cygne (et que des chefs- d’œuvre aussi incompris qu’“Astral Weeks” de Van Morrison ou “Happy Sad” de Tim Buckley peinent encore à trouver leur public), le pauvre Sullivan se trouve affublé d’oripeaux l’apparentant parfois à Procol Harum (“Whistle Stop”, “So Natural” ou “Plain As Your Eyes Can See”).

C’est d’autant plus tragique que des joyaux tels que le “Jerome” introductif et “Highways” (dans la veine des premiers efforts de Cat Stevens, circa “Matthew & Son”), “Rosey”, “Johnny” ou encore “Roll Back The Time” (annonçant avec deux bonnes années d’avance le grand Jim Croce) laissent entrevoir un auteur-compositeur réellement inspiré.

Sources : www.letemps.ch – www.paris-move.com – www.liberation.fr – www.telerama.fr – http://le-gospel.fr – www.nytimes.com – https://lightintheattic.net

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CREDITS :

  • Jim Sullivan – writer, singer, guitar
  • Earl Palmer – drums
  • Lyle Ritz – bass guitar
  • Max Bennett – bass guitar
  • Don Randi – keyboards
  • Lee Kiefer – technician
  • Jimmy Bond – producer, arrangements, double bass
  • Peter Abbot – engineer
  • Al Dobbs – executive producer
  • Chad Dulaney – executive producer
  • Norman Skolnik – executive producer

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