Songs In The Key Of Life (Sevie Wonder)

Songs In The Key Of Life – Enregistré entre 1975 et 1976 au Record Plant West, Hollywood; Sausalito Music Factory, Sausalito; The Hit Factory, New York City – Motown
Après avoir négocié un accord unique avec Berry Gordy en 1971 lui garantissant le contrôle artistique total sur ses enregistrements, Stevie Wonder doit renouveler son contrat avec la Motown en août 1975.

Le nouveau deal porte sur treize millions de dollars étalés sur sept ans, une somme inouïe pour l’époque. « Pas question de perdre Stevie Wonder ! », tonne Berry Gordy, qui prévoit déjà les bénéfices occasionnés par la sortie d’un double album Songs In The Key Of Life. Gordy, un as du budget prévisionnel, a tout prévu sauf la notion aléatoire du temps à Stevie Wonderland.

À l’automne 1975, deux ans ont passé depuis le début de la production. Mécontent des premières sessions de Songs In The Key Of Life, Wonder décide de passer plus de temps sur la production de l’album. L’année s’achève. Pour la première fois depuis le début de sa carrière, Stevie Wonder n’a pas sorti un seul enregistrement au cours des douze derniers mois. Lors des Grammy Awards, Paul Simon, le grand gagnant de la soirée, remerciera même l’auteur de Innervisions de ne pas avoir réalisé d’album cette année-là.

Durant les sessions de Songs In The Key Of Life, Stevie Wonder va confronter son art aux dernières évolutions technologiques, à commencer par le sampling : Isn’t She Lovely démarre par les babillements d’Aisha Morris, sa fille.

Introduit par un gong enregistré à l’envers, Pastime Paradise, dont l’ambition première est de mélanger Eleanor Rigby aux grooves polyrythmiques d’Earth Wind & Fire, atteint des proportions bibliques en isolant sur chaque canal stéréo les chœurs Hare Krishna et une imposante chorale gospel. Sur Black Man, Stevie Wonder émule les synthétiques de Kraftwerk et anticipe le proto-disco de Giorgio Moroder en créant une cascade de filtres à l’aide d’un modulateur électronique.

Songs In The Key Of Life (Sevie Wonder)
Songs In The Key Of Life (Sevie Wonder)

A peine âgé de 26 ans, le musicien, alors au sommet de son art créatif, peut aborder une multitude de genres musicaux sans faire fausse route, du jazz big band aux paysages synthétiques en passant par les édifices funk de I Wish et As.

Devant cette créativité tout azimuth, Wonder est finalement le seul à savoir où il va. Son équipe technique est larguée et lui demande régulièrement « quand le projet sera-t-il terminé ? ». La réponse de l’artiste est invariablement la même : « On a presque fini ! »

Un matin, l’ingénieur Gary Oiazab arrive au studio avec un T-shirt qu’il vient de faire fabriquer « We’re almost finished ». Stevie le portera durant tout l’été 1976, relançant rumeurs et spéculations. Pourtant le génie aux lunettes noires travaille dur. Il empile les heures de studio : « Je commençais à travailler une chanson dimanche après-midi et comme j’avais plein d’idées avant que j’y comprenne quoi que ce soit on était mardi matin. »

Songs In The Key Of Life (Sevie Wonder)
Songs In The Key Of Life (Sevie Wonder)

Chaque été, au mois d’août, Berry Gordy organise le fameux pique-nique Motown. Tous les artistes se réunissent pour une grande fiesta barbecue. Celui de 1976 est une grande réussite. Fonçant en studio le soir même, Wonder compose « I Wish », son ode à la joie, son envie que ce si bon moment ne s’arrête jamais.

Outre le nombre impressionnant de musiciens de studio qui participent aux sessions d’enregistrements, Stevie invite beaucoup de guest stars. Certains passent juste dire bonjour et finissent par jouer sur le disque. George Benson, Herbie Hancock, Minnie Ripperton, Deniece Williams, l’ex-femme de Stevie Syreeta Wright, voici seulement quelques-uns des plus de cent vingt musiciens, vocalistes pour la plupart, crédités d’une participation sur l’album.

Songs In The Key Of Life (Sevie Wonder)
Songs In The Key Of Life (Sevie Wonder)

Songs In The Key Of Life est achevé en septembre 1976. La pochette du double album de dix-sept chansons augmenté d’un EP de quatre titres s’ouvre sur une invitation de Stevie Wonder : « Donnez-moi la tonalité dans laquelle je dois chanter et, si vous appréciez cette tonalité, venez chanter avec moi ».

Près de trois ans de conception, deux ingénieurs du son assurant les trois-huit, plus d’une cinquantaine de musiciens, choristes et techniciens impliqués, un budget de treize millions de dollars. Album de tous les records, Songs In The Key Of Life a aussi été le disque le plus attendu de l’histoire de la pop jusqu’à sa sortie.

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