bob marley exodus

Bob Marley Exodus – Enregistré de janvier à avril 1977 aux studios Island, Londres et Harry J. Studios, Kingston – Island records
Premier album studio de Bob Marley & the Wailers enregistré hors de la Jamaïque, Exodus est d’abord le disque de l’exil forcé. Le 3 décembre 1976, six hommes armés tirent sur Bob Marley et sa femme Rita à leur domicile de Kingston. Les causes sont nébuleuses. Le couple décide de s’exiler à Londres, où Bob Marley va peaufiner les chansons d’Exodus, pour la plupart écrites avant son départ.

Les journaux découvrent sa présence à Londres par hasard lorsqu’il est arrêté pour possession de cannabis. Traînant dans Babylone, Marley entend les Clash pour la première fois. Il admire leur fermeté face à un National Front surpuissant qui organise des « chasses aux rastas ” dans les banlieues. Pour marquer le coup, Bob s’enferme avec Aswad dans les studios Island de Basing Street et enregistre le très belliqueux “Punky Reggae Party” qui sort en maxi avec un superbe dub de Lee Perry en face B.

Troisième album studio avec les Wailers , Bob Marley Exodus marque le début de l’internationalisation du son de Marley et tranche avec ses deux albums précédents. La capitale britannique donne ainsi naissance à un chef-d’œuvre séparé en deux parties : une face A politique, rasta et militante (le religieux Natural Mystic, Exodus) et une face B davantage tournée vers la fête, l’amour et le sexe (les tubes Jamming, One Love, Waiting in Vain, Turn your lights down low).


Bob Marley Exodus

Alors que ses camarades jamaïcains enregistrent encore trop souvent dans des conditions précaires, Marley va pour la première fois avoir accès à des moyens de production dignes des plus grands artistes internationaux. Son producteur Chris Blackwell d’island records va mettre à sa disposition le studio Island, surnommé le Fallout Shelter (l’abri antiatomique), au sous-sol du 22 Saint Peter’s Square à Londres.

Ses musiciens ont changé. Tyrone Downie – qui, parce qu’il avait été élevé «avec des musiques différentes, l’église d’un côté, un sound system de l’autre» et avec Peter Tosh comme voisin, était très ouvert aux sons nouveaux – avait repris une partie des arrangements à un Family Man aux goûts plus traditionnels, et Junior Marvin avait été engagé pour remplacer Al Anderson, parti rejoindre Word, Sound And Power, le groupe de Peter Tosh.

Bob Marley Exodus
Bob Marley Exodus

C’est là, en compagnie d’un groupe de légende comprenant notamment l’inégalable section rythmique des frères Barrett (Carlton à la batterie et Aston à la basse) que, de janvier à mai 1977, les dix chansons d’Exodus sont patiemment travaillées et enregistrées aussi souvent qu’il faudra pour obtenir la perfection. Les versions alternatives des prises, éditées sous forme pirate et disponibles dans les versions «deluxe» du disque, faisant le bonheur des collectionneurs.

“Exodus” attaque par “Natural Mystic”, morceau reggae merveilleusement atmosphérique qui ouvre l’album sur une note laissant présager d’énormes plaisirs.

Clairement éloigné de sa base, Marley décrit une soirée sur son île chérie. On respire littéralement les parfums de la jungle proche et de l’herbe qui grille dans le soir tombant. Une basse énorme et une production caverneuse soutiennent idéalement les paroles hantées du Tuff Gong cognant à la volée un texte inspiré par la lecture de l’Apocalypse : « Ceci pourrait être la première trompette, celle du jugement, la dernière. ’’

Bob Marley Exodus
Bob Marley Exodus

L’extraordinaire guitariste Al Anderson tire de petits miaulements assassins de sa lourde Les Paul. Des cuivres presque aussi rusés que ceux des Stones sur “Sticky Fingers” emballent l’affaire. Comme le fait remarquer Neil Spencer, grand connaisseur anglais, cette chanson n’est que promesse. Sinueuse et tordue, elle s’achève trop vite, laissant les membranes des haut-parleurs ronfler à l’ombre des palétuviers.

Deux chansons plus tard, débute le monumental “Exodus”. Dans ce formidable titre, sommet funk absolu de la voûte discographique de Marley, les Wailers lancent une pièce digne des marathons James Brown. Sur une rythmique furieuse, Marley raconte les tribulations des tribus rastas et imagine leur grand voyage de retour aux racines originelles, vers cette Ethiopie où les hommes sont des lions. Le voyage de la damnation ou de la résurrection ?

Des mois durant, les ghettos mondiaux résonneraient d’interprétations contradictoires. Reste aujourd’hui une vision glorieuse, nimbée de larmes de rage et de cris de colère. “Ouvre les yeux et regarde en toi, Es-tu satisfait de la vie que tu mènes ? ” scande Marley encore et encore, sans répit, poussant des rires assassins. Sur ce titre, en cet instant, Marley endosse les oripeaux des titans de la soul et fait sienne leur énorme responsabilité chamanique : redonner confiance aux forts, insuffler la rage aux faibles. Le but du voyage semble sans retour : « Nous quittons Babylone pour retrouver la terre de nos Pères. ”

Bob Marley Exodus
Bob Marley Exodus

Invraisemblablement, ce n’est pas la batterie (concentrée sur un jeu de charley cristallin) mais la basse Fender Precision de Aston Family Man Barrett qui mène la sarabande forcenée. La guitare tordue en Echoplex de Junior Murvin arrache des chandelles soniques aux amplis. Des cuivres tournent gras et rond tandis que le mouvement populaire s’organise.

Dès la parution du disque, les radios noires américaines — hésitantes devant le disco — matraquent ce titre formidable, pavant la voie à une série de concerts triomphaux. D’autant qu’en ouverture de la face B figure “Jammin”’ coécrite avec Stevie Wonder, tendre ode à la femelle avec laquelle le guerrier de Judée goûte au repos bien mérité. Porté par les chœurs labiaux des I-Threes, Marley apparaît ici comme le lover, tour à tour négligeant, sarcastique et extrêmement désireux d’augmenter son tableau de chasse. Encore une merveille de partie de basse.

D’autres énormes titres suivent : “Waiting In Vain” est la complainte d’un amant malheureux, bafoué, tramant dans la cour d’une infidèle et se demandant pour le coup ce qu’il fait là, au milieu de ses nouveaux prétendants. Les claviers de Tyrone Downie tressent un tapis moelleux et le rythme chaloupé du reggae n’empêche pas le rasta de s’éloigner larmes aux yeux, faisant pénétrer le fier combattant dans l’antichambre des grands blessés du cœur, adeptes de la Deep Soul.

« Three Little Birds » est une comptine comme pourrait la chanter Bob à ses rejetons. Rescapé d’un attentat, le Lion laisse un message éternel à sa progéniture, même s’il décrète à sa compagne : « A partir de maintenant, les prophéties vont s’accomplir. ”

Bob Marley Exodus
Bob Marley Exodus

Alors à l’apogée de sa créativité pendant de cet exil londonien, Bob Marley compose tellement de chansons qu’au moment de décider celles qui seront conservées pour Exodus le choix s’avère impossible. Une seule solution : publier rapidement un second album. Il s’agira de Kaya qui sort le 23 mars 1978, moins d’un an après son quasi-jumeau. Quasi car les deux disques sont dans le fond assez différents.

L’album dans les bacs, Marley et ses Wailers démarrent une grande tournée mondiale qui s’annonce triomphale. Lors de l’étape parisienne, le 9 mai 1977, Bob et son groupe, associés aux Rocks Critics, disputent une partie de football contre les Polymusclés, soit la fine fleur du showbiz de la capitale (Herbert Léonard en tête).

Malheureusement, le chanteur se blesse sérieusement à un orteil (il a l’ongle arraché) après le tacle virulent d’un adversaire lassé d’être humilié par les dribbles du Jamaïcain. Il passe outre les conseils du médecin qui lui recommande de rester allongé et continue d’arpenter les scènes malgré la forte douleur. Finalement, c’est à l’occasion de cette blessure persistante que des examens révèlent un mélanome malin qui dégénère en cancer généralisé. La maladie finira par l’emporter le 11 mai 1981. Quasiment quatre ans jour pour jour après le fameux match.

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CREDITS Bob Marley Exodus :

 

  • Bob Marley and the Wailers – Producer
  • Karl Pitterson – engineer
  • Robert Honablue – engineer
  • Guy Bidmead, Terry Barham – assistant engineers
  • Aston « Familyman » Barrett, Chris Blackwell, Karl Pitterson – mixing
  • Adrian Boot, Neville Garrick – photos
  • Neville Garrick – cover design, graphics
  • Ted Jensen – mastering engineer

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